Jan / 19

2015, investissements compliqués ?

By / Pascal Faccendini /

En ce début d’année 2015, l’histoire semble s’accélérer et prendre une tournure pour le moins inattendue : les attentats de Charlie Hebdo, la Banque Nationale Suisse qui décide de lâcher sa devise,…etc. Même si de prime abord ces événements n’ont rien à voir entre eux, ils sont pourtant bien liés et nous indiquent que 2015 nous réserve vraisemblablement encore bien des surprises…

Avant toute autre chose, je tiens à vous souhaiter une excellente année 2015, pour vous et vos proches. Je tiens également à préciser un point que j’ai eu l’occasion de développer par téléphone auprès de quelques personnes. La dernière note hebdomadaire remonte à novembre dernier et depuis,….rien. Du laxisme ? Un manque d’inspiration ? Non, la réalité est tout autre. S’il est vrai que nous sommes en train de préparer un certain nombre de nouveautés ou d’adaptations à ce monde en changement permanent, nous avons surtout considéré que de par le flot d’informations négatives auxquelles nous étions tous confrontés, il était peut-être préférable de ne pas en rajouter encore… Par conséquent, n’ayant rien de très réjouissant à communiquer, nous avons préféré nous abstenir et éviter de participer à la sinistrose ambiante…Très curieusement, ce début d’année résonne différemment. Oui, une certaine forme de rebond pourrait apparaître (vous sentez, je pense, le conditionnel….). Oui, en ce début d’année, nos troubles économiques sont toujours présents. Ils ont néanmoins engendré les germes d’une amélioration.

Dans sa chute, l’euro a fait monter le dollar, qui lui-même a participé nettement à la chute du baril de pétrole. Cet effondrement du pétrole, aidé notamment par un excès d’offre et un certain tassement des demandes, a diminué considérablement la facture pétrolière des entreprises et des consommateurs. Cet effondrement du prix du baril devrait représenter « en gros » l’équivalent de 2 points de PIB mondial soit « autour » de 1700 Md$ d’économie pour le commerce mondial. À cela il faut rajouter l’effet désinflationniste qu’il entretient. En effet, l’inflation devrait atteindre sur un plan mondial, un niveau inférieur à 1,5% soit le plus bas historique des cinquante dernières années. Ce contexte devrait tout bonnement dynamiser la consommation mondiale attendu cette année sur une hausse de 3,5% soit au « TOP » depuis 2007. Ce contexte « plutôt favorable » est engendré par un écart de croissance entre l’Amérique et l’Europe qui favorise la chute de l’euro contre le dollar. Derrière ce différentiel de croissance, il faut bien sûr comprendre une reprise économique en Amérique à comparer avec une Europe qui développe sa propre contraction économique, sa déflation et qui risque maintenant de l’exporter… Cet état de fait oblige la BCE à prendre les mesures qui s’imposent en terme de relance. La question centrale était jusqu’à présent, la BCE va-t-elle lancer un Quantitative Easing à l’européenne ? La question est désormais va-t-elle le faire lors de sa prochaine réunion le 22 janvier ? Les derniers attentats terroristes à Paris ont tout bonnement précipité les choses… La mobilisation populaire (et mondiale) pour le moins massive pousse nos politiques (européens) à l’action. Ces derniers doivent trouver des moyens nouveaux pour financer des actions nouvelles non inscrites dans leur calendrier et encore moins dans les lignes budgétaires européennes. C’est à leur niveau une « opportunité » qu’ils ne peuvent laisser passer. Ils vont donc devoir laisser filer légèrement les déficits et accélérer les programmes d’injections de la BCE. Ce nouveau contexte budgétaire (qui reste néanmoins à confirmer) et l’action désormais quasiment attendue et presque annoncée par la BCE influencent de nombreux curseurs économiques. L’un des premiers chamboulements que ce contexte déclenche se constate sur les devises et plus précisément sur le franc suisse. Les attentats de Paris et leurs contrecoups ont eu raison du franc suisse, de la B.N.S (Banque Nationale Suisse) et de l’économie suisse ! La B.N.S a dû renoncer à intervenir sur sa devise et a été contrainte de laisser filer le franc suisse, qui s’est apprécié de quasiment 30% en l’espace de quelques minutes. Cet état de fait démontre le pouvoir de déflagration de ce contexte, qui est en train d’exporter une déflation et d’engendrer d’éventuelles dévaluations compétitives en cascade… En effet, l’euro devrait logiquement encore baisser, aidant le franc suisse à s’apprécier encore davantage. Mais le coût que cette hausse va engendrer dans l’économie suisse va faire de tels dégâts, que la devise helvétique à peu de chance de reste sur ces niveaux très longtemps. Par ailleurs, comment vont réagir les autres zones exportatrices face à la chute de l’euro ? Pensez-vous par exemple, que la FED va monter ses taux au risque d’exacerber la hausse du dollar et de provoquer une accélération supplémentaire de la chute de l’euro ? Et l’Asie (en priorité la Chine), comment va-t-elle réagir au moment où elle doit gérer une certaine atonie de sa croissance, et quand l’un des sujets majeurs de son année va être la gestion de ses bulles de dettes privées ? La Chine doit maintenir coûte que coûte un bon niveau de croissance, pour ne pas provoquer l’éclatement de ces bulles, au moment où la mondialisation aurait plutôt tendance à s’inverser… Il est donc hors de question que la Chine accepte une (ou des) concurrence nouvelle sur sa devise…

En fait, l’année 2015 doit s’appréhender sous deux timings différents, l’immédiat, plutôt porteur d’espoir et une seconde partie d’année, plus incertaine. Cette nouvelle année a de grandes chances de se révéler globalement compliquée. De vraies opportunités vont se mêler à de vraies défiances, au travers d’un contexte qui a toutes les chances de nous réserver bon nombre de surprises… Il me semble que rarement nous avons été dans une telle réalité Schumpetérienne dans laquelle se confronte autant la destruction à la création. C’est au travers de cette réalité que nous devons aborder l’année 2015. Rarement nous avons été confrontés à autant de risques mêlés à autant d’espoir (comme l’ont démontré les dernières manifestations). Le monde change dans une accélération de l’histoire, « tout meurt et renaît à chaque instant » (le Bushidô – écrit au Japon en 1700)… À suivre, bons investissements.

© photos : Randy Colas

Categories : Marché financier, N.H
Pascal Faccendini