Août / 27

Crise de confiance.

By / Pascal Faccendini /

Une bourrasque d’une rare violence vient de s’abattre sur les marchés financiers. Si la phase N°1 de cette crise semble bel et bien terminée, les marchés financiers restent dans l’expectative, en attendant de pouvoir mesurer quel en sera l’impact réel sur l’économie et ses perspectives de croissance. Dans l’immédiat, tout semble revenir à la normale, mais pour beaucoup, cet état stationnaire s’apparente plus qu’autre chose à l’œil d’un cyclone.

«J’ai déjà vu ce film,….il se finit toujours par quelques récessions.» C’est en ces termes que répondait Mr Angelo Mozilo, le Président de Contrywide, le premier émetteur d’hypothèques américaines, à la question que lui posait un journaliste sur la crise des «Subprimes» et ses conséquences prévues. Voilà, le terme est lâché : récession. C’est en effet bel et bien un basculement de l’économie américaine en récession que l’ensemble de la communauté financière redoute maintenant. Entendons nous bien, il ne s’agit pour le moment que de suspicions car les statistiques économiques ne traduisent rien de tel, même si la menace que fait peser la correction du marché immobilier américain et cette crise des «Subprimes» va bien dans ce sens. Il faudra vraisemblablement attendre plusieurs semaines avant de pouvoir disposer d’un état des lieux correspondant au moment même de la crise et surtout au lendemain économique de cette dernière.

Mais au fait, tout le monde parle de crise, mais que s’est-il passé sur les marchés financiers au cours des deux premières semaines du mois d’août ? La plupart d’entre nous sont partie en vacances en laissant derrière eux les «subprimes» et autres crédits à risque qui avaient apporté une extrême défiance dans certains hedges funds et qui commençaient à bloquer la liquidité de certains compartiments des marchés financiers. Durant les quinze premiers jours d’août, le monde financier a basculé brutalement 78 ans en arrière pour revivre les symptômes de la crise de 1929, ni plus ni moins. Le marché interbancaire s’est soudainement paralysé, privant les principaux acteurs financiers de leur matière première, «le cash». Il faut savoir que les banques n’ont pas la possibilité de placer leurs excédents de liquidité. Pour leur offrir une rémunération, elles s’échangent entre elles leurs liquidités moyennant un taux d’intérêt, c’est le marché interbancaire. Face à la défiance grandissante, au manque d’information, et surtout aux erreurs de communication de certaines grandes banques ayant juré à qui voulait l’entendre qu’elles ne seraient pas affectées par les « Subprimes», et qui ont du, quelques jours plus tard, bloquer la cotation de certains fonds d’investissement et révéler en partie la réalité des comptes, les trésoriers des banques ont préféré garder dans leurs comptes le cash dont ils disposaient. Le marché interbancaire s’est d’abord asséché pour en arriver à une totale paralysie, privant en quelque sorte l’économie d’argent frais.

Fort heureusement, Ben Bernanke, grand spécialiste de la crise des années 30, n’a surtout pas souhaité refaire les mêmes erreurs qu’à cette époque et a ouvert les vannes de la liquidité en assurant, avec ses homologues internationaux, son rôle de prêteur en dernier recours. Afin de faire face aux besoins de liquidité des banques, les principales banques centrales ont donc injecté sur les marchés des milliards permettant aux établissements financiers de retrouver la liquidité nécessaire à leur bon fonctionnement, et évitant ainsi la paralysie des économies. Mais durant ces quinze premiers jours du mois d’août, les institutions ont du faire face à leur besoin de «cash», et en attendant que les banques centrales réagissent, elles ont du le créer en vendant leurs actifs les plus liquides, c’est à dire des actions. C’est ainsi que sur l’ensemble des places boursières, tout et n’importe quoi «y est passé», jusque sur les places émergentes pourtant très éloignées de ces problématiques. Par la suite, la communication apportée par les banques centrales, le fait que la situation interbancaire revienne à un niveau normal, mais surtout, le sentiment qu’il y a bel et bien «un pilote dans l’avion» a sonné la fin de cette crise psychologique. Nous voilà maintenant face à un état stationnaire, durant lequel les marchés financiers remettent d’une certaine façon «la balle au centre» avant de pouvoir mesurer l’impact de tout ceci. Car un paramètre est désormais clairement acquis, il y aura un coût certain dans nos économies au regard de cette mésaventure.

Les marchés se retrouvent maintenant face à deux réalités. La première, l’état actuel des comptes des entreprises et des économies qui sont optimaux, la deuxième : le devenir de ces comptes, et là, c’est potentiellement beaucoup plus aléatoire. Actuellement rien ne s’apparente à ce qu’étaient les marchés financiers en 1999 et 2000. La hausse des marchés actions a suivi la hausse des bénéfices des entreprises, et nous sommes face à des PER tournant autour de 13.5 pour les résultats de 2007 et 12 pour ceux de 2008, donc très acceptables. Il n’y a rien de spéculatif dans ces données. En revanche, la hausse des résultats des entreprises a été fulgurante depuis 2003 et il serait donc normal que leur progression se calme un peu. Mais le plus gros problème en devenir repose sur le consommateur américain qui voit dans la baisse de son immobilier, un effet richesse négatif, susceptible de le freiner dans sa consommation. Un autre problème apparaît au travers de l’octroi des nouveaux crédits, qui risque fort d’être un peu moins systématique. Nous sommes également face à des secteurs, qui pour les mêmes raisons, commencent à être dévasté. Tous ceux concernés par les emprunts à risques, les titrisations, les montages de L.B.O, pour au final en arriver aux banques d’affaires qui risquent fort de se retrouver avec beaucoup moins d’opérations d’ampleurs à traiter. Bref, nous venons d’un excès de confiance qui a toutes les chances de se traduire maintenant par une crise de confiance, et lorsque la finance n’est pas dans un état ambiant de confiance, cela n’est jamais très positif……..Une autre épée de Damoclès pèse lourdement au dessus de nos marchés. Pendant que les places boursières américaines et européennes corrigeaient lourdement, les indices Chinois de leur côté poursuivaient leur ascension sans difficulté. C’est ainsi que les indices Chinois se retrouvent sur de nouveaux records historiques, mais au travers d’un PER de plus de 40, une banque centrale locale qui poursuit les hausses de taux, et qui vient d’autoriser les investisseurs locaux à investir sur des bourses étrangères en commençant par Hong Kong. Bref, rien de très encourageant, et qui serait susceptible de rajouter un peu d’huile sur le feu.

© photos : Patrick Tomasso

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini