Fév / 18

Merci Oncle Warren.

By / Pascal Faccendini /

Le score hebdomadaire affiche un gain, et les intervenants peuvent dire un grand merci à ce bon vieux Warren. Mais attention, Warren Buffet ne fera pas un effet d’annonce toutes les semaines…

La scène se déroule mardi matin, il est 8h30 aux États-Unis quand un journaliste de CNBC contacte par téléphone Warren Buffet à son domicile. Le PDG milliardaire du Berkshire Hathaway répond en direct à une interview très bon enfant. On peut l’imaginer en robe de chambre devant son café, quand il déclare avoir proposé un plan de relance pour sauver, « recapitaliser » les trois principaux rehausseurs américains en difficulté, qui inquiètent tant les marchés en ce moment. Il propose de garantir l’équivalent de 800 milliards de dollars de bons municipaux…etc.

Et ça y est, l’information a déjà fait le tour de la planète, « Oncle Warren » se propose de sauver la finance, de lui éviter une crise systémique. Merci Warren……Mais attention, l’oncle Warren est surtout un ancien réassureur (c’est d’ailleurs en partie pour ça que ses propos sont crédibles aux yeux des marchés), un chasseur capitaliste, que certains surnomment la hyène car il se penche sur des dossiers dont personne ne veut, au moment où tout le monde est prêt à vendre à n’importe quel prix tellement l’affaire paraît noire. C’est donc tout naturellement, après avoir affûté ses crocs de carnassier, que Warren Buffet sort du bois pour se jeter sur sa proie. Mais là, visiblement son coup est mal préparé, hormis l’effet d’annonce qui lui est réussi à 100%. La leçon de cette histoire est que Warren Buffet n’a en réalité pas le moindre intérêt pour les rehausseurs de crédits. Il a simplement un intérêt pour les obligations garanties par des municipalités ou des régions américaines, donc en quelque sorte, par l’état américain. W.Buffet ne se positionne que sur des coups dont il est sûr et certain de toucher des dividendes. Il est tout ce que l’on veut, sauf un spéculateur. Les marchés ont vu dans cet effet d’annonce un signe d’espoir tangible de redorer les blasons comptables des banques. Malheureusement, l’agence de notation Moody’s a fait revenir les intervenants aux réalités financières du moment en déclarant le 14 février avoir dégradé de six crans, de « AAA » à « A3 » sa note sur FGIC. Ce rehausseur est donc le premier des trois principaux à se trouver en difficulté. Pour MBIA, en revanche, une augmentation de capital semble apporter les premiers fruits et repousse pour un temps les ennuis. À ce stade, une énorme épée de Damoclès représentant 2500 milliards de dollars est toujours suspendue au-dessus des marchés et menace toujours de provoquer un Tsunami financier.

Dans la série des statistiques macroéconomiques remarquées cette semaine, la palme revient à l’indice d’activité de la FED de New York, qui s’effondre littéralement, surprenant du même coup les économistes qui n’avaient absolument pas envisagé une telle dégringolade. Mais le plus étonnant concernant la période économique dans laquelle nous nous trouvons, c’est de constater à quel point une dichotomie est présente entre les propos tenus par les chefs d’entreprises et ceux émanant des économistes. Les chefs d’entreprises, de leur côté, sont face à leurs marchés. Ils entendent les propos alarmistes remonter des financiers, des banques et des économistes et se retrouvent, dans bon nombre de cas, face à une activité stabilisée voire en expansion offrant du « new business ». Pas l’ombre d’un ralentissement à l’horizon. Ils ont beau s’interroger entre eux pour voir comment les choses se passent à droite, à gauche et là, c’est pareil, aucun ralentissement.

Les économistes, de leur côté, ont un discours très clair, précis, chirurgical. Un crédit crunch menace et va ralentir plus ou moins fortement l’activité, d’abord américaine (c’est déjà fait) puis européenne (c’est en train de se faire) et au final, mondiale (c’est en devenir). OK, mais les entreprises présentent pourtant en ce moment des résultats tout à fait positifs, accompagnés de prévisions qui le sont tout autant ! Que nenni répondent les économistes, vous n’intégrez pas tous les paramètres de vos résultats ni de vos prévisions. Qui a tort, qui a raison ?

Et bien,…. en reprenant par exemple les dernières statistiques communiquées sur la croissance française, indiquant un taux de croissance du PIB de 1.9%, il y a bien un petit quelque chose qui trouble nos économistes, et qui indiquerait que les chefs d’entreprises pondèrent un peu leur réalité. En effet, le premier constat est que les exportations ont fléchi nettement au quatrième trimestre, mais cela n’étonnera personne. Ce qui étonne déjà un peu plus est d’observer que les importations chutent encore plus fort que les exportations !!! On retrouve ici le syndrome du pouvoir d’achat ou plutôt du « vouloir d’achat » qui est, d’après les sociologues, la nouvelle illustration du « blues » des consommateurs totalement déstabilisés. Tout naturellement, la demande intérieure est en chute libre, mais le plus surprenant est de constater que les stocks des entreprises sont eux aussi à la baisse ! Cela instaure un peu plus un climat de dégradation global, mais reflète surtout la volonté des chefs d’entreprises de ne pas accumuler des stocks, de par le manque de visibilité qu’ils ont sur la demande à venir !!! Il semblerait, par conséquent, que l’inquiétude des chefs d’entreprises est plus importante qu’ils ne la communiquent. Ces statistiques sont donc bien en phase avec le discours des économistes…, ce qui ne rassurera personne.

Les marchés financiers sont toujours dans une phase de « de-stress » ou d’attentisme. La très large majorité des intervenants parient toujours sur un nouveau point bas à venir, avant de rebondir plus nettement… À suivre.

© photos : Nicolas Fioravanti

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini