Mai / 26

Le baril de pétrole à plus de 100 dollars ?

By / Pascal Faccendini /

Une banque de Wall Street suggère dans une étude que le baril de pétrole pourrait monter à plus de 100 dollars.

«Complètement fou» ! Cette expression plutôt courante a néanmoins fait le tour de la planète financière et économique. Elle a été prononcée par Mr Abdallah El-Badri, qui n’est autre que le Secrétaire Général de l’OPEP. C’est en ces termes qu’il s’est exprimé afin de qualifier la hausse « complètement folle » du baril de pétrole. À raison d’un dollar par jour depuis six jours, c’est clair, c’est totalement fou. La question que l’on se pose tous maintenant (surtout face aux réservoirs de nos voitures) est de savoir où va ce pétrole ? Malheureusement, personne n’a d’idées précises sur la question, car en fait, il n’y a pas vraiment de réponse. L’une des principales étincelles ayant provoqué cette hausse est venue dernièrement de la banque JP Morgan qui s’est exprimée au travers d’une étude, et indique que les cours du baril de pétrole pourraient atteindre 200 dollars.

Une autre étude, « toujours financière », a révélé que les cours du pétrole pouvaient encore monter puisque aucune diminution de consommation n’était observée. Pour que la hausse se poursuive nous dit l’étude, il ne faut pas qu’un choc soit créé. Il ne faut pas que les cours montent trop vite. Le consommateur s’habitue au niveau élevé du pétrole, et il continue de consommer. Bref, à en croire ces propos, le point haut n’est peut-être pas encore atteint. Une autre expression, ou plutôt une autre analyse, a également fait le tour de la planète la semaine dernière. Il s’agit du tout dernier bilan économique communiqué par la Réserve Fédérale Américaine mardi dernier, au travers de ce que l’on nomme les « minutes de la FED ». Le regard que porte la banque centrale américaine sur son économie est sans appel…, c’est une douche froide. Elle réduit ses perspectives de croissance pour 2008, prévoit une poursuite de la hausse des prix, un recul de la consommation et une progression significative du chômage US. Comme si cela ne suffisait pas, les marchés ont validé une nouvelle fois que la FED ne pouvait envisager de nouvelles baisses des taux, de par la hausse des matières premières et son éventuelle répercussion sur les prix ? Pourquoi éventuelle ? Si les matières premières montent, les prix des produits en magasins vont monter eux aussi, entraînant une inflation ?

Les éléments ne s’enchaînent pas en réalité aussi mécaniquement que cela. Il faut considérer que toutes les hausses de matières premières représentent un grand défit pour les entreprises qui les utilisent, car si elles achètent plus chères des matières premières servant à fabriquer des produits, elles n’ont pas systématiquement la possibilité de répercuter sur leur prix de vente la hausse de ces dernières. Les économistes appellent cela le « Pricing Power » des entreprises. Entre nous, croyez-vous que le consommateur américain va accepter d’acheter des produits plus chers, alors qu’il est confronté à la baisse de son immobilier et à la peur du lendemain ? Nous sommes par conséquent face à des entreprises qui ont de plus en plus de difficultés à répercuter sur leurs prix de vente la hausse des matières premières qu’elles payent néanmoins ! C’est donc sur leur marge qu’elles vont jouer afin de pouvoir continuer à écouler leur stock de production. C’est ainsi que de par l’accélération qu’enregistre le baril de pétrole, les compagnies aériennes « boivent un bouillon » en bourse, car il semble très difficile de faire monter les prix des billets. Nous sommes bel et bien pris dans un drôle de contexte économique qui ne s’arrange pas du tout, bien au contraire. Nous sommes pris en ciseau entre une crise de la consommation et une crise des matières premières qui renforce la première.

Ce sont les entreprises financières qui ont souffert dans un premier temps de la crise immobilière américaine. C’est maintenant au tour des entreprises non financières de rentrer dans le schéma. La COFACE s’est d’ailleurs fait l’écho cette semaine d’une hausse significative du défaut de paiement des entreprises. Si ces déclarations sont à prendre avec des pincettes, néanmoins elles sont là, et ne présagent rien de bon. Inutile de préciser que l’ensemble de ces éléments négatifs ne sont pas propres aux États-Unis, mais touchent l’ensemble de la planète, y compris les pays émergents. On comprendra aisément qu’il est difficile d’avoir une opinion favorable sur les marchés boursiers, car si les entreprises sont obligées de faire baisser leurs marges, les cours de bourse vont inévitablement s’en ressentir. Par conséquent, revenons à notre question initiale : jusqu’où peut monter le baril de pétrole ? Si l’on peut considérer que la hausse du baril s’autodétruit au fur et à mesure qu’elle se produit, on doit surtout considérer qu’entre les marchés boursiers et le pétrole, l’un des deux va céder en premier…, mais lequel ? Marchés ou baril de pétrole ? À suivre…

© photos : Zbynek Burival

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini