Jan / 26

BCE, une décision historique…. ?

By / Pascal Faccendini /

Au lendemain d’une semaine surprenante, la bourse de Paris enregistre sa plus forte progression depuis décembre 2011. La BCE en est bien sûr le principal catalyseur. Mais au-delà de toutes les louanges qui ont pu être prononcées, l’action de la BCE apportera-t-elle vraiment les effets bénéfiques attendus…

Pour bon nombre d’intervenants, le jeudi 22 janvier 2015 est rentré dans l’histoire. Voilà plus de deux ans qu’une communication parfaitement orchestrée nous fait miroiter une action de la BCE de grande ampleur. Voilà plus de 2 ans que les marchés sont totalement portés, chamboulés et déconnectés de toutes les réalités économiques par le seul « verbe » du Président de la BCE. Le véritable succès incontournable de cette annonce est bien l’orchestration de cette annonce, entre une fuite organisée par le Président français, la prise de parole en direct de Davos de la Chancelière allemande seulement quelques minutes avant celle du Président de la BCE…etc., du grand art. Et puis, il y a l’annonce en elle-même. Le marché avait été préparé à une annonce autour de 500 Md d’euros et aurait donc été déçu par l’annonce de ce montant. Les sommes mises en « jeu » sont pour le moins impressionnantes et la question que nous sommes en droit de nous poser désormais est : ce geste est important, mais au juste, pour quoi faire ? J’entends bien ici et là une évidente réponse qui indique que tout cela va servir à lutter contre la déflation, aider à doper les prix en apportant un « pep’s » d’inflation, créer de la croissance et bien sûr des emplois. Il faut préciser immédiatement que le Président de la BCE, « Super » Mario (son surnom sur les marchés), est peut-être un « super » mais sûrement pas une fée et ne dispose d’aucune baguette magique même s’il disposait du double des montants mis en jeu.

Si l’on compare le Q.E européen au Q.E américain, qui est loin de faire l’unanimité malgré le contexte de reprise dans lequel se retrouve l’Amérique, le Q.E européen doit s’appréhender dans un contexte totalement différent. Le Q.E américain a eu pour effet bénéfique de faire gonfler les marchés dans un pays où la bourse et les marchés financiers sont au centre de l’épargne des ménages et de la constitution de leur retraite. L’effet richesse positif qui en découle peut donc se retrouver à différents niveaux de leurs comportements économiques. En Europe, nous sommes dans un contexte très différent, donc sur ce point…… ? En ce qui concerne la lutte contre la déflation et le réveil d’une inflation, l’action de la BCE n’est certes pas négative, mais peut-on en attendre pour autant les fruits escomptés ? Eh bien, la réponse ne dépend pas de la BCE mais de nos gouvernements et de leurs actions politiques et économiques. Oui, c’est là que les choses commencent à se gâter. La déflation dépend en grande partie d’une valeur confiance en l’avenir. Je consomme maintenant ou demain ? J’investis maintenant ou demain ? Quant à l’inflation, il faut rappeler qu’elle est engendrée par l’échauffement d’une masse monétaire. Il se trouve que nous disposons déjà d’une masse monétaire importante et qu’elle va être encore en augmentation de par les injections de la BCE. Or, la masse existante est déjà prête à l’emploi. Le vrai problème est qu’elle ne circule pas. Elle reste figée au sein des institutions financières, donc ne circule pas et s’échauffe encore moins. L’inflation provient de la vitesse de circulation de cette monnaie. Il faut donc bien comprendre que nous pouvons la multiplier par quatre, ce n’est pas pour autant qu’elle circulera plus vite.

Les raisons de ces blocages sont en partie liées à un paramètre confiance ressentie par les différents acteurs économiques qui ne contractent pas de crédits. Mais les causes sont également d’ordre technique. En effet, les normes européennes encadrant les banques sont de plus en plus restrictives en manière d’analyses de risque. Ces normes poussent les banques à ne prêter des capitaux qu’à des emprunteurs offrant des garanties quasi extrêmes. Par conséquent, nous nous retrouvons avec des quantités de monnaies colossales qui ne circulent pas, coincées au sein des établissements financiers, pendant que la consommation et l’investissement diminuent, provoquant une dérive des prix à la baisse…etc. Or, dans ce contexte négatif, la BCE vient d’ajouter un paramètre nouveau, une prime à la paresse économique pour les états qui refusent de se réformer. La France est clairement en tête de liste de ces états et l’on est vraiment en droit de se demander à quoi le geste de la BCE va aboutir. Plus de consommation de déficits, d’aides, de soutiens en tout genre,…..afin d’éviter de se réformer ? Nous nous retrouvons donc d’une certaine façon après ce Q.E au même point qu’avant, face aux mêmes réalités qui ne dépendent en aucun cas de la BCE. Les marchés devraient monter, les obligations devraient trouver un soutien important voire vital, évitant un dégonflement des bulles à court terme et trouvant même un soutien supplémentaire à leur développement. Bref, les marchés devraient encore « gonfler » leur progression, mais au-delà… ? Il me semble que la réponse se situe en grande partie sur nos sujets économiques et politiques habituels, mais également sociétaux qui ont de grandes chances de prendre une importance de plus en plus prépondérante. De là à y voir un contexte géopolitique « évolutif », il n’y a qu’un pas, et nous devons par conséquent orienter notre regard vers le prix du baril de pétrole qui nous offre dans l’immédiat une grande clémence, mais pour combien de temps ? C’est une question essentielle sur laquelle nous reviendrons prochainement.

© photos : Sara Kurfess

Categories : Marché financier, N.H, N.V
Pascal Faccendini