Mai / 21

A 5 points du record historique…

By / Pascal Faccendini /

La hausse des places boursières se poursuit, sans que rien ne puisse venir altérer la confiance des investisseurs. D’ailleurs, pourquoi le serait-elle ? Les liquidités semblent inépuisables, le contexte économique se dynamise en Europe et s’améliore sur les États-Unis. Bon alors, il n’y a plus qu’à acheter ?……. D’accord, mais avant de transmettre vos ordres en bourse, permettez moi simplement de vous éclairer sur un tout petit point….

Le vieil adage boursier «Sell in May and go away» ne semble pas vouloir se vérifier cette année. Au contraire, une sorte de communion ou de bénédiction semble s’instaurer au sein de la communauté financière sur des niveaux objectifs que les indices boursiers se doivent d’atteindre. Bon ok, la nouvelle mode «printemps/été 2007» se positionne sur un niveau de prix à 6200 points sur le CAC 40, voire beaucoup plus haut en fonction de l’évolution des taux d’intérêt et donc du coût du crédit, et de l’appétit des fonds de L.B.O. La valorisation du marché reste attractive et peut permettre d’atteindre des prix plus hauts. Cette même communauté financière précise néanmoins que le marché n’est pas à l’abri d’enregistrer une certaine volatilité. Pourquoi ? Car elle perd son contrôle sur l’évolution des grands indices. Les fonds de L.B.O sortent de la cote de plus en plus de valeurs, et un phénomène de goulet d’étranglement est en train de se matérialiser, surtout face à la masse de capitaux en jeu, mais surtout, un nouvel acteur de poids a fait son entrée dans la cour des grands, et lui, personne n’arrive à le contrôler. Je fais référence à l’investisseur Chinois.

Désormais, la planète boursière doit compter avec ces millions d’individus qui négocient chaque jour des volumes record d’actions Chinoises. Le 9 mai dernier, la valeur des titres échangés sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen a éclipsé pour la première fois tout le continent asiatique, y compris le Japon et Hong Kong. Ce volume de 49 milliards de dollars sur un seul jour a même dépassé celui de la Bourse de Londres, pour atteindre la moitié des échanges de Wall Street. Presque inexistant en 1997, le marché local des actions Chinoises est aujourd’hui capable d’entraîner le monde dans son sillage. Lorsqu’il a corrigé de 9% le 27 février, les bourses mondiales ont perdu 3300 milliards de dollars les cinq jours suivants. Ces volumes record s’effectuent sur fond d’envolée fulgurante des actions Chinoises. L’indice CSI 300 des actions a gagné 81% cette année après avoir doublé en 2006. Les mises en garde officielles du risque de bulle boursière par Zhou Xiaochuan, Gouverneur de la Banque de Chine, sont restées lettre morte. L’intérêt des petits investisseurs pour les actions locales s’explique par les faibles rendements de l’épargne. Dans ce pays où les obligations et les comptes bancaires rapportent moins de 3% d’intérêt, tandis que l’inflation dépasse 3%, les rendements réels négatifs poussent la population dans les bras de la bourse. L’épargne des ménages Chinois, estimée à 2200 milliards de dollars, se redirige vers les actions, d’autant plus massivement que les particuliers n’ont pas le droit d’investir directement sur les marchés étrangers. Quelques 8,7 millions de nouveaux comptes destinés aux placements boursiers ont été ouverts au 1er trimestre 2007, indique le rapport trimestriel de la Banque de Chine. Les avoirs gérés par les fonds de placement Chinois ont augmenté de 33% à 146 milliards de dollars au 1er trimestre. Petits commerçants, ménagères, chauffeurs de taxi ont parfois puisé toute leur épargne, voire mis en gage leur appartement pour obtenir des prêts afin d’investir en Bourse. Les Chinois recyclent les liquidités de leur excédent commercial dans le système bancaire domestique, qui prête à tour de bras aux investisseurs, qui achètent sans savoir ce qu’ils achètent. C’est un cas classique de bulle boursière due à un taux de change sous-évalué.

Désormais, la Chine devient l’épicentre du risque de la région. La Chine joue à présent le rôle principal d’économie surchauffée, estiment certains économistes. Le système bancaire Chinois n’est pas sain, l’immobilier est en surchauffe surtout dans les villes. Mais l’impact réel ne devrait pas se faire sentir avant le deuxième semestre 2008. «Les Chinois feront tout pour empêcher une débâcle de leur économie avant les Jeux Olympiques d’août 2008», prévoient les économistes. Reste que les autorités ne pourront contrôler l’évolution débridée de la bourse. Le marché vaut 42 fois les bénéfices 2006, contre un multiple de 19 pour le MSCI Asie-Pacifique. «Les actions Chinoises risquent de corriger car les valorisations ont dépassé les perspectives bénéficiaires», a averti jeudi Goldman Sachs. Les actions Chinoises se traitent entre 30 et 34 fois les bénéfices 2007. Chez UBS, on prévoit que la bulle hissera l’indice composite de Shanghai (qui a clôturé à 4021 vendredi) jusqu’à 4600 points avant d’éclater. Jusqu’où retomberait-il alors? UBS calcule que l’indice de Shanghai vaut entre… 2200 et 2900 à long terme. Il pourrait donc corriger entre 28 et 45%!!!! Reste à évaluer l’impact d’un éclatement de la bulle Chinoise. Contrairement à 1997, le marché des actions Chinois ne dépend pas des investisseurs étrangers. La crise ne sera donc pas aussi violente que celle de 97-98, car il s’agit, cette fois, d’un phénomène purement domestique. La propagation d’une crise Chinoise au reste de l’Asie n’inquiète pas les analystes, en raison de la santé financière améliorée des pays voisins, qui d’importateurs de capitaux à l’époque sont aujourd’hui exportateurs de capitaux, avec des balances courantes largement excédentaires. Ce qui est sûr, c’est que la Chine sera une importante source de volatilité pour les marchés à l’avenir. Le marché Chinois promet de contribuer à la bulle mondiale de liquidités et à une valorisation inadéquate du risque des actifs financiers. Ce trésor Chinois se retrouve injecté de façon directe ou indirecte sur les autres places boursières, et pousse les indices mondiaux à la hausse. C’est ainsi que le S&P 500 a fini la séance de vendredi à 5 points seulement de son record en clôture atteint en mars 2000. Et après ? Et bien nous verrons bien, semblent penser les traders, car ils sont face à un lourd dilemme. S’ils ne peuvent ignorer cette réalité, ils ne peuvent s’écarter du marché. Par conséquent, nous aussi, nous verrons bien… À suivre.

© photos : Adli Wahid

Categories : Marché financier, PNC
Pascal Faccendini