Mai / 17

Inflation, et si les marchés se trompaient de bataille ?

By / Pascal Faccendini /

Inflation, Inflation…, on ne parle que de ça. C’est l’évidence économique du moment. La question ne serait pas de savoir si elle va réapparaître, mais plutôt quand et avec quelle intensité. Il nous arrive fréquemment d’être contrariants, permettez-nous de l’être une nouvelle fois, surtout qu’en l’occurrence, c’est pour la bonne cause, celle de la protection de vos avoirs.

En l’espace de quelques jours, quinze jours tout au plus, tout a changé. D’un scénario relativement clair, nous avons basculé dans une franche inconnue. Vous savez…, le petit grain de sable. Celui qui bloque toute une mécanique parfaitement bien huilée. Ce grain de sable là s’appelle variant indien ! Mais pour bien comprendre le contexte ou plutôt le déroulé de l’histoire, revenons un peu en arrière, quelques mois plus tôt, lorsqu’un certain Donald Trump était encore président des États-Unis.


La gestion de l’épidémie de Covid avait été jugée calamiteuse en Amérique, au Brésil, en Angleterre et en Israël. Ces pays avaient globalement refusé de confiner et étaient confrontés à une mortalité très importante, choquant les populations et entraînant un déboire politique pour leur dirigeant, dont la cote de popularité auprès des populations s’effondrait dans les sondages. Fin 2020, à la veille de l’élection présidentielle US, l’équipe de D.Trump eut la bonne idée : mettre le « paquet » sur une nouvelle technologie permettant d’obtenir des vaccins dans un délai record (Vaccin à l’acide nucléide). La vaccination allait ainsi pouvoir se diffuser très rapidement. Le président américain pourrait prendre une revanche sur le virus qui avait brisé sa mécanique électorale. Il pourrait ainsi « vendre » l’idée de vacciner la croissance économique, et donner de l’espoir aux électeurs sur un retour rapide à la « vie d’avant ».


Ainsi, les vaccins que l’on pouvait produire à grande hâte, grâce à l’ARN Messenger, allaient sauver l’élection du candidat Trump, à condition bien sûr que cette nouvelle technologie soit acceptée par les populations. Il s’en est suivi un imbroglio de communication considérable autour des vaccins. En effet, cette notion de codage n’avait encore jamais été utilisée… Même si de nombreux doutes subsistent encore, la balance « risques/bénéfices » en faveur des vaccins a permis le départ d’une vaccination à grande échelle.

C’est ainsi que l’Amérique, l’Angleterre et Israël investirent des montants importants pour obtenir les fameuses doses, vacciner leur population et la croissance de leur pays. Ils purent ainsi déterminer une date de sortie de crise en fonction de l’évolution de la vaccination.

Par conséquent, l’annonce de la découverte des vaccins et le début effectif de la vaccination ont fait réagir très positivement les marchés qui se sont engouffrés dans la brèche. La promesse était trop belle. Les valeurs technologiques qui avaient servi de valeurs refuges furent délaissées au profit des valeurs dites « value » qui à leur tour ont mené le bal boursier. 


Dès lors, le schéma était clair, le consensus se préparait au retour d’une reprise économique exceptionnelle, où le consommateur, tel un taureau s’apprêtant à rentrer dans l’arène, allait se précipiter dans les magasins et déverser son stock d’épargne accumulé durant le confinement. Un premier couac est apparu lorsque des sondages ont démontré que le consommateur n’était pas aussi  pressé que l’escomptaient les prévisionnistes de se délester de son épargne. Non, le consommateur, vacciné de certains excès de consommation, ne pensait en fait qu’à rembourser ses crédits. Mais qu’importe, la demande serait là, il fallait préparer l’offre.

Aidé par des plans de relance massifs, tout le monde s’est mis à redémarrer l’appareil de production et à commander les mêmes produits auprès des mêmes fournisseurs. Un goulot d’étranglement international s’en est suivi, perturbant la « supply chain » mondiale qui n’arrivait plus à répondre à la demande. Dès lors, les prix des matières premières se mirent à flamber, faisant ressentir un risque de surchauffe, mesuré notamment par l’évolution de l’indice des prix à la production. Wall Street prit tout naturellement le chemin de la hausse, et aidés par des perspectives d’un retour à la normale, les analystes n’eurent de cesse de remonter les prévisions de résultats sur les trois prochaines années. C’est ainsi que nous nous retrouvons en ce moment avec des attentes de progression de résultats totalement farfelues, qui, en prenant en référence l’année 2019, sont « pricés » sur une attente de progression de 40 % !


Très naturellement, cette situation commence à gêner des analystes, mais la majorité semble penser « qu’après tout, tant que la fête se poursuit, pourquoi la stopper ? » Tout le monde se demande donc ce que va faire la FED sur ses taux, et quelle sera la date de la prochaine hausse des taux ?

Et c’est à ce moment-là, lorsque la plupart des pays commencent à avancer vers un déconfinement, qu’un nouveau variant « indien » fait une apparition dramatique. Dramatique sur un plan humain, mais également économique, car il amplifie le blocage de la « supply chain » en apportant des perturbations importantes dans la production de composants essentiels venant d’Asie. Le variant indien est actuellement présent dans de nombreux pays, se développe rapidement et semble résistant à différents vaccins, ce qui ne rassure personne.

Par conséquent, Wall Street se retrouve pris entre deux feux négatifs. Soit le développement économique s’installe et un risque de surchauffe pourrait compromettre la progression des marchés, soit ce nouveau Covid indien bloque la croissance mondiale en interrompant la production et l’approvisionnement de composants, et c’est la valorisation des entreprises cotées qui est à revoir. En effet, les analystes seraient amenés à réviser fortement en baisse les résultats attendus. En résumé, pour que Wall Street maintienne sa valorisation, il faudrait que l’économie maintienne une progression « sur le fil du rasoir » avec le bon coefficient de croissance, juste ce qu’il faut, mais pas trop non plus… Un peu compliqué, non ? Il est peu vraisemblable que l’on aboutisse à ce résultat. Par conséquent, lequel de ces deux scénarios « à risque » vous semble être le plus vraisemblable et de nature à faire dérailler les marchés ?


C’est dans ce sens que l’on doit se poser la question aujourd’hui. Notre anticipation pour le moment irait plus dans le blocage de la « supply chain » mondiale, imposant des révisions en baisse sur les attentes de résultats (le S&P 500 est survalorisé d’une bonne 10e de pour cent). Cette révision en baisse n’est pas du tout dans les cours ! C’est en quelque sorte ce que l’on appelle un « cygne noir » ! Les points hauts sur les indices ne semblent pas avoir été atteints, une marge de progression existe encore. Par conséquent, la vraie question ne tourne pas autour de l’inflation, mais serait plutôt : quelle marge de manœuvre avons-nous ? À suivre…


© photos : Rehan Syed

Categories : Economie, H, Marché financier
Pascal Faccendini