Sep / 28

Mutation de l’économie Chinoise.

By / Pascal Faccendini /

Alors que les marchés se rassurent peu à peu sur les perspectives de l’économie chinoise, voilà que de nouveaux nuages apparaissent du côté de la Réserve fédérale américaine. Les intervenants se demandaient jusqu’à présent « Que va faire la FED ? », mais se demandent maintenant « Mais que peut faire la FED ? », traduisant ainsi l’impuissance des autorités monétaires à rétablir une situation économique…

Au lendemain de la prise de conscience d’un risque de ralentissement chinois, les marchés apprennent peu à peu à faire la part des choses. Même si personne n’est encore vraiment sûr de rien, un sentiment plus rassurant se diffuse néanmoins dans les salles de marchés. Il s’appuie sur l’évolution des indices P.M.I (Purchasing Managers Index) ou plus précisément, sur les indices des directeurs d’achats. Ces indices sont réalisés sur la base d’une enquête auprès des directeurs d’achats concernant leurs intentions de commandes sur les mois à venir. L’évolution de ces indices PMI est très suivie, car historiquement très prédictive. Dans le cas chinois, leurs évolutions démontrent un basculement économique de l’industrie vers les services.

La Chine ne serait donc pas réellement dans un ralentissement important de son économie, mais plutôt dans une « mutation » au sein de laquelle le poids de la lourde industrie diminuerait au profit des services. Nous assistons en parallèle de ce constat à une consommation des ménages en phase de stabilisation (et appelée à accélérer) et à un secteur immobilier en redémarrage notamment sur les ventes de logements neufs. À la vue de ces éléments, les marchés commencent à se rassurer et attendent la validation de ces premières impressions positives… En fait, leurs inquiétudes sont très nettement en train de se déplacer en direction de la FED, qui se trouve être confrontée de plus en plus à un casse-tête chinois. Bon nombre d’intervenants estiment que dorénavant et quoi qu’elle fasse, elle engendrera une déception ! Elle a laissé passer un timing approprié pour monter ses taux et ne devrait créer désormais que des déceptions. Les marchés vont même plus loin et se demandent s’il ne faudrait pas réformer les banques centrales, repenser leur mode de fonctionnement et si même il ne faudrait pas reconsidérer leur utilité… !!!

Tout ça semble de prime abord plutôt extrême, mais comme toujours, il n’y a pas de fumée sans feu. Dans le cas de la FED, tout le monde se rend compte que la politique des Quantitative Easing menée depuis plusieurs années ne fonctionne pas. Tout le monde prend également conscience que ces institutions sont en train de nous « mener en bateau » notamment sur les statistiques qu’elles communiquent et qui servent à étayer leur politique monétaire. Dans le cas de la FED par exemple, les chiffres concernant l’emploi présentent des créations d’emplois très positives agrémentées d’un taux de chômage de l’ordre de 5% (proche du plein emploi). Or, si l’on réintègre la population âgée de 16 à 64 ans sortie de la vie active depuis 2009, ce taux de chômage passe de 5,1% à 8,5% de la population et peut même se rapprocher des 10% avec un traitement des données plus affiné ! Ces statistiques de l’emploi coïncident d’ailleurs beaucoup mieux avec l’évolution du salaire horaire, notamment sur les emplois peu qualifiés, et permettent de mieux comprendre la faiblesse de l’inflation persistante aux USA. La réalité est que la FED est piégée, elle s’est piégée toute seule à son propre jeu et ne sait plus comment sortir de cette « illusion » sans provoquer un incident majeur. Il faut rappeler que suite à la crise des Subprimes et afin de lutter contre un choc déflationniste majeur, les banques centrales sont rentrées dans leurs programmes de Q.E afin de dynamiser le retour de l’inflation. Les nouvelles technologies allaient quant à elles créer une croissance liée à leur innovation.

Or, non seulement l’inflation est absente, mais cette nouvelle technologie s’est révélée destructrice de croissance et d’emplois. Le cycle de croissance US démarré depuis maintenant plusieurs années s’est de son côté essoufflé et fait craindre le retour d’une récession ! Quelle réponse apporter ? Pourquoi les banques centrales s’obstinent-elles à poursuivre leurs politiques de Q.E ? C’est sûrement parce qu’au bout du compte, la croissance escomptée sera bien là ? Le problème est que les intervenants y croient de moins en moins…et que la FED « n’a plus la main » sur les marchés… Visiblement personne ne sait vraiment quoi faire, d’où les interrogations sur l’efficience des banques centrales. Si nous pensons qu’une correction importante est devant nous, nous restons convaincus que nous allons au préalable assister à un rebond des places boursières. Il serait d’ailleurs fortement probable que les banques centrales, au travers de leur interventionnisme, n’y soient pas étrangères. La très récente « mise au point » faite par Janet Yellen (présidente de la FED) jeudi soir, provoquant un rebond important des marchés, milite en ce sens. La présidente de la FED a confirmé (ce que souhaitent entendre les marchés) qu’une remontée des taux US sera bien réalisée d’ici la fin de l’année. La FED continue de s’enfermer dans son discours…., mais de quelles autres solutions dispose-t-elle ? En revanche, nous sommes bien là confrontés à un vrai potentiel de déstabilisation… À suivre, bons investissements…

© photos : Timon Studler

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini