Mai / 19

Crise financière, déjà terminée ?

By / Pascal Faccendini /

Les intervenants continuent d’espérer qu’une sortie de crise rapide est possible, et se laissent porter par des statistiques et des commentaires encourageants.

Christine Lagarde jubile, les Allemands impressionnent l’Europe, le consommateur américain tient la rampe et la croissance japonaise fait mieux que prévu ! Qui a parlé de crise ? D’ailleurs, c’en est presque à se demander s’il y a une crise quelque part ? Ah oui, c’est vrai… J’allais oublier. La crise financière se serait arrêtée au lendemain de l’affaire Bear Stearns et les intervenants se sont rassurés sous le prétexte qu’il n’y aurait pas de grandes faillites bancaires retentissantes. La crise financière est déjà terminée ?

Il est vrai que l’instant économique que nous traversons est semé d’embûches. II est clair que le travail des économistes n’est franchement pas évident de par les informations contradictoires auxquelles ils sont confrontés. La nature même de cette crise est particulière, tout comme son impact nouveau sur les marchés financiers et les secteurs d’activités présents en bourse. Traditionnellement, une crise se traduit par certains secteurs en déprime et les autres dits « défensifs » qui relèvent la tête. Ici, rien de tout cela. Les secteurs défensifs du moment sont les secteurs cycliques liés aux ressources naturelles (mines et métaux précieux, pétrole, chimie)…, c’est nouveau. Les statistiques économiques montrent par exemple, un consommateur américain confronté à la chute de son immobilier, qui provoque un effet richesse négatif, qui l’amène à perdre confiance dans le devenir économique des États-Unis, mais qui, malgré tout, continue de consommer !!! C’est étrange. Tout est orchestré comme si nous étions dans une espèce de mi-temps, avec une tension toujours présente, mais qui diminue un peu, et qui pourrait même laisser supposer que le sens de la partie va être modifié, que la « donne » va être transformée. Il n’est, par conséquent, pas étonnant de constater que le spectre du consensus sur le devenir des places boursières est extrêmement large. Que peut-on penser de tout cela ? Qu’est-ce que les marchés nous traduisent. Tout d’abord, depuis le départ, cette crise a été jugée comme financière et non économique. Les marchés estiment qu’elle doit affecter tout particulièrement les ÉtatsUnis, pendant que le reste de la croissance mondiale serait sauvé grâce à la demande en équipements d’infrastructure des pays émergents et plus spécifiquement Chinois. Par conséquent, au fur et à mesure qu’une dégradation économique s’est installée aux EtatsUnis et que le dollar a baissé, sous l’emprise des baisses des taux successives orchestrées par la FED, la valeur refuge idéale qui s’est révélée d’elle-même, s’est retrouvée dans tout ce que ces pays émergents devaient continuer à consommer : les matières premières, représentant en plus un paravent à la baisse du dollar.

Nous voilà par conséquent face à des prix qui montent partout dans le monde, troublant un peu plus les cartes ; ne sachant pas si nous sommes face à une inflation, stagflation ou déflation. Ne sachant pas en définitive si le consommateur américain va continuer à baisser les bras et donc au bout du compte impacter l’économie mondiale, ou si un point bas a été atteint, laissant supposer que la machine américaine peut maintenant repartir. L’impact de tout cela est diamétralement opposé, pouvant nous offrir le meilleur comme le pire. Nous sommes actuellement dans cette phase tampon, où se mêlent des statistiques contradictoires qui s’apparentent à la fois aux deux potentialités. Alors, le meilleur ou le pire ? Franchement, bien malin celui qui peut l’affirmer aujourd’hui. Néanmoins, un certain bon sens pousse à se demander pourquoi la chute de l’immobilier américain devrait s’arrêter là, alors que le stock d’offres augmente, tout comme les licenciements et la perte de confiance des ménages. De par le statut particulier des emprunts hypothécaires américains, les ménages endettés ont la possibilité d’effacer leur dette, en ramenant les clefs de leur maison à la banque. Leur crédit s’en trouve alors annulé tout comme leur dette. En revanche, cela se traduit pour eux, par une perte de leur maison et une dégradation de leur « scoring d’emprunteur ». Actuellement, 9 millions d’Américains ont un logement qui vaut moins que le montant de leur créance. Par conséquent, dans les mois qui viennent, combien d’entre eux franchiront le pas de ce désengagement ?

Un certain nombre de constats de ce type peuvent être faits, ne laissant malheureusement que peu d’espoir, dans une embellie soudaine. Si la consommation des ménages diminue encore, cela amènera inévitablement une pression supplémentaire sur les pays émergents, mais également sur les matières premières qui ont atteint des niveaux stratosphériques. Vous allez dire qu’après tout ce n’est pas un mal, en termes de prix et de pouvoir d’achat. Sûrement, mais ne serions-nous pas là face à la prochaine bulle en voie d’éclatement, caractérisée par des capacités de production qui ont été décuplées à grand renfort de crédits, comme à une certaine époque pour la technologie, ou à une autre pour l’immobilier ou les montages de L.B.O ? Vous voyez ce que je veux dire, et les conséquences que cela peut avoir…? A suivre…

© photos : Hassan Maayiz

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini