Mai / 26

Attention, le marché est en manque d’idées !

By / Pascal Faccendini /

Sur les marchés, le soleil brille toujours quelque part. C’est l’une des premières notions que l’on m’a enseignées lorsque je n’étais qu’un jeune débutant fraîchement arrivé au sein d’une salle de marchés. Il est rare que les intervenants soient en panne d’idées ou ne trouvent pas de réelles opportunités. Lorsque cela arrive, ce n’est généralement pas très bon signe.

Sur le marché, le soleil brille toujours quelque part ! Ok, mais la période est quand même un peu complexe. En effet, tout semble avoir « bougé » dans le sens d’une reprise économique forte et tout semble maintenant bloqué, comme s’il manquait un peu de carburant pour pouvoir aller encore un peu plus haut.

Si l’on reprend les prises de position des intervenants depuis que la Covid est apparue, on se rend compte qu’ils sont d’abord allés en pleine crise sur les valeurs défensives du moment, les GAFAM. Les intervenants les ont qualifiés de « stay at home », c’est-à-dire, les entreprises qui pouvaient poursuivre leur développement pendant le confinement. Puis à la sortie du confinement et après avoir poussé très haut les cours des valeurs de croissance, ils ont basculé sur les valeurs « Values et Cycliques » et maintenant que les values et cycliques ont fait un beau parcours, tout doit basculer…, basculer…, ok…, mais basculer sur quoi ? Et c’est là que le dilemme actuel des intervenants commence. En effet, ils ne veulent pas aller sur la « technologie » et ne veulent pas non plus aller sur la « Value », mais alors, il reste quoi ? Eh bien, le seul compartiment qui peut encore les séduire, ce sont les défensives, c’est-à-dire les valeurs qui n’intéressent en définitive personne, sauf lorsque tout a déjà été consommé et que l’on a plus d’idées !


Ce manque d’idées est lié au contexte économique du moment, confronté à un double problème. Le premier est bien connu, c’est l’inflation. La finance mondiale a « fantasmé » sur le rattrapage économique qui allait intervenir et s’est mise à anticiper des hausses de prix vertigineuses, sûrement très éloignées des réalités à venir. Le deuxième est très bien identifié, mais personne ne veut vraiment le prendre en compte…, ou plutôt, tout le monde l’a déjà pris en compte, mais ne veut surtout pas en parler. Il représente un trop gros risque. En effet, la « supply chain » mondiale est bloquée ou disons « très perturbée ». Il y a deux raisons à cela. La première est que tout le monde a voulu s’approvisionner en même temps, et tout le monde, ça fait beaucoup. On a donc créé involontairement des goulots d’étranglement ici et là. La deuxième est que la partie du monde qui est la plus touchée aujourd’hui par la Covid est l’Asie. Les marchés ont considéré dans un premier temps que vacciner l’Amérique, l’Europe et quelques autres pays, aller faire « gagner la guerre » contre la Covid. Certains pays d’Asie sont donc aujourd’hui en sous-capacité vaccinale. Les économistes ont analysé les plans relance au travers d’un rattrapage de la « Demande », qui se matérialise dans des statistiques démontrant le retour d’une confiance et donc de cette demande. Le problème est que la demande est nécessaire et importante, mais si « l’Offre » ne suit pas, nous avons un souci ! C’est le gros sujet économique du moment.


Nous constatons à la fois des statistiques très musclées et d’autres qui commencent à l’être beaucoup moins ! Par conséquent, considérer que l’on va encore faire monter les places boursières en révisant encore à la hausse les perspectives de résultats n’est plus envisageable. Mais en parallèle, la vaccination avance et les perspectives restent favorables. Les marchés maintiennent donc une vision positive. En résumé, le marché ne peut pas monter, mais il ne peut pas non plus baisser. Il ne reste par conséquent que la partie un peu délaissée, les défensives.


Nous sommes donc face à un marché en panne, en manque d’idées, qui voit venir à l’horizon des nuages perturbants venant d’Asie qui s’amoncellent au-dessus de « l’Offre » et de la « supply chain » mondiale. Tout ça n’est pas très bon signe… ! Ok, mais…, sur les marchés, le soleil brille toujours quelque part ? Mais bien sûr ! Allez, je vous mets sur la piste : la prime de risque ! Je vous en parle très prochainement. À suivre…


© photos : Guillaume Bolduc.

Categories : Economie, H, Marché financier
Pascal Faccendini