Juin / 25

Tout va bien, ou presque.

By / Pascal Faccendini /

Malgré des fondamentaux économiques très porteurs, les marchés poursuivent leur hésitation. Ils n’arrivent toujours pas à évacuer leur anxiété obligataire.

De l’avis général, l’environnement économique reste porteur, il est sain. Oui mais voilà, des incendies couvent toujours, et l’un des derniers pouvant se réactiver s’appelle Bear Stearns ou plutôt Subprime mortgages. La fin de semaine à Wall Street a été très agitée en raison de nouveaux risques de faillites dans la sphère des prêts hypothécaires, mais surtout de l’effet domino qu’elle peut engendrer. La banque d’investissements Bear Stearns a été contrainte de débourser en fin de semaine 3.2 milliards de dollars afin d’éviter que l’incendie ne se propage. En effet, deux de ses hedges funds adossés aux prêts hypothécaires étaient menacés de faillite, ne pouvant faire face à leurs engagements vis-à-vis des banques finançant leurs investissements sur les Subprime mortgages. La banque Merrill Lynch est montée au créneau, précipitant quelque peu les faits, obligeant Bear Stearns à faire un chèque. Deux autres banques menacent d’en faire autant, JP Morgan et Lehman Brothers, ce qui a pour effet de développer la nervosité ambiante à Wall Street.

L’affaire est très sérieuse et il ne s’agit nullement d’un petit problème lié à un fonds spéculatif qui aurait fait de mauvais paris. Ce sauvetage réalisé in extremis en fin de semaine est le plus important depuis celui intervenu en 1998 sur le fonds LTCM. Ce fonds avait reçu 3.6 milliards de dollars apportés par 14 banques et l’aide notoire de la Réserve Fédérale Américaine. La menace immédiate d’un effet domino de cette crise semble donc écartée ; mais pour combien de temps ? se demandent les têtes pensantes de Wall Street. La crainte réelle serait que cette crise sur les prêts hypothécaires se propage à l’ensemble de la sphère économique et vienne détourner le consommateur américain de ses magasins favoris. Dans l’immédiat, les économistes restent confiants ou plutôt prudents et évoquent d’éventuels ralentissements, sans plus. Il est vrai que les données fondamentales restent très positives. Bon nombre d’analystes estiment que la croissance américaine aurait touché le fond au premier trimestre, et qu’elle devrait réserver de bonnes surprises. A cet égard, l’indice NAHB de la promotion immobilière a de nouveau chuté le mois dernier pour atteindre ses niveaux de 1991. La problématique Subprime ainsi que les tensions sur les taux longs n’arrangent pas les choses. Pour l’heure, si l’on peut craindre un accroissement des stocks de logements qui devrait peser davantage sur les prix de vente, on ne note pas d’enchaînements pernicieux ni de contamination au reste de l’économie, ce qui atteste des ressources américaines.

En Europe, l’amélioration conjoncturelle se poursuit un peu partout. La zone euro affiche toujours un différentiel de croissance favorable avec les Etats-Unis. L’Euroland pourrait bénéficier d’une nouvelle dynamique dans un contexte mondial qui, comme le rappelle l’OCDE dans ses prévisions de printemps, par la voix de Jean-Philippe Cotis, son économiste en chef, reste très porteur : «Un atterrissage en douceur des Etats-Unis, une reprise forte et soutenue en Europe, une trajectoire solide au Japon et une conjoncture bouillonnante en Chine et en Inde». Les banques centrales devraient continuer «d’encadrer» le marché, surtout au niveau de la BCE vis-à-vis de laquelle de nouvelles hausses de taux sont attendues. Les taux Européens restent néanmoins accommodants à la vue du rythme de croissance attendu. Le marché obligataire, après avoir enregistré une forte dégradation, serait susceptible d’atteindre un palier. En effet, les investisseurs institutionnels, (assureurs vie notamment) qui regorgent de cash et qui déplorent depuis longtemps la faiblesse des rendements, pourraient être intéressés par des niveaux plus attractifs, ce qui serait de nature à limiter la dégradation obligataire. Des petits bémols sont néanmoins présents, notamment au travers de l’évolution des indices boursiers qui, à mi-parcours annuel, ont quasiment atteint leurs objectifs. Tous les regards seront par conséquent portés sur les prochains résultats trimestriels qui pourraient, soit apporter une certaine stagnation des indices, soit une accélération en cas de résultats d’entreprises supérieurs aux attentes. Tout ceci pousse certains gérants de portefeuilles sous investis à profiter de la moindre faiblesse du marché pour acheter. Dans l’immédiat, les intervenants sont très attentifs au rythme de croissance américain et à celui de l’inflation. Tant que rien ne vient perturber ces deux paramètres, les fondamentaux restent solides. Les cours du pétrole sont par conséquent très regardés en ce moment de par une dégradation du climat géopolitique et l’entrée des Etats-Unis dans la «driving season», synonyme de forte consommation d’essence.

© photos : Woody

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini