Sep / 26

Grèce et Récession.

By / Pascal Faccendini /

Les derniers commentaires du président de la FED ainsi que la publication de statistiques économiques décevantes, ont fait ressurgir des craintes de retour en récession. Les marchés de leur côté espèrent, ou plutôt implorent les politiques d’agir vite. Mais c’est de la BCE, que devraient venir des réponses concrètes…

Au beau milieu de cette guerre de communiqués, fausses informations, rumeurs et démentis, il n’est franchement pas aisé de s’y retrouver. Car en complément des premières craintes initiales, liées à l’évolution du dossier grec, voilà que nous sommes maintenant confrontés à des risques de retour en récession et d’effondrement des banques françaises. Mais comment la Grèce a t-elle bien pu nous amener là ?

Bref, le dernier discours du président de la FED a littéralement mis le feu aux poudres. Tout d’abord, car il n’a pas répondu aux attentes des marchés en matière d’injection monétaire (même s’il avait déjà prévenu que c’était désormais aux politiques à agir par le biais de relances budgétaires) et d’autre part, en présentant un tableau économique relativement sombre, mettant en avant différents risques de ralentissement additionnel. Par conséquent, quand le lendemain les marchés ont été confrontés à des statistiques économiques exécrables, il n’en fallait pas plus pour qu’ils boivent la tasse. Comme si cela ne suffisait pas, ce contexte négatif représentait une nouvelle « opportunité », pour qu’un flot de rumeurs diverses et variées s’abatte à nouveau sur les banques françaises. Car maintenant, on ne peut plus ignorer qu’une véritable campagne de dénigrement est organisée à l’encontre des banques françaises. Je souhaiterais simplement rappeler que l’agence de notation Moody’s vient de dégrader trois banques américaines (et non françaises) alors que cette même agence a maintenu les notes des établissements français. Oui clairement, il s’agit d’enfoncer encore un peu plus les banques et les états européens afin d’atteindre l’Europe. Car de leur côté, ce que nous communiquent les banques a l’air d’être cohérent. Si l’on prend leur exposition au risque grec, il correspondrait à l’équivalent d’un trimestre de leurs bénéfices (donc très gérable). Or, ce que les rumeurs laissent supposer (ou du moins ceux qui les lancent) est qu’elles sont sous capitalisées, qu’il leur manque des fonds propres pour répondre au risque de défaut de la Grèce et d’éventuels autres états européens. Il faut bien comprendre que nous sommes confrontés ici à un risque « auto réalisateur », c’est-à-dire que plus on dit que l’on ne peut pas avoir confiance dans ces banques et moins l’on est prêt à leur faire confiance, ce qui les affaiblit d’autant et attire de moins en moins la confiance vers elles.

Il faut bien comprendre également que si le risque de faillite de la Grèce déborde des frontières helléniques et vient affecter d’autres états européens, alors effectivement, leurs fonds propres deviennent insuffisants, car ce risque devient alors clairement « systémique ». De par les intérêts croisés entre les différentes banques implantées dans le monde et le risque que représenterait un tel dérapage du dossier européen, elles seraient toutes contraintes de stopper leurs transactions entre elles, ce qui aboutirait à un arrêt du système monétaire et financier, comme nous l’avons déjà vécu en 2008. Mais alors, pourquoi « jouer » avec un tel risque ? Après tout, ceux qui lancent ces rumeurs sont confrontés au même risque que nous ? Oui bien sûr, mais la meilleure défense n’est-elle pas l’attaque ? Le secteur bancaire anglo-saxon doit gérer de très grosses difficultés dans le cadre d’économies encore plus en difficulté qu’en Europe et au travers d’un dollar qui a fortement chuté, drainant mécaniquement des capitaux vers l’Europe et ses banques. L’Europe de son côté, s’est piégée toute seule avec son dossier grec et a tendu une perche « inespérée » qui ne pouvait être ignorée par ses concurrents. Alors, il ne faut pas trop s’étonner de voir très régulièrement émerger dans la presse anglo-saxonne une rumeur ou une « info inexacte » qui sera par la suite démentie ou qui se révélera totalement à l’opposée de la réalité (exemple : le rapatriement de capitaux par Siemens de la Société Générale).

Car très clairement, le fait d’avoir aujourd’hui fait plonger les cours de bourse des BNP Paribas, Société Générale…etc. à moins de 50% de leur actif net comptable, représente une mesure de sauvegarde pour leurs concurrents, mais pourrait également donner des idées à d’autres qui seraient en droit d’estimer qu’après tout…, l’affaire est trop belle…. ! Par conséquent, le jeu de massacre auquel nous assistons pourrait rapidement changer de visage et se transformer en chasse aux bonnes affaires, rumeurs d’opérations spéciales et autres phénomènes de concentration… Pendant ce temps, le dossier grec est toujours « en attente », alors que la BCE devrait commencer à prendre en compte une détérioration du climat économique et entreprendre une nouvelle communication, mais cette fois, dans le sens de futures baisses des taux directeurs. Ah…, enfin une bonne nouvelle… À suivre et bons investissements.

© photos : Christina Gottardi

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini