Mar / 09

Météo économique François Hollande.

By / Pascal Faccendini /

Inexorablement, envers et contre tout, les marchés poursuivent leur progression. Un sentiment plus positif est d’ailleurs en train de se répandre sur les places boursières et alimente une sensation d’amélioration, de reprise ou d’embellie…. ? Mais au juste, dans quoi sommes-nous réellement ?

Depuis des mois et des mois, les politiques, les banques centrales….etc., ont fait preuve d’une obstination à toute épreuve pour défendre une idée ou plutôt pour nous vendre une idée très simple…, toute « bête », que l’on peut résumer ainsi : « Rassurez-vous, nous faisons le job, nous allons apporter une reprise économique, cette reprise est pour demain…. ». Or, depuis peu, il semblerait bien que ce fameux demain soit aujourd’hui et que nous avons enfin basculé dans l’après « fameux demain ». Après tout, différents éléments sont là pour en témoigner ou l’attester. Nous avions, il n’y a pas si longtemps, au moins deux grosses craintes qui pouvaient freiner l’évolution des marchés. Je veux évoquer le dossier Russe/Ukrainien et l’incontournable dossier grec. En ce qui concerne ce dernier, souvenez-vous, lors des rencontres entre les deux ministres des finances, les seuls commentaires qu’ils étaient en mesure de faire étaient « qu’ils n’étaient  même pas d’accord sur leurs points de désaccord…! » Et puis, tout à coup, une magie s’est opérée et tout a semblé redevenir possible. Tant et si bien que plus personne n’évoque quoi que ce soit sur la Grèce ou le dossier Ukrainien… Nous n’entendons parler que d’améliorations conjoncturelles, reprise économique, signes de croissance….etc. Bref, tout est redevenu possible, la magie a opéré…

En général, c’est à cet instant précis que les belles fables s’arrêtent, qu’un mauvais génie apparaît et nous ramène dans les dures réalités de notre monde. En l’occurrence, c’est peut-être ainsi que nous pouvons appréhender la dernière intervention de la commission européenne, réclamant 30 milliards d’euros supplémentaires d’économies à la France et devant s’ajouter à l’ardoise déjà lourdement pourvue de 50 milliards d’euros. Ces 80 milliards, pas franchement budgétés par le gouvernement français, font bien évidement « désordre » au milieu de ce contexte de reprise, car pourraient être susceptibles de tout anéantir. À partir de là, la question que nous sommes en droit de nous poser est de savoir si la commission a une vraie légitimité à présenter une addition supplémentaire, ou s’il ne serait pas préférable de laisser filer un peu afin de consolider cette fameuse reprise ? Mais cette première question en amène une deuxième : sommes-nous vraiment dans une vraie reprise ? La réponse à tout ceci est bien plus simple qu’il n’y parait. Depuis son arrivée au pouvoir, François Hollande croit et attend une météo économique favorable qui tarde à venir et impose de nombreuses gesticulations politiques et économiques. Or, depuis peu, ses conseillers économiques et les marchés ont réalisé que nous sommes bel et bien dans un contexte d’alignement de planètes (peut-être idéal) très favorable. Le soleil s’est mis à briller sur la météo économique de François Hollande ! Les taux d’intérêt sont à un niveau quasi historique proche de zéro, l’euro chute fortement et le baril de pétrole s’est littéralement effondré. C’est bien simple, ce bonus pétrolier représente pour l’économie française l’évolution du PIB sur les trois dernières années. En un an, la France économise l’équivalent de l’évolution de son PIB sur les trois dernières années, c’est considérable… Si l’on rajoute à cela la chute de l’euro et le niveau des taux à zéro, l’économie française est en plein mois d’août dans la météo économique de François Hollande. Par conséquent, que reste-t-il à faire dans ce contexte ?

Et bien rien, absolument rien… Il faut laisser opérer naturellement ce contexte, en évitant en revanche que le moindre nuage vienne ternir le ciel idéal de cette météo économique. C’est ainsi que les aspérités ont disparu, que la communication a été modifiée, et les discours muselés ou réorientés… Hélas, les chiffres eux sont toujours là, et témoignent malheureusement d’une météo beaucoup moins ensoleillée, vis-à-vis de laquelle de très gros nuages noirs sont en formation et préparent de réelles dépressions. En 2015, les comptes publics devraient faire ressortir un déficit de 1,9% du PIB (malgré la météo…), soit la troisième plus mauvaise performance des 28 pays de l’Union juste derrière la Bulgarie… Les dépenses publiques devraient avoisiner 54% du PIB soit la deuxième place la plus élevée derrière la Finlande. Mais il y a pire, le chômage ne régresse pas (les derniers chiffres présentent une nouvelle augmentation). Les emplois perdus dans l’industrie se retrouvent dans les services…, mais pas dans l’innovation, plutôt sur des emplois peu qualifiés….etc. Les exemples de ce type ne manquent pas et pourraient traduire que la température remonte réellement dans la météo de l’économie, mais si nous étions sur un niveau négatif de – 20 et que nous avons repris 5 points, nous restons néanmoins sur un niveau de – 15…. !! Pour que l’économie française crée à nouveau réellement des emplois, il faudrait que le PIB atteigne et dépasse le niveau de 1,5% de croissance. Or en 2015, le PIB est attendu autour de 1,2%… !! Par conséquent, si nous reprenons la question posée, il apparait que la commission européenne a une réelle légitimité à tirer la sonnette d’alarme vis-à-vis d’un pays systémique, qui n’arrive pas à se réformer et repousse à plus tard, encore plus tard et toujours plus tard, les reformes pourtant plus que nécessaires…

Nos aspérités économiques sont toujours présentes, voire elles se renforcent, mais sont passées temporairement au second plan, afin de ne pas perturber le ciel bleu de cette météo. Il nous semble que les marchés devraient trouver un prétexte à souffler un peu, au lendemain de leur emballement. Ce sera un bon moment pour recharger des positions avant d’attaquer une nouvelle progression… Jusqu’à quand peut se prolonger ce contexte ? Nul ne le sait, même pas Mario Draghi malgré ses derniers commentaires sur la reprise de l’inflation…, mais nous y reviendrons… À suivre…

© photos : Hassan Maayiz

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini