Déc / 19

Baisse de l’euro.

By / Pascal Faccendini /

Les dernières annonces européennes communiquées à l’issue du sommet de Bruxelles ne semblent pas convaincre les marchés. Ce qui en revanche les convainc beaucoup plus concerne tous les commentaires, spéculations et autres communiqués entourant la perte du triple AAA de la France. Tous ceux qui orchestrent cette belle mécanique bien huilée à l’encontre de la France et de l’Europe devraient faire attention à ne pas se faire prendre à leur propre piège.

Depuis le dernier sommet européen, et malgré les annonces allant dans le sens d’un encadrement des dettes souveraines européennes, nous assistons à une accélération de la baisse de l’euro au profit du dollar. Il est évident que les dernières déclarations d’Angela Merkel, indiquant que nous en aurions sûrement pour « des années » à résoudre nos problèmes européens, ne sont pas de nature à redonner des couleurs à l’euro. Les dernières déclarations de l’INSEE, concernant l’entrée en récession de la France, ne vont pas non plus inciter les intervenants à se précipiter sur la devise européenne, surtout dans un contexte où les agences de notations concentrent « un tir groupé » sur le triple AAA de la France. Selon les dernières estimations de l’INSEE, la France devrait connaître une légère récession au cours du 4e trimestre 2011 (-0.2% en glissement trimestriel) et au 1er trimestre 2012 (-0.1%). L’activité devrait redémarrer lentement au deuxième trimestre, mais l’acquis de croissance serait nul à la fin de ce dernier. Dans une telle situation, il faudrait une croissance de 1.3% au cours du dernier semestre pour atteindre l’objectif du gouvernement. Si le scénario de l’INSEE devait se confirmer, la France ne pourrait donc éviter un troisième plan d’austérité de l’ordre de 10 MME. C’est le message que Valérie Pécresse a laissé entendre en annonçant un collectif budgétaire au cours du premier semestre 2012, afin d’ajuster la trajectoire budgétaire selon l’évolution de la conjoncture économique. Il est à noter que cette récession française et la deuxième depuis 2007, mais la quatrième depuis,……..1949 !!!

À la lumière de ces quelques chiffres, nous sommes largement en droit de nous demander si l’entêtement Allemand (mais également Français et Italien depuis peu), consistant à freiner les velléités d’interventions de la BCE, n’est pas une pure folie. La stratégie suivie par nos dirigeants européens, consistant à ne pas « entendre » les marchés et à se concentrer sur l’encadrement politique des dettes souveraines, semble nous précipiter vers plus de décroissance, de rigueur et de baisse de l’euro. D’ailleurs, l’ensemble des marchés a réagi cette semaine par rapport à la baisse de l’euro, tellement la perte du triple AAA de la France était au centre des spéculations. Ce contexte oblige la Banque Centrale Suisse à intervenir, afin de maintenir le niveau du franc suisse autour de 1.20 contre euro, ce qui pousse les intervenants à se reporter sur le dollar et amplifie d’autant la baisse de l’euro. Nous assistons par conséquent à une chute logique de l’ensemble des matières premières, métaux, produits pétroliers…etc. Ces fluctuations présentes sur les devises et les matières premières se répercutent in fine sur les places boursières qui se mettent à leur tour à chuter. La planète financière se retrouve par conséquent prise en otage par les fluctuations de l’euro et les décisions prises par les politiques de la zone euro.

Tout ceci ressemble à s’y méprendre à la période historique durant laquelle les Américains ont imposé au monde entier (et sans autre forme de procès) de laisser flotter le dollar librement par rapport à l’étalon or. C’était sous Nixon dans les années 70 et le Secrétaire d’État au trésor US de l’époque lançait : « Le dollar, c’est notre devise mais c’est votre problème »…. L’histoire réserve visiblement quelques surprises, car c’est aujourd’hui au tour de l’Europe d’affirmer au monde entier : L’euro, c’est notre devise mais c’est votre problème…, et pourrait rajouter : « plus vous lancerez des spéculations contre notre devise, plus elle baissera et favorisera notre commerce extérieur. Nous allons peut-être en avoir pour des années à résoudre nos problèmes (A.Merkel). La perte de notre triple AAA est un problème, mais qui n’est pas insurmontable (N.Sarkozy). Tout cela peut fragiliser notre devise et la faire baisser, mais accélérera d’autant notre commerce extérieur… » Il est d’ailleurs curieux d’observer que les milieux d’affaires de la city à Londres commencent à se demander si la décision de leur leader politique (de se désolidariser de l’Europe) est une si bonne idée et ne va pas isoler l’Angleterre…

À la vue de ces différents éléments, il apparaît que la pression sur l’euro à toutes les chances de diminuer, voire disparaître pour un temps, car les anglo-saxons se retrouvent piégés à leur propre jeu. Quant à la stratégie menée par nos politiques…, hé bien… certains grands penseurs ont affirmé que la différence entre la folie et le génie était la réussite… À suivre, bons investissements…

© photos : Markus Spiske

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini