Sep / 17

Course à la liquidité.

By / Pascal Faccendini /

Les indices boursiers sont parvenus à regagner un peu du terrain perdu lors de la semaine précédente. Cette hausse n’est nullement à mettre au crédit d’une quelconque amélioration de la crise, mais simplement liée à un espoir de baisse des taux de la FED. En attendant, les marchés restent en plein brouillard.

«Cela fait 15 ans que je suis sur les marchés et je n’ai jamais vu ça……..» me déclarait vendredi après midi le gestionnaire des fonds monétaires d’une grande institution de la place. Il est clair qu’en ce moment, bon nombre d’intervenants doit s’arracher les cheveux en voyant les chiffres qui défilent devant eux. Ils constatent qu’un emprunt d’Etat à 50 ans est à peu prés sur les mêmes niveaux que celui d’une grande entreprise à 3 mois. C’est pour eux tout simplement irréel, mais cela traduit en fait la réalité d’un monde financier qui ne veut plus prendre de risques et qui est prêt à surpayer la sécurité offerte par les emprunts d’états. Cela traduit également le fait que les banques et les entreprises sont lancées dans une course effrénée au «cash». Il y a de moins en moins d’argent en circulation, dès que l’on passe une échéance à 24 heures. Le cash est là, il ne s’agit pas d’un manque de liquidités, mais il ne circule plus. Les banques centrales continuent par conséquent d’alimenter les marchés et volent au secours des banques en difficulté, asséchées en liquidités.

La dernière en date est la banque anglaise Northern Rock, spécialisée dans les crédits immobiliers, qui a du recourir à un prêt d’urgence auprès de la banque d’Angleterre. Cette annonce a fait chuter son titre de 32% vendredi, mais a surtout provoqué une panique auprès des épargnants anglais, qui se sont présentés en masse aux guichets de cette banque afin d’en retirer leurs avoirs. Ce cas isolé fait suite aux mésaventures qu’avaient connu cet été deux banques allemandes qui avaient du recourir aux mêmes prêts d’urgence afin d’organiser leur survie. Tout ceci démontre que les fonds propres des banques sont actuellement mis à rude épreuve, et il est fort probable que ce ne soit pas fini. La raison majeure réside dans le fait qu’une très grosse partie des «Commercial Papers» a été émise par l’intermédiaire de véhicules juridiques très complexes, dont les banques sont les sponsors. Cela signifie, en termes plus clairs, que si ces «véhicules juridiques» ne trouvent pas de financement, ils seront tout bonnement intégrés dans le bilan des banques. Tout ceci nous permet de mieux comprendre pourquoi le secteur bancaire est si malmené en ce moment en bourse, mais également pourquoi les analystes de la Société Générale ont décidé vendredi de dégrader une nouvelle fois tout le secteur. Voient-il venir à l’horizon de nouveaux nuages ?

En fait, le principal problème auquel sont confrontés les marchés réside dans le fait que les banques centrales se trouvent elles-mêmes dans l’immédiat désarmées, «le roi est nu». Tout l’argent qui vient d’être injecté n’a pas servi à grand-chose et bon nombre d’intervenants estime que l’annonce que fera la Réserve Fédérale Américaine sur ses taux mardi soir, aussi satisfaisante soit elle, ne servira pas à grand-chose. Il se pourrait même que cette annonce soit déstabilisante. Pour Ben Bernanke, la partie à haut risque qu’il va jouer est très serrée. S’il déçoit les marchés au travers d’une proportion de baisse jugée insuffisante, ça n’ira pas ; s’il baisse les taux américains plus fortement que les marchés l’attendent, il risque de traduire que la crise est encore plus grave qu’il n’y paraît. Cette journée de mardi et plus globalement la semaine qui démarre s’annoncent comme primordiales car elles vont présenter toute une succession d’échéances diverses.

Mardi soir vers 20h00 sera annoncée la décision de la FED sur le niveau de ses taux directeurs. Mardi seront également communiqués les résultats trimestriels de la banque Lehman Brothers, qui seront suivis mercredi par ceux de Morgan Stanley puis jeudi par l’annonce des résultats de Bears Stearns et Goldman Sachs. Ces communiqués seront le test «grandeur nature» de l’impact de la crise des «Subprimes» dans le bilan des banques d’affaires. Cette semaine, les marchés vont également surveiller de près comment va se négocier l’arrivée à échéance de gros volumes de «Commercial Papers». Bref, une semaine remplie d’espoirs ou de déceptions s’annonce sur les marchés financiers internationaux, dont il faudra faire le bilan vendredi soir à 22h00 quand la cloche de fin de séance retentira à New York. D’ici là, le brouillard ambiant promet de rester encore très épais…, très très épais. Bons investissements, à suivre.


© photos : Sharon Mc Cutche

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini