Oct / 24

Investissements Triple «A», sous surveillance.

By / Pascal Faccendini /

Ballottées entre espoir et désespoir, les places boursières ont du mal à s’orienter. L’Europe peine toujours à trouver une issue consensuelle à ses divergences de vue sur sa vision d’avenir économique. Il semblerait néanmoins que les Européens affichent la volonté nécessaire pour surmonter leurs divergences. Si tel était le cas, les marchés financiers pourraient alors se pencher à nouveau sur les données financières et macroéconomiques, bien plus favorables…

« La bourse semble hésitante, notamment vis-à-vis des divergences de vue des Européens. Pensez-vous néanmoins qu’elle va poursuive sa hausse ? », demande le journaliste au gérant de fonds d’une grande banque française qu’il est en train d’interviewer. « Je vous le dirai au lendemain du 4 novembre prochain » (à l’issue du prochain sommet européen). Cette réponse démontre parfaitement l’indécision des gérants de portefeuilles qui attendent d’y voir plus clair avant de matérialiser dans leurs investissements, des données financières bien plus positives sur ce dossier européen qui ne cesse de traîner en longueur. Ils ont en effet parfaitement assimilé qu’une fois de plus les résultats des entreprises, et malgré tous les doutes que l’on pouvait avoir, battent le consensus. Mais l’essentiel n’est pas là.

En effet, une petite déclaration réalisée lundi soir dernier, peu avant minuit, va inévitablement avoir une influence notoire sur notre avenir économique, d’Européens, de Français et tout simplement, personnel. En effet, c’est au travers d’un communiqué succinct que l’agence de notation Moody’s a déclaré étudier la notation de la France et se donne trois mois pour statuer sur la note souveraine et éventuellement la dégrader !! L’agence justifie son action par un contexte économique qui se dégrade, par l’éventuelle nécessité pour l’état français de soutenir ses banques et par des perspectives d’endettement affichées par le gouvernement qui ne lui semblent pas cohérentes. À fin août, le déficit ressortait à environ 3MMeuros et n’était pas en phase avec l’objectif annuel. Il semblerait que la France soit face à l’obligation d’économiser 20MMeuros supplémentaires entre 2011 et 2012, afin de crédibiliser son objectif de réduction de son déficit. D’ailleurs, les perspectives de croissance qui avaient jusqu’à présent été affichées sur 1.75%, vont devoir être corrigées à la baisse. Mais Moody’s va plus loin et dit très clairement s’inquiéter des anticipations de croissance du gouvernement pour 2011 et 2012, car le point le plus important « à ses yeux » est que la France n’a plus les moyens de sauver ses banques !!! En effet, si la France devait recapitaliser elle-même ses banques les plus en difficultés, les conséquences sur son déficit pourraient entraîner la perte de son triple «A». Cette dernière provoquerait un renchérissement du coût du crédit pour l’ensemble des acteurs économiques dans le pays, et donc, dégraderait la solidité bancaire, ce qui placerait la France dans un cercle vicieux. Pour préserver son triple «A», le gouvernement serait obligé de réduire les dépenses pour compenser le sauvetage du système. Mais à la veille d’une élection, ce type de choix pourrait très bien s’apparenter à un « suicide politique ».

Cette agence de notation qui vient s’inviter aux négociations européennes et aux futurs débats dans le cadre de l’élection présidentielle démontre très clairement que nous ne sommes plus tout à fait maîtres de nos destins économiques et de nos investissements. Ils vont dépendre de plus en plus des exigences dictées par l’Europe et par l’indispensable sauvegarde de nos banques, pour lesquelles nous ne disposons d’ailleurs encore à ce jour d’aucune transparence bilancielle. Le maintien hors de l’eau du système bancaire français (et donc du triple AAA de la France) va imposer une rigueur toute nouvelle dans la gestion de leurs fonds propres, ce qui va impliquer en retour de limiter d’autant leur largesse dans le financement de l’économie, envers les PME et les ménages. C’est à ce prix que l’Europe pourra avancer. C’est à ce prix que l’on préservera le système monétaire…

Mais dans l’immédiat, les résultats d’entreprises sont bons, les perspectives de croissance sont toujours là, et les places boursières sont presque historiquement sous-évaluées. Par conséquent, nous maintenons un regard plutôt positif sur notre avenir boursier en estimant qu’une solution apportée à la crise européenne est désormais proche (même si plus laborieuse que souhaité par les marchés) et devrait représenter un formidable catalyseur… À suivre, bons investissements.

© photos : Sébastien Le Derout

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini