Mar / 31

Correction boursière.

By / Pascal Faccendini /

C’est suffisamment rare pour être remarqué, les marchés boursiers nous offrent un vrai rebond. On commence même à entendre des voix ici ou là, indiquant qu’un rebond significatif peut prendre forme, qu’un point bas semble avoir été atteint. Doit-on y croire ou faire la sourde oreille… ?

Au lendemain de l’affaire Bear Stearns, et plus spécifiquement à la suite de l’augmentation du prix offert par JP Morgan sur les titres de la banque (10$ contre 2$ initialement prévus), les marchés financiers semblent reprendre espoir. Tant mieux me direz-vous, mais à y regarder de plus près, ceci représente-t-il un fondamental susceptible de remédier à tous les maux dont souffre la finance ? C’est franchement peu probable, et la surenchère que vient d’opérer JP Morgan sur les titres Bear Stearns équivaut d’une certaine façon à ce qu’elle aurait dû débourser en honoraires juridiques face à la fronde des actionnaires ruinés, sa perte d’image, etc. Non, si les marchés montent, c’est qu’il doit y avoir autre chose.

En effet, une porte vient réellement de s’entrouvrir laissant filtrer une petite lueur d’espoir. Cette nouveauté nous arrive de la FED, qui face à l’ampleur du problème auquel elle est confrontée, est dans l’obligation d’apporter des modifications à la hussarde dans le système de refinancement de l’économie américaine. Le fond du problème auquel les marchés financiers sont confrontés depuis l’été 2007, est que certains actifs cotés (la titrisation) ont perdu toute valeur, et que les banques sont face à un problème quasiment insurmontable, celui de pouvoir déterminer un prix sur ces titres. Tout ceci se répercute sur des provisions successives, une perte de leurs fonds propres,….etc. La FED vient donc de réaliser un petit « Big Bang », dans le cadre de ses modalités d’adjudications, c’est-à-dire son système de financement de l’économie. Elle vient d’ouvrir trois nouveaux guichets d’accès à la monnaie, dont le plus important est le PDCF, « Primary Dealer Credit Facility » permettant aux banques d’investissements d’obtenir des financements au jour le jour en échange d’une grande variété de titres, allant jusqu’aux ABS, « Asset Backed Securities », issus d’opérations de titrisations. Ces mécanismes étaient jusqu’à présent réservés aux seules banques de dépôts. La FED s’attaque donc très concrètement au cœur du problème dont sont victimes les marchés et les banques d’investissements. Il aura fallu attendre le dénouement brutal de l’affaire Bear Stearns pour que Ben Bernanke prenne la décision d’annuler une ségrégation existante entre les banques de dépôts et les banques d’investissements, datant d’une loi de 1935, le Glass Steagall Act. Est-ce un bien ou un mal ? Ce qui est sûr, c’est que cette décision va permettre de rétablir une confiance dans ces titres « suspects » et va permettre aux marchés de les redécouvrir au travers de la fixation d’un prix d’échange et donc de fluidifier ce marché. Ironiquement, la FED vient de copier une mesure employée par la BCE depuis fort longtemps, Jean-Claude Trichet doit regarder tout ça avec un petit sourire en coin. Bon, et bien, puisque nous sommes sur la fin de cette crise financière, tout peut donc redémarrer normalement ? N’allons pas trop vite néanmoins…

Si une mesure concrète vient d’être prise, elle ne signifie pas pour autant la rémission du malade. Cette crise financière a fait remonter à la surface tous les déséquilibres mondiaux, et les problèmes chroniques de l’économie américaine. Les États-Unis ont vécu depuis bien trop longtemps au-dessus de leurs moyens, et tous les artifices qui leur ont permis de faire croître leur économie depuis une vingtaine d’années ne sont plus aujourd’hui disponibles. Il faut maintenant rembourser les dettes et dégonfler les bulles constituées autour de l’immobilier, des marchés financiers, des devises et des matières premières. Les banques ont besoin de reconstituer leurs fonds propres, et tout ça va prendre du temps. Le crédit Crunch est bien là et nous ramène à l’origine même de la crise, c’est-à-dire la chute du marché immobilier américain. Dick Syron, PDG du grand groupe américain de refinancement hypothécaire Freddie Mac est très clair sur le sujet : « Les prix de l’immobilier n’ont baissé que d’un tiers par rapport à nos prévisions ». Le surendettement des ménages américains ne va pas disparaître comme par enchantement et le marché ne se stabilisera pas, tant que l’offre excédera la demande. Les économistes estiment que de nouvelles baisses des taux seront réalisées et qu’au bout du compte, seul un ralentissement prolongé de la demande intérieure américaine sera de nature à rééquilibrer l’économie et permettra de stabiliser l’inflation. Il vaudrait mieux commencer à s’habituer à un dollar faible ; on risque d’en avoir pour un bon moment. D’ailleurs, le risque réel planant au déçu de nos économies ne semble pas être de nature inflationniste comme le laisse supposer la hausse des matières premières, mais bien l’inverse. Les courbes de taux d’intérêt sont inversées, et ne traduisent en rien une quelconque crainte inflationniste. C’est plus une spirale déflationniste à la Japonaise qui inquiète les économistes. Il faut néanmoins préciser que si le risque existe, les banques centrales ont les moyens d’y faire face.

Dans l’immédiat, les marchés vont avoir les yeux rivés du côté du LBO, et plus précisément sur le dossier Clear Channel. En effet, les banques entourant ce dossier souhaitent revenir sur leurs engagements initiaux représentant un financement de 22 milliards de dollars, dans le but d’obtenir plus de garanties de la part des acheteurs. Cette nouvelle affaire est un véritable test pour le secteur du LBO, qui pourrait très bien sonner le glas de nombreuses lignes de crédits toujours en négociations. Comme on le voit, les marchés financiers ne semblent toujours pas sortis de leurs ornières, même si épisodiquement nous pouvons assister à de véritables reprises. Pour se faire, il faudrait que de vrais catalyseurs haussiers soient présents, ce qui ne semble toujours pas être le cas. Depuis le début d’année, la chute des indices boursiers est sévère et ne devrait plus tarder à trouver un point d’équilibre, mais dans l’immédiat, il semble que ce catalyseur ne soit pas encore apparu… À suivre.

© photos : Roland Denes

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini