Juil / 02

Fonds Souverain chinois.

By / Pascal Faccendini /

Rassurés par des données économiques portant sur l’inflation et par les commentaires de la Réserve Fédérale Américaine, les marchés ont entamé un rebond. Ce rebond peut-il se développer en véritable tendance haussière ?

A la suite d’une nouvelle crise portant sur les prêts hypothécaires américains, les marchés ont ramené sur le devant de la scène financière tous les risques pesant sur l’immobilier américain, l’inflation et la dégradation du marché obligataire. Il semblerait que cet épisode commence à passer au second plan, de par de nouveaux éléments beaucoup plus encourageants. Tout d’abord, les dernières statistiques attestent clairement que le risque inflationniste n’est toujours pas présent, et la FED, elle-même, aurait tendance à très légèrement diminuer son appréhension sur ce dernier point. En effet, l’indice de base mesurant l’évolution des prix américains revient dans une «zone de confort», et dans son commentaire publié mercredi soir, la FED précise que l’inflation donne des signes de «modération» en restant néanmoins son sujet de préoccupation principal. Cela suffit largement aux marchés pour comprendre qu’il n’y aura plus de hausse de taux de si tôt. Du côté des prêts hypothécaires américains, la crise semble gérée et en l’absence de nouvelles informations, les intervenants partent du principe que les choses sont en train de rentrer dans l’ordre. Mais en fait, l’essentiel n’est pas vraiment là.

Avez-vous entendu parler d’un certain Lou Jiwei ? Il serait en fait très étonnant que vous répondiez par l’affirmation à cette interrogation. Et bien, il va falloir vous habituer à en entendre parler car cet illustre inconnu se retrouve propulser au premier rang de la finance mondiale. Cet ancien programmeur informatique de 56 ans, devenu économiste, n’est autre que l’ancien Vice Ministre aux finances Chinois. Il est surtout depuis vendredi dernier, l’un des hommes les plus influents ou des plus courus (voire craint) de la planète financière, puisqu’il prend la direction du plus gros fonds d’investissements au monde. En effet, la Chine a lancé vendredi une émission obligataire de quelques 200 milliards de dollars, afin d’armer son agence d’investissements dans le but de lui permettre d’investir ses capitaux sur l’ensemble des places boursières internationales. Rappelons que la Chine dispose de 1200 milliards de dollars de réserves de changes constituées sur son excédent commercial et qu’elle avait émis depuis quelques temps le souhait de dynamiser le rendement de ses placements en allant directement en bourse. Il est d’ailleurs à noter que bon nombre d’intervenants font le rapprochement entre la volonté chinoise de répartir son trésor de guerre sur les actions, avec la récente tension obligataire. En effet, si les capitaux Chinois s’orientent en partie en bourse, c’est d’autant moins d’argent frais qui ira s’investir en obligations. Le jeu du marché a donc été de se désengager dans le cadre de ce constat. Tout ceci soulève en fait une question très douloureuse pour le gouvernement américain. Au bout du compte, qui pilote les taux d’intérêts américains ? Les Chinois ou les Américains ?

A cette nouvelle interrogation aussi il va falloir que nous nous habituions, car cette agence d’investissements Chinoise n’est pas du tout un acte isolé. Elle ne fait qu’instaurer l’arrivée des «Fonds souverains». Ces «Sovereign wealth fund» sont en train d’émerger de tous les continents et représentent la nouvelle forme de lobby, d’arme économique, de prise de contrôle des économies. Le prochain qui va débarquer sur les marchés à partir du 1er février 2008 s’appelle «Future Génération Fund». Malgré son nom, il ne devrait rien avoir de commun avec le développement durable. Il est lancé sur l’orbite financière par les Russes et va gérer en actions une partie de leur réserve de changes considérée comme la troisième plus importante au monde. Après le Kazakhstan, le Chili, la Norvège et le Koweït pour les principaux, c’est une nouvelle génération de fonds souverains qui vient frapper à la porte des grandes places boursières. Le Japon, doté de la seconde réserve de changes au monde, n’a rien déclaré dans l’immédiat, même s’il l’on peut l’imaginer, l’idée doit faire son chemin à Tokyo. Si la première génération avait pour objectif de gérer des fonds en bourse sous l’angle de fonds de pension, on peut s’attendre pour la deuxième génération à des batailles féroces dont l’objectif est la prise de contrôle de grands groupes cotés. Car, il faut bien se rendre compte de ce que nous sommes en train d’évoquer. Il s’agit d’une puissance de feu, estimée à l’horizon 2015, à quelques 12.000 milliards de dollars. Aucun groupe coté, quel qu’il soit, ne peut y résister. La Chine, qui avait dû battre en retraire lors de sa tentative de rachat de la compagnie pétrolière américaine Unocal, semble disposer aujourd’hui de nouvelles armes pour prendre d’assaut la forteresse Wall Street. Les grandes puissances semblent donc rangées en ordre de bataille derrière leur fonds souverain, en attendant le début des hostilités……Et il y a fort à parier qu’il n’y ait pas trop de temps à attendre. Seule interrogation, mais de taille : quelle sera la réponse, ou plutôt la contre offensive américaine ? A suivre…

© photos : Tim J

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini