Mar / 17

Crise financière.

By / Pascal Faccendini /

Le flot de mauvaises nouvelles ne se tarit pas, on pourrait même considérer qu’il augmente. Bien au-delà des considérations purement économiques, qui auraient tendance à valider l’entrée en récession des États-Unis, ce sont surtout les problèmes de liquidité des grands acteurs financiers qui inquiètent les marchés. Nous sommes tout bonnement en train de vivre en temps réel la fin d’une époque. Il s’agit maintenant de pouvoir préciser ce que l’on entend par époque, car de la prise en compte de ce cycle va dépendre la profondeur des perturbations présentes, mais surtout à venir…

Le moins que l’on puisse dire est qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour ouvrir la presse économique en ce moment. Et les dernières informations marquant les esprits financiers et économiques ne vont vraisemblablement rien arranger. A la suite de l’affaire Carlyle ou plutôt de l’un de ses fonds, Carlyle Capital Group qui se retrouve dans l’incapacité d’honorer ses créances, c’est maintenant au tour de Bear Stearns, l’une des principales banques d’affaires de Wall Street (la cinquième), d’être dans l’incapacité d’honorer ses engagements. La FED et JP Morgan sont donc intervenus pour organiser le sauvetage de cette banque. Pour les marchés, la principale question récurrente consiste maintenant à déterminer qui sera la prochaine !

Car visiblement, les mauvaises nouvelles ne semblent toujours pas être dernière nous. Pour s’en persuader (si besoin en est), il suffit de voir quel est le cheminement des réflexions que mènent les économistes en ce moment. Afin de pouvoir analyser, comprendre et éventuellement prévoir, ils reprennent le fil de l’histoire. Non, je ne fais pas référence à la crise financière qui sévit depuis le mois d’août 2007, mais tout bonnement à l’histoire économique marquant les grands tournants de l’évolution du système des parités de change depuis Bretton Woods, en passant par les accords du Plaza de 1985, et ceux du Louvre en 1987. Car il faut bien le dire, le système financier international est en crise, et cette crise est d’une toute autre ampleur que celles que nous avons vécues ces dix dernières années. Le début des années 80 avait vu l’instauration du «capitalisme triomphant», qui visiblement, quelques dizaines d’années plus tard, semble avoir un peu trop triomphé. Ce que nous payons aujourd’hui est la financiarisation extrême de l’économie, permettant comme chez Carlyle d’utiliser des effets de levier de 32 fois la mise pour investir sur les marchés ou racheter des entreprises, à grands coups d’émissions obligataires. C’est tout ça qui a maintenant besoin d’être revisité et qui va l’être par obligation. L’enjeu actuel a dépassé la baisse des marchés actions et se positionne maintenant sur la liquidité des obligations et la baisse du dollar contre toutes devises. A titre d’exemple, on ne parle plus désormais de «Pétrodollar», mais de «Pétroeuro».

L’envolée des prix du brut a démultiplié les marges bénéficiaires des pays du golfe. Elles sont tellement importantes, qu’ils sont dans l’obligation de les recycler sur les marchés. Habituellement, ce recyclage s’effectue dans différentes devises, mais surtout en dollars au travers des emprunts d’état américains. De par la baisse structurelle du dollar, ils ont recentré leurs investissements en euros sur les emprunts d’État de la BCE, sans oublier au passage les matières premières, et notamment le baril de brut. Nous sommes par conséquent face à une baisse du dollar qui provoque la hausse du pétrole, mais également la hausse du pétrole qui provoque la baisse du dollar. Bref, c’est un serpent qui se mord la queue, et qui représente l’une des multiples raisons engendrant la déstabilisation actuelle du système. Très bien, mais alors où en sommes-nous et surtout qu’est-ce qui peut maintenant se passer ?

Le fait que cette crise se soit propagée à la planète entière (y compris en Chine, ils ont des problèmes d’inflation et de revendications salariales, c’est l’un des autres points engendrant la crise) recèle un élément rassurant. Les grands décideurs mondiaux utilisent de moins en moins la langue de bois pour décrire la nature du problème, ce qui aurait tendance à démontrer leur volonté d’agir en urgence. D’ailleurs, dans les salles de marchés, la question du moment est de savoir si nous allons assister ou pas à une intervention concertée des principales banques centrales sur le marché des changes. Quoi qu’il en soit, tout ceci devrait aboutir à un moment ou à un autre, d’une façon ou d’une autre, à une renégociation globale du partage d’un énorme gâteau. Les marchés peuvent se rétablir très rapidement, mais il leur faut surtout un catalyseur puissant, un signal fort. La FED, au travers de ses interventions, ne suffit plus. Les chefs d’État, le FMI, les banques centrales recèlent dans leur cohésion la réponse. Le rebond des marchés dépend de leurs interventions ou plutôt du timing de cette intervention… À suivre.

© photos : Osman Rana

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini