Fév / 11

Crise boursière.

By / Pascal Faccendini /

Une nouvelle fois, l’évolution boursière hebdomadaire est affligeante. Les marchés financiers sont en crise et un tel score, à l’échéance d’une semaine boursière, témoigne que quelque chose, quelque part, s’est brisé. Les marchés sont confrontés à une réalité qui les dépasse, c’est comme si nous revivions un nouveau 11 septembre…

Comme à son habitude, chaque semaine apporte son lot de bonnes et de mauvaises informations. En ce moment, les marchés financiers auraient plutôt tendance à broyer du noir et ne prennent en compte que les mauvaises nouvelles. Alors, si en plus, une mauvaise nouvelle est carrément franchement mauvaise, cela se transforme en véritable hécatombe. C’est précisément ce qui vient de se passer. En début de semaine, les indices boursiers poursuivaient leur bonhomme de chemin et le CAC 40 se situait dans la zone des 5000 points. Tout se déroulait « normalement » jusqu’au moment où fut communiquée la petite goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Je fais référence à l’indice ISM des services (une mesure de l’activité économique, réalisée par le biais d’une enquête auprès des directeurs d’achats, démontrant leurs intentions de passer des commandes ou non). Cette mesure est très suivie et a historiquement démontré sa vision prédictive sur l’économie. Un seuil de 50 matérialise la frontière entre l’expansion économique et la récession. L’ISM des services est généralement supérieur à l’ISM manufacturier, démontrant ainsi une plus forte activité des services par rapport à l’industrie. La précédente mesure de cet indicateur se situait sur un niveau de 54,4 pour le mois de décembre, et les analystes prévoyaient pour l’indicateur de janvier un niveau de (53,4 – 53,6), donc une baisse somme toute normale de par le ralentissement en cours aux États-Unis. Cette mesure macroéconomique devait paraître le mardi 5 février à 16h, et l’institut qui la publie a décidé de la diffuser une heure plus tôt afin d’éviter l’expansion d’une rumeur qui commençait à enfler. C’est ainsi que les économistes du monde entier ont senti vers 15h, ce mardi-là, le sol se dérober sous leurs pieds. Une espèce d’onde de choc économique est apparue sur les écrans informatiques, se matérialisant au travers de ce pauvre indice ISM qui n’avait rien demandé à personne, mais qui ressortait sur un niveau de 41,9 !

Pour bien comprendre ce que cela signifie, il faut savoir que cette série statistique qui existe depuis 1997 n’a jamais enregistré une telle chute. Même le choc consécutif aux attentats du 11 septembre n’avait pas provoqué un tel recul. C’est tout bonnement historique. La période un peu particulière que nous traversons a déjà vu plusieurs indicateurs être dévastés de la sorte, mais là, nous sommes sur des records. Dans les têtes économiques des salles de marchés, la question n’est plus de savoir si l’économie américaine est en récession ou non, mais simplement combien de temps elle va durer. Certains économistes « parient » que cette contraction sera de courte durée, de par le potentiel de relance dont disposent les Etats-Unis. D’autres, au contraire, estiment qu’il va falloir beaucoup plus de temps qu’il n’y paraît pour résorber la bulle immobilière américaine et résorber le stock de titrisation, présent au sein des banques, qui en fait « n’existe pas, tout en étant lourdement comptabilisé au final ». Cette titrisation réapparaît cette semaine dans le cadre d’une annonce faite par l’agence de notation Fitch, indiquant qu’elle serait sur le point de dégrader massivement une centaine « d’obligations à collatéral (CDO) » notées jusqu’à présent « AAA », la note maximale. La portée de cette annonce s’est instantanément traduite en nouvelles provisions devant apparaître au sein des banques, mais également dans le secteur de l’assurance. Le premier à en faire les frais est CNP Assurances, déjà sous le coup d’annonces de résultats en demi-teinte, mais surtout victime de rumeurs indiquant que l’entreprise serait susceptible de passer une provision de 2 milliards d’euros, en rapport avec son portefeuille de titrisation. Le bon côté de ces méfaits économiques est que la BCE commence à radoucir ses propos et semble s’orienter vers une première baisse des taux. Mieux vaut tard que jamais !

Il semble, à la vue de ces éléments économiques, qu’un point bas boursier ne soit pas atteint. Bon nombre d’intervenants estiment qu’il manque maintenant une « capitulation » pour permettre aux marchés de repartir franchement. Il semble envisageable qu’un point bas se situant entre 4300 – 4400 sur le CAC 40 soit visité et préfigure d’un point d’appui. Beaucoup d’éléments donnent l’impression que nous sommes proches de la saturation en terme de baisse et qu’effectivement, les marchés pourraient se rétablir à partir de là. Il nous semble que c’est la suite qui peut représenter un nouveau problème. En effet, même si les marchés rebondissent sur les points indiqués, beaucoup d’inconnues demeurent en suspens, sans évoquer de tout nouveaux problèmes qui pourraient se greffer par-dessus. Par conséquent, et à la suite d’un rebond qui pourrait être d’une certaine ampleur, il serait judicieux de créer des liquidités avant d’y voir plus clair. À suivre…

© photos : Johannes Plenio

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini