Sep / 19

Faillite « contrôlée ».

By / Pascal Faccendini /

L’annonce d’une aide concertée des principales banques centrales internationales au profit de nos banques françaises, a permis aux places boursières de se revigorer. Si nous estimons que la hausse des marchés est clairement en train de s’installer, nous estimons également que le scénario d’une faillite de la Grèce est déjà enclenché. Les politiques essaient de prendre le temps ou le recul nécessaire pour parer aux inévitables déflagrations et dégâts collatéraux…

« Nous sommes convaincus que l’avenir de la Grèce est dans la zone euro…. » ont déclaré dernièrement Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, à l’issue d’une téléconférence organisée avec le Premier Ministre Grec. De prime abord, cette courte déclaration peut surprendre et laisser sur leur faim tous les pro-européens, les marchés financiers et les créanciers de la Grèce… Mais cette déclaration est-elle vraiment dirigée vers ces personnes, ou est-elle tout au contraire, destinée au peuple et parlement grecs afin de les presser d’agir, comme s’ils étaient confrontés à une sorte de dernière chance ?

En fait, pour comprendre l’évolution des marchés financiers dans l’immédiat, il vaut mieux laisser de côté l’économie et se concentrer sur la politique allemande et plus spécifiquement sur les luttes de pouvoir et autres batailles auxquelles se livrent actuellement les membres de la coalition d’Angéla Merkel. La chancelière tente d’ailleurs, non sans grande difficulté, de se maintenir, tant bien que mal, à la tête de cette coalition. L’euroscepticisme allemand est bien présent, et se retrouve dans les dernières élections régionales allemandes où la coalition au pouvoir perd de façon quasi systématique toutes les élections régionales. Les Allemands ne comprennent plus la politique européenne menée par leur chancelière et notamment cette aide financière destinée à la Grèce. Tout s’est accéléré depuis les accords du 21 juillet et notamment depuis que les Finlandais ont exigé des garanties supplémentaires afin d’accepter de prêter à la Grèce. C’est à partir de là et du lobby qu’ils ont organisé, que l’idée d’une éventuelle faillite de la Grèce n’est plus devenue taboue. Un autre personnage est en train de prendre une ampleur considérable en Allemagne et en Europe (on l’annonce comme le futur successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de l’Eurogroupe) ; il s’agit du Ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble. Pour lui, sauver la Grèce revient à une espèce d’acharnement thérapeutique. Cette idée (bonne ou mauvaise) rassemble autour de lui des Allemands, des populations des pays nordiques et du reste de l’Europe… La chancelière allemande peut porter son dossier européen contre vents et marées mais jusqu’à un certain point. Lorsque dernièrement, les émissaires de la Troïka ont découvert dans les comptes de la Grèce un dérapage incontrôlé des déficits, de l’endettement et de la récession, ce fut la goûte d’eau qui fit déborder le vase et précipita le dossier en direction de ce qui doit apparaître comme impensable aux pères fondateurs de l’euro : la faillite de la Grèce.

Il semble par conséquent de plus en plus probable que la Grèce se dirige maintenant vers un défaut de paiement, avec cependant deux paramètres qui restent encore en suspens : la date et le scénario de la faillite. Car si toutes les échéances européennes (déjà prévues dans le cadre du plan d’aide à la Grèce) sont repoussées dans le temps, c’est afin de se donner les moyens de pouvoir contenir l’onde de choc que provoquerait la faillite de la Grèce. L’un des principaux outils qui pourrait servir de pare-feu est le fameux fonds de soutien européen (le F.E.S.F) qui pourrait servir, non plus à aider la Grèce, mais à acheter des obligations souveraines de pays européens qui pourraient être chahutés (Italie, Espagne ou Portugal) dans le cadre d’éventuelles turbulences liées à la faillite grecque. La prochaine échéance de remboursement à laquelle la Grèce devra faire face se situe dans le courant du mois d’octobre. Le moins que l’on puisse dire est que les Européens ne se pressent pas à la vue de cette échéance… Dans tous les cas, les Européens cherchent aujourd’hui à organiser une faillite « contrôlée » en maintenant la Grèce dans la zone euro. Une crise est par définition un événement qui n’a pas été prévu. Par conséquent, l’organisation de cette faillite et le fait qu’elle devienne de plus en plus incontournable (donc annoncée et attendue) a toutes les chances de minimiser ses dégâts sur la zone euro. Dans l’immédiat, les marchés retrouvent le chemin de la hausse ; nous reprenons des positions haussières car un potentiel de rebond significatif est présent.

© photos : Tomas Robertson

Categories : G.P, Marché financier, N.H
Pascal Faccendini