Jan / 07

Au revoir 2007, bonjour…… 2009 ?

By / Pascal Faccendini /

L’année 2008 semble débuter sous de bien sombres perspectives et les premiers scores boursiers paraissent le démontrer. Malgré tout, et au risque d’en étonner plus d’un, nous n’arrivons pas à adhérer à ce pessimisme ambiant. Nous nous en excusons par avance. Mais comme il est bon de le rappeler, la bourse et l’économie sont deux choses très différentes, certes interconnectées, mais soumises à des paramètres différents. L’analyse des faits est sans appel…

Avant toute autre chose, nous tenons à vous souhaiter une excellente année 2008 pour vous et vos proches. Ces vœux, en ce début 2008, prennent une connotation toute particulière alors que tant de nuages économiques semblent gonfler au-dessus de nos têtes et nous donnent l’impression d’attendre le bon moment pour s’abattre sur nos économies, nos revenus, notre pouvoir d’achat, nos patrimoines…etc.

En fait, des difficultés en 2008 sont bien présentes, mais il convient avant tout de faire la part des choses. L’année économique 2007 ressemble à s’y méprendre à l’année 1987. En 1987, l’économie américaine enregistrait des difficultés de plus en plus importantes notamment vis-à-vis d’un déficit commercial extérieur. Le tout nouveau responsable de la FED, un certain Allan Greenspan, ne cessait de brandir la menace d’une hausse des taux directeurs afin de juguler une pseudo inflation. En octobre 1987, le responsable du trésor américain faisait des déclarations sur la nécessité de maintenir un dollar fort. Cette déclaration est la goutte qui a fait déborder le vase et a provoqué la débâcle boursière que l’on connaît. Pour les économistes de l’époque, il n’y avait aucun doute, l’année 1988 serait une année de récession mondiale. L’année 88 se révéla bien plus positive. En 2007, les anticipations d’une surchauffe économique américaine ont entraîné les intervenants à demander une hausse des taux directeurs à la FED. Le tout nouveau responsable de la FED, Ben Bernanke, agit dans le sens du consensus en maintenant les taux directeurs au plafond, en dépit de signes de fragilité économique ici ou là. La résultante est celle que l’on connaît. Asphyxiés par des taux élevés, des ménages américains font faillites, ce qui entraîne l’explosion des structures «Subprime» et la crise financière du mois d’août, que nous traînons depuis comme un boulet. Comme en 1987, les économistes de 2007 pensent qu’une récession en 2008 est possible. Pour nous Européens, et encore plus Français, l’année 2008 a toutes les chances d’être en demi-teinte. L’Europe devrait être une fois de plus le parent pauvre de la croissance mondiale. Nos représentants ont beau afficher leurs certitudes sur une croissance à venir, mais entre un euro fort, une BCE arqueboutée sur ses taux, les problèmes structurels européens auxquels s’ajoutent nos besoins de reformes franco-françaises, nous sommes en droit d’avoir des doutes. On a beau essayer de maquiller une réalité, de «Carlabruniser» le pouvoir en place, la réalité est sans appel, nous perdons du pouvoir d’achat.

Les dernières études de l’INSEE le démontrent clairement, et la tentation est grande (pour nous Français soumis à un vague à l’âme tout aussi «très français») de tout mettre dans le même panier et de le jeter aux orties. Mais il convient de faire la part des choses entre l’économie qui se développe sur le pas de notre porte, l’économie mondiale et les places boursières. Le chiffre 8 en Chine est une bénédiction, il représente un symbole de prospérité. Bon nombre de Chinois sont prêts à payer pour que le chiffre huit apparaisse dans un numéro de téléphone, une adresse ou dieu sait quoi encore. La Chine, l’Inde et les pays émergents devraient être en 2008 les moteurs de la croissance mondiale. Cette croissance mondiale devrait s’afficher autour de 4,8%. Il y a, en ce début d’année, peu de consensus établi sur le devenir des places boursières, mais néanmoins, quelques pistes font quasiment l’unanimité et notamment le retour en grâce des grandes capitalisations. La raison en est très simple, elles sont toutes présentes dans les pays émergeants, ont toutes des carnets de commandes très bien remplis et cherchent à augmenter leur part d’activité dans les zones émergeantes. Ceci signifie que les grandes capitalisations devraient être peu impactées par un ralentissement économique américain et une stagnation européenne.

A la suite de la crise des «Subprime», beaucoup d’inquiétudes sont apparues sur la sphère des fusions acquisitions qui ont représenté un volume boursier important en 2007 et part conséquent, un moteur à la hausse très significatif. Si de nouvelles difficultés liées à l’obtention de crédits (issues de la crise des «subprime») a mis à mal bon nombre de montages financiers de type L.B.O, le rythme des acquisitions purement stratégiques a toutes les chances d’augmenter en 2008. En effet, les entreprises soumises à de nouveaux horizons «post-Subprime» se trouvent dans l’obligation de chercher à consolider leur «pricing power». En 2008, les entreprises devraient rechercher à atteindre des tailles suffisamment importantes pour pouvoir imposer leur prix de vente dans un marché très concurrentiel, mais également face à la hausse du prix des matières premières. En d’autres termes, les places boursières devraient de moins en moins dépendre de nos économies et de plus en plus des économies émergeantes. Si l’on rajoute à ce contexte l’énorme masse de capitaux présents sur les marchés (provenant de fonds souverains et de poches émergeantes) et les futures baisses de taux devant être opérées par la Réserve Fédérale Américaine, nous nous trouvons face à un contexte boursier porteur. Une majorité d’intervenants pense, par conséquent, que l’année 2008 a toutes les chances d’être un bon cru boursier malgré un ralentissement de l’économie américaine et une diminution des marges bénéficiaires des entreprises. A la suite de la parution des toutes premières statistiques économiques de l’année, le ralentissement économique américain semble se confirmer (ralentissement mais pas récession). Les marchés s’orientent donc tout naturellement vers de nouvelles baisses des taux directeurs américains lors de la prochaine réunion de la FED, prévue fin janvier. Cette perspective devrait écarter tout vague à l’âme profond des marchés. La suite sera donnée par les prochaines informations économiques, mais surtout, par le fait que les récentes baisses de taux de la FED n’ont pas encore produit leurs effets dans l’économie. Dans tous les cas, les banques centrales sont toujours présentes pour faire face au besoin de financement d’un secteur bancaire toujours sous surveillance.

Des difficultés s’annoncent en 2008, issues des conséquences de la crise des «Subprime» qui est elle-même d’ores et déjà terminée. Comme toutes les crises, cette dernière marque la fin de quelque chose. Certains pensent qu’elle pourrait marquer la fin d’une certaine forme de capitalisme et aboutir à quelque chose d’un peu moins sauvage et un peu plus tourné vers les acteurs du terrain des entreprises. Ce capitalisme est en tous cas soumis à des chamboulements très importants de par l’arrivée de ces nouveaux grands acteurs émergeants. 2008 devrait marquer un virage dans cette mécanique capitaliste, vis-à-vis du fait que nous devrions, nous «pays riches», perdre encore un peu plus au profit des pays émergés et émergeants. Ceci impose à nos économies une plus grande modernité, que nous avons du mal à concrétiser. Espérons que l’année 2008 soit l’année du début de ce renouveau… Mais dans tous les cas, il ne faut pas oublier que l’économie quotidienne au sein de laquelle nous évoluons est très éloignée de la réalité de l’économie mondiale dans laquelle sont plongées les entreprises cotées. Les dividendes à venir des entreprises du CAC 40 n’ont plus grand-chose à voir avec la réalité d’une économie Française voire Européenne…, nos revenus en revanche… A suivre…

© photos : Luca Bravo

Categories : Marché financier, PNC
Pascal Faccendini