Sep / 22

L’Économie mondiale ralentie.

By / Pascal Faccendini /

La crise financière se développe et assombrie un peu plus les indices boursiers et le moral des intervenants. Malgré la forte chute enregistrée par les places boursières, rien ne valide encore la fin du ralentissement de l’économie mondiale.

Les derniers éléments économiques n’ont rien de franchement très engageant. L’INSEE nous révèle que la croissance française devrait ralentir cette année et les professionnels de l’immobilier commencent à accuser le coup. C’est ainsi que le titre Kaufman & Broad s’effondre de 17% sur la séance de jeudi après avoir présenté un résultat net en chute de 71% !!! Le Président du groupe évoque la frilosité des banques à financer des acquisitions immobilières, dont certains dossiers de crédit se seraient pourtant révélés très cohérents il y a encore un an. Ce ne sont malheureusement pas les dernières informations émanant des rehausseurs de crédits américains, Ambac et MBIA, qui vont aider les banques à ouvrir les vannes du crédit. En effet, ces deux entreprises de référence viennent de perdre leur « AAA » chez Moody’s, ouvrant par conséquent la porte à de nouvelles et inévitables provisions bancaires. Mardi dernier, la banque Goldman Sachs avait révélé dans une étude que la longue addition des provisions bancaires n’était pas encore achevée et qu’il manquait 65 milliards de dollars. Pour Goldmann Sachs, le pic des provisions n’interviendra qu’en 2009 !

De là à imaginer que de toute façon « le compte n’y est pas », il n’y a qu’un « pas ». Car toutes ces estimations sont articulées autour d’un scénario central qui détermine le niveau de tout le reste derrière. Mais si le scénario central vient à être révisé, voire totalement chamboulé, toutes les prévisions qui en découlent ne valent plus rien. Et bien…, c’est précisément ce qui vient de se passer cette semaine. En fait, une petite idée trottait depuis quelque temps, ici et là, sur l’évolution de « l’inflation » et sa prise en compte dans le développement de cette crise, (que l’on peut d’ailleurs commencer à qualifier « d’économique » et non plus uniquement de financière) et qui aboutit à un ralentissement mondial de nos économies. Jusqu’à présent, une idée faisait consensus. Tous les secteurs liés aux infrastructures, c’est-à-dire tous ceux positionnés sur le besoin en équipements des pays émergents, allaient beaucoup mieux se comporter que les autres. En effet, les pays émergents ont des besoins massifs en équipements. Ils ont largement de quoi financer leurs nouveaux investissements et les visites locales des différents groupes mondiaux concernés par ces besoins se sont généralement concrétisées par de nombreux contrats fructueux…Toute cette mécanique bien huilée aurait pu se développer sans difficulté…, sauf qu’ici aussi le pétrole est venu jouer les trouble-fêtes. Avez-vous entendu parler des subventions que les gouvernements (notamment chinois) apportent à leurs économies afin de freiner la hausse des prix de l’essence « à la pompe » ? Et bien, ces fameuses subventions font désormais partie du passé, ce qui provoque un changement de décor en profondeur. Le prix de l’essence en Chine a littéralement explosé la semaine dernière, de plus de 18% ! Cette hausse vertigineuse est le révélateur de ce qui se prépare dans les pays émergents. Les analystes ont en effet ouvert les yeux sur un nouveau paramètre concernant l’avancée de cette crise et ont réalisé que si la hausse du pétrole pouvait effectivement développer une vraie inflation, ce ne serait pas au sein des pays « consommateurs » du G7, mais bien au sein des contrées émergentes et émergées. En effet, le risque induit par la hausse des matières premières est de rentrer dans une vraie spirale inflationniste, hausse des prix / hausse des salaires. Ce risque est peu probable dans nos économies. La vigilance affichée de la BCE n’y est pas étrangère, les leçons que nous avons retirées de nos mauvaises expériences des années 70 non plus.

Mais en Chine, par exemple, c’est tout l’inverse. Le pays est en plein boom économique et l’on pourrait résumer leur situation en indiquant qu’ils sont aujourd’hui un peu comme nous étions dans les années 70. Ils sont dans l’obligation d’encadrer l’évolution des prix de façon plus drastique qu’en Europe ou qu’aux USA, car ils ont déjà sur une inflation de 7.7%, sans compter le risque d’une spirale prix / salaire quasi inévitable. L’inflation alimentaire représente 20% en Chine et les ouvriers chinois travaillant dans les usines de Shenzhen consacrent 38% de leur revenu à l’alimentaire. De toute façon, si leur salaire ne monte pas, ils repartent dans les campagnes. La Chine paraît être prise dans une tenaille entre de faibles exportations, de par les problèmes économiques de ses clients et une spirale inflationniste très difficile à stabiliser. Si la Chine se retrouve face à des difficultés économiques grandissantes, cela revient à dire qu’elle ne pourra pas être la bouée de sauvetage de l’économie mondiale.

Le premier stade de cette prise de conscience se situe sur les valeurs européennes dites « émergentes », c’est-à-dire toutes ces entreprises cotées qui ont une part d’activité importante avec les pays émergents. Les analystes estiment que ce secteur devrait enregistrer une révision négative sévère des bénéfices. Le second stade se situe sur le développement de la crise en elle-même. Sans trop savoir où elle nous amène, nous découvrons au fur et à mesure de son avancée une douloureuse réalité : nous ne l’avons toujours pas cerné dans sa globalité, elle va nous révèle encore de grandes surprises. Cela fait maintenant un an que l’économie mondiale est bousculée, et nous ne sommes visiblement pas encore au bout de nos problèmes de croissances… À suivre

© photos : Valentin Muller

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini