Juin / 16

La BCE fait monter l’euro

By / Pascal Faccendini /

La BCE fait monter l’euro, des commentaires « fusent » dans tous les sens sur l’évolution du pétrole et des devises, entraînant des disparités de fluctuations des différentes places boursières internationales. Cette guerre de commentaires devrait se poursuivre.

L’un des éléments le plus étonnant de la semaine écoulée est l’obstination « très affichée » avec laquelle J.C Trichet fait monter l’euro, et empêche par conséquent le dollar de progresser, en faisant croire que la BCE va monter ses taux… Comment ? Vous y avez cru ? Mais alors, vous avez peut-être cru aussi que la FED se préparait à monter les siens ? Tout comme vous avez dû croire aux propos du secrétaire au trésor américain, Henry Paulson, qui songe encore à un dollar fort ? Remarquez, il y a même des économistes qui l’ont cru puisque l’un d’entre eux a lancé un site Internet représentant une énorme pétition anti J.C Trichet. Il y a eu des lettres ouvertes dans la presse économique contre les propos du Président de la BCE, le mettant en garde contre ses agissements, lui expliquant presque comment il devait faire son « métier ».

Au-delà de ces démarches « Populistes » ou de pure récupération de l’information, une question fondamentale se pose ou doit se poser : J.C Trichet, le président en charge de la Banque Centrale Européenne, est-il le professionnel que l’on croit, et surtout, a-t-il perdu la raison ? Si la réponse est oui, pas la peine d’aller plus loin. Si la réponse est non, et personnellement j’aime à le croire, car il est appuyé dans ses déclarations par Christine Lagarde ou Angella Merkel et cela reviendrait à dire que toute la classe politique européenne aurait « perdu la raison ». Là, pour le coup, nous serions face à un sérieux problème. Non, il doit y avoir autre chose qui provoque ces déclarations quelque peu énigmatiques émanant des banques centrales. La réalité du marché des changes est qu’il y a très peu de chance que le dollar monte à court terme. Simplement, car la hausse des prix mesurée aux USA est de quasiment 4% pour un taux directeur de 2%. Le rendement réel sur le dollar est donc négatif de 2%. Pour commencer à vraiment faire monter le dollar, il faudrait que les taux montent de 2%, et surtout qu’il y ait une déclaration d’intention affichée par le G8, ce qui paraît fortement improbable dans l’immédiat. On ne voit pas non plus comment la FED pourrait monter ses taux en ce moment alors que l’immobilier est en pleine débâcle et qu’ils ont besoin d’un dollar bas pour faire repartir leur économie. La réponse est plutôt à chercher du côté du baril de pétrole et des potentialités de hausse de son prix qui ne semblent toujours pas épuisées. La compagnie BP dans son dernier rapport expose que les réserves (prouvées) peuvent couvrir durant encore 41 ans la demande actuelle. Ce rapport montre également que pour la première fois depuis 2002, la production de pétrole a reculé. En 2007, la demande de brut dans le monde a progressé de 1.1%, alors que la production a diminué de 0.2% !!! Ce rapport expose également que le problème de la production pétrolière n’est pas dans le sous-sol, mais bien au-dessus du sol, avec des « facteurs politiques » considérables. Nous voilà par conséquent parfaitement installés dans des prix durablement élevés, alimentés notamment par une géopolitique du pétrole très instable. Mais n’y a-t-il pas un arbitrage mondial actuellement entre la hausse du pétrole et la baisse du dollar ? Si l’on considère que le pétrole n’a pas atteint son point haut, cela revient à dire que le dollar n’a pas encore atteint son point bas !! Mais alors, tout ce remue-ménage au niveau des institutions américaines ne sert pas à faire monter le dollar mais plutôt à éviter qu’il ne s’effondre !

Mais alors, les propos de J.C Trichet servent à contenir la progression de l’inflation en zone euro. Si le pétrole n’a pas atteint son point haut et si le dollar remonte, l’Europe est doublement pénalisée, car elle paye sa facture pétrolière en dollars. Nous sommes bien face à deux banques centrales dos-à-dos, qui se livrent un vrai combat, à l’issue duquel il y aura un gagnant et un perdant. Les deux banques centrales semblent également désarmées ou plutôt prises au piège et ont dû faire un choix entre croissance et hausse des prix. Pour une fois, l’euro est mieux positionné que le dollar dans cette nouvelle partie du grand jeu de l’économie mondiale. Les taux d’intérêt vont peut-être monter, mais très symboliquement, car aucune région du monde ne peut se permettre ce luxe. En revanche, la hausse des matières premières est toujours récessive, car persiste à pomper du pouvoir d’achat à des consommateurs qui en manquent déjà, et à des entreprises confrontées à l’obligation d’étrangler leurs marges.

Rassurons-nous en tout cas sur un point : la santé mentale de J.C Trichet paraît encore tout à fait solide… À suivre.

© photos : Nil Castellvi

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini