Juil / 30

Crise des Subprimes.

By / Pascal Faccendini /

La crise des Subprimes éclate et provoque des dégagements massifs sur le compartiment des actions. Dans les salles de marchés, une question prédomine toutes les autres: Allons-nous assister maintenant à une reprise des places boursières, s’appuyant sur des achats à bon compte, ou au contraire, au début d’une vraie tendance baissière ?

32 milliards, 70 milliards, 120 milliards de dollars, les chiffres et les estimations les plus folles circulent partout sans que personne n’ait la moindre idée précise de ce que représentent les pertes et les engagements des banques sur ce que l’on appelle les CDO et CLO. Le principal problème du moment est qu’aucun analyste d’aucune salle de marchés au monde n’est en mesure de chiffrer avec précision à quels niveaux les grandes institutions financières sont engagées dans des opérations de financement de crédits à risques. C’est un flou artistique total. Mais en définitif, de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces termes de CDO et CLO ? Pour comprendre le fonctionnement d’un CDO, il faut remonter à l’époque des années 80 et dans la salle de marché de Salomon Brother. Un certain Lewis Ranieri eut l’idée de prendre un portefeuille de crédits hypothécaires d’une banque commerciale, de le placer dans un véhicule d’investissements et de le diviser en plusieurs obligations destinées à être vendues à des fonds d’investissements. La titrisation venait d’être créée et devait s’étendre par la suite aux encours de cartes de crédits, aux prêts automobiles, aux prêts étudiants, aux créances clients des entreprises……etc.

Afin de mieux contrôler les risques, Wall Street a par la suite apporté une évolution qui consiste à «saucissonner» ces obligations en nouvelles tranches, correspondants à des risques crédits différents liés au remboursement du capital, ou aux versements des intérêts ou encore aux risques de défaut du portefeuille. Tout ceci paraît déjà assez complexe mais lorsque l’on sait qu’à partir des années 2000, ce marché a pris une ampleur considérable avec à la clef des innovations techniques dans tous les sens, nous en arrivons aujourd’hui à un espèce de monstre financier que personne ne contrôle, puisque personne n’en connaît ni la taille ni le risque réel sur l’économie. Il faut préciser que la perversité de certaines banques est allée jusqu’à la création de ces fameux «Subprimes», c’est-à-dire des crédits à taux variables accordés à des personnes à revenus modestes dont les banques savent pertinemment qu’elles auront à un moment ou un autre, besoin de renégocier l’échelonnement de leur dette, avec à la clef, bien sûr, de nouveaux taux d’intérêts et des pénalités. La crise actuelle a démarré par ces «Subprimes» à la suite du retournement du marché immobilier américain. Elle repose sur un véritable scandale immobilier. Certains ménages ne pouvaient plus assumer leurs échéances et les défauts de remboursement ont littéralement explosé, ainsi que les saisies immobilières. Cette crise du «Subprime» s’est lentement étendue aux autres compartiments des CDO pour arriver au final, c’est-à-dire en début de semaine dernière, à la catégorie la moins risquée (celle notée AAA par les agences de notations) et provoquer la crise à laquelle nous venons d’assister.

La baisse des places boursières a été engendrée par le fait que les établissements financiers porteurs de ces CDO ont dû créer de la liquidité en vendant leurs actifs les plus liquides (les actions) afin de faire face à leurs pertes sur les CDO. Très bien, me direz vous, mais ceci étant vu, maintenant où en sommes-nous ? Peut-on s’attendre à des faillites ? Et bien, tout repose désormais sur des notions «psychologiques» des acteurs financiers et de leur confiance dans l’économie. Car pendant que cette bourrasque sévissait de son côté, l’économie continuait de faire son bonhomme de chemin et les entreprises poursuivaient la communication de leurs résultats. En l’état, les rythmes de croissance des entreprises et des principales économies se poursuivent sans aucun vague à l’âme, bien au contraire. Le FMI relève ses perspectives de croissance mondiale pour 2007 et 2008 et la majorité des résultats des entreprises est de très bonne facture. La seule véritable inconnue autour de laquelle tout repose est la poursuite ou non de l’effet dominos jusqu’aux consommateurs américains. Les marchés abordent ce risque au travers d’un arrêt de consommation US et donc une menace pour la croissance américaine puisqu’elle repose à 70% sur la consommation de ces ménages. Mais un autre paramètre est à prendre en compte, celui d’une inversion de la consommation et de l’épargne vis-à-vis des Américains et des Chinois. Il serait en effet tout à fait envisageable d’assister à une plus grande épargne américaine, provoquée par un effet richesse négatif, et du côté chinois, à plus de consommation engendrée par une croissance très forte. Cet état de fait aboutirait à une modification en profondeur de la mondialisation, puisque l’usine à fabriquer chinoise trouverait plus de débouchés sur son sol, mais impacterait en même temps une plus grande défiance pour le dollar, entraînant les américains à épargner encore davantage. L’économie mondiale se retrouverait en définitif face à un espèce de jeu à somme nulle et ne serait par conséquent nullement menacée. Ainsi, la séance boursière de jeudi dernier pourrait apparaître comme un symbole. Alors que le Dow Jones enregistrait une chute vertigineuse, la bourse de Shanghai s’offrait un nouveau record en clôture !!! Étonnant non…? A suivre

© photos : Aditya Vyas

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini