Sep / 07

Dévaluation du Yuan.

By / Pascal Faccendini /

Suite à leur correction estivale, les places boursières tentent maintenant de se stabiliser. Même si nous sommes toujours confrontés à un contexte économique encore un peu flou, il semble probable que les intervenants devraient voir dans cette correction une opportunité d’investissement. Nous ne pouvons néanmoins négliger l’alerte que nous a adressée la Chine…

Eh bien…, après un silence de plusieurs mois, voilà que je reprends la plume. La dégradation quasi systématique de notre contexte macroéconomique, s’installant de surcroît dans une sorte de routine négative, nous avait poussés à suspendre cette note. En effet, nous ne souhaitions pas reproduire semaine après semaine les mêmes explications négatives, n’apportant plus rien en définitive. En revanche, il nous semble que quelque chose de nouveau vient de se produire, il nous semble que nous entrons dans une accélération de notre histoire économique, ce qui nous incite à reprendre la plume. Autant vous l’indiquez dès à présent, nous ne croyons pas à un effondrement des places boursières. Nous envisageons plutôt un rebond des indices boursiers en direction des plus hauts.

Même si le contexte macroéconomique reste à ce stade encore un peu flou, bon nombre de paramètres militent dans ce sens. Mais malgré cette « vision » positive, il nous semble également qu’un élément de soutien à la croissance mondiale vient de se briser… Mais au juste, que s’est-il passé cet été ? Nous repartons dans une tourmente économique comme en 2007 ?…. Une communication désastreuse émanant des autorités chinoises concernant une dévaluation de leur devise (le Yuan) a servi de catalyseur à une correction de la bourse chinoise, ou plutôt un krach boursier pour être plus exact. Cet effondrement de la bourse de Shanghai a entrainé dans son sillage l’ensemble des places boursières internationales. Le fait que les autorités chinoises dévaluent leur devise ne représente en rien un problème. Le monde entier avait mesuré depuis des mois que le Yuan était surévalué de 15%. La Chine est rentrée dans une négociation avec le FMI dans le but de faire « homologuer » sa devise afin qu’elle soit intégrée dans un panier de devises internationales. La motivation des Chinois dans cette démarche consiste à « institutionnaliser » un peu plus le Yuan pour en faire une devise de réserve internationale au même titre que le Dollar ou l’Euro. Par conséquent, la dévaluation annoncée était purement technique et en rapport avec la démarche entreprise auprès du FMI. En revanche, c’est la façon dont cette dévaluation a été orchestrée et annoncée qui a provoqué la déflagration des places boursières que nous avons vécue. Après avoir annoncé qu’il n’y aurait qu’une et une seule dévaluation, ils en ont pratiqué trois dans la foulée de leur première déclaration, prenant du coup la « planète économique » à contre-pied et provocant un stress international sur la réalité de leur croissance.

En effet, si les Chinois ont agi de la sorte, c’est que quelque chose chez eux ne tourne pas rond, s’est demandé le monde entier ?…. Et voilà, le mal est fait et tout vole en éclat…. ! Nous avons par conséquent été confrontés cet été à un bug de communication qui a fait éclater une bulle boursière chinoise. En théorie, et si on s’arrête là, il n’y a plus qu’à profiter des opportunités présentes sur les places boursières. La réalité est bien sûr plus complexe, notamment car il faut maintenant (suite au stress provoqué) avoir une idée plus précise sur la réalité de la croissance chinoise. Ce sujet devient par conséquent le thème économique majeur du moment. Dans l’immédiat, nous sommes clairement confrontés à un flou artistique total, ce qui provoque toutes les surenchères et spéculations possibles. Que la Chine ralentisse maintenant n’est pas un souci en soi. C’est attendu et même souhaité. Nous sommes face à une économie qui se structure, se modernise et doit désormais créer une « classe moyenne » afin d’asseoir dans une proportion représentative une consommation des ménages.

La Chine va donc produire de plus en plus pour elle-même en diminuant de plus en plus son image « d’usine du monde ». Elle va donc moins importer et moins exporter. Ce contexte, déjà largement entamé, diminue d’autant le soutien qu’elle apporte à la croissance mondiale. C’est donc confronté à cette réalité et cherchant à se rassurer sur la croissance mondiale que le monde entier regarde avec une grande fébrilité ce que la Réserve Fédérale US décidera sur sa politique monétaire. Va-t-elle monter ses taux ou pas ? Quand ? Ces questions qui stressent les marchés depuis des mois (ce qui a tout du faux problème) n’ont de véritable sens aux yeux des marchés que de par leur besoin de se raccrocher à quelque chose de tangible (si la FED monte ses taux, c’est que la croissance US est bien installée, dans le cas contraire, c’est qu’elle est moins présente). Car si la Chine n’est plus aussi présente qu’avant, qui va tirer la croissance mondiale ? Ce n’est sûrement pas l’Europe…

Nous sommes confrontés à un contexte économique qui a toutes les chances de se fragiliser de plus en plus. Dans l’immédiat et vis-à-vis des marchés, les paramètres sont différents. En effet, les banques centrales adoptent une posture de plus en plus accommodante, les statistiques macroéconomiques tiennent un rythme cohérent, et tout le monde va se rassurer en considérant les réserves de change colossales dont dispose la Chine. Les places boursières devraient par conséquent rebondir. Mais dans un deuxième temps, face à des statistiques plus molles, face à un cycle de reprise américaine déjà très avancé, face à une bourse américaine déjà très haute et face à des résultats d’entreprises qui menacent de moins briller en raison de moins d’exportation, les choses risquent de se compliquer fortement… Mais, nous n’en sommes pas là… Nous allons bien sûr rester très attentifs à tous ces éléments et surtout éviter de nous retrouver au beau milieu d’une bourrasque boursière. Après tout, nous pouvons également bénéficier de quelques bonnes surprises… À suivre, bons investissements.

© photos : Yang Shuo

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini