Juin / 11

Taux d’intérêt & inflation, ou fausses mauvaises nouvelles.

By / Pascal Faccendini /

Les places boursières, tout comme les marchés obligataires, viennent de subir une sévère correction. Le discours des banquiers centraux n’y est pas étranger et les marchés scrutent désormais l’apparition d’un dérapage inflationniste. Ont-ils tort ou raison ?

«Si une forte vigilance se révèle nécessaire, je vous le direz plus tard». Cette petite phrase, au demeurant inoffensive, lancée aux marchés au beau milieu du discours de JC Trichet mercredi dernier, vaut à elle seule quelques pour cent de baisse sur les actions et les obligations. C’est avec ces toutes petites phrases au demeurant insignifiantes que les banques centrales managent les marchés et leurs donnent la direction de ce qu’ils doivent penser. Mais le véritable départ de la douche froide est venu des Etat-Unis et une nouvelle fois du Président de la FED, Ben Bernanke. Il a tout simplement balayé d’un revers de la main tous les espoirs de baisse des taux US que les marchés avaient anticipé depuis des mois. Il positionne l’économie américaine sur une probable accélération en fin d’année et par conséquent sur un risque de développement inflationniste plus important.

Le jeu des marchés a donc été très simple : si les taux remontent, c’est donc que le coût du crédit va se durcir, et dès l’instant où beaucoup de liquidités présentes sur les marchés actions proviennent du crédit par le biais des fonds de LBO, le marché risque d’être asséché. Pour la sphère obligataire, le cheminement est légèrement différent. La tension observée sur les taux longs n’a consisté en fait qu’à actualiser les nouveaux paramètres dictés par la Réserve Fédérale Américaine. Pour mieux comprendre, reprenons l’histoire depuis le départ. Depuis des mois, les actions montent alors que les marchés obligataires ne bougent pas vraiment. Les taux longs se tendent légèrement, mais les courbes des taux traduisent surtout au travers de leur platitude peu de confiance dans la croissance à venir, alors que dans le même temps, les bourses s’envolent croyant elles fortement au développement de la croissance. Si l’on prend un raccourci, on peut considérer que l’un des deux marchés se trompe, oui mais lequel ? Il semblerait que nous venons d’avoir la réponse. Les taux obligataires viennent de se tendre, diminuant par conséquent les risques de ralentissement de la croissance américaine, et la repentification nouvelle des courbes de taux traduit beaucoup plus de conviction dans la croissance. Il semblerait par conséquent que ce soit le marché actions qui avait raison. Tout ce qui vient de se passer sur les marchés la semaine dernière ne traduit en fait, ni plus ni moins, qu’une conviction accrue dans la croissance économique à venir. Bon, tout ça est très bien, mais alors, où est le problème ???

Et bien, en matière de marchés financiers, rien n’est tout blanc ou tout noir, mais toujours gris clair ou gris foncé et en l’occurrence, la nouvelle interrogation s’appelle inflation. Allons-nous assister à une résurgence inflationniste ? Nous sommes dans la dernière partie d’un cycle de croissance et c’est généralement sur les fins de cycle que l’inflation montre le bout de son nez. Il est par conséquent normal que les marchés se posent cette question. Néanmoins, les chiffres sont là et ne traduisent en rien à ce jour un quelconque développement de ce virus économique. Les salaires restent très maîtrisés, les lourdeurs de l’immobilier américain devraient faire office de rempart, les matières premières sont globalement très hautes et devraient freiner leur expansion. Les cours du nickel, par exemple, sont à un tel niveau que certains se demandent s’il ne faudrait pas le considérer comme un métal précieux. La croissance économique semble donc bien ancrée sans risque avéré de dérapage inflationniste. La vigilance des marchés se portera désormais sur tout ce qui pourra faire apparaître un quelconque dérapage des prix. Les marchés regardent également d’un œil le développement de la guerre commerciale dans laquelle sont maintenant clairement rentrés Pékin et Washington. Plutôt que de dresser des barrières douanières, les deux Etats se sont mis à refouler à leurs frontières des produits pour cause de normes d’hygiène non respectées. Cosmétiques, poissons, thés……tout y passe, et les deux camps détruisent ou renvoient à l’envoyeur les importations. Ces barrières, dites non tarifaires, s’installent franchement et font naturellement monter la pression entre les deux camps. Il est à souhaiter que tout ceci ne s’envenime pas trop.


© photos : Rick Tap

Categories : C, Marché financier
Pascal Faccendini