Sep / 10

Opacité bancaire.

By / Pascal Faccendini /

Le rebond des indices boursiers semble désormais derrière nous. Suite à la parution des statistiques sur l’emploi américain, les marchés ont commencé à envisager une récession US. Si ce scénario reste encore pour le moment fortement improbable, une plus grosse menace pèse dans l’immédiat sur le système financier international. Mais que l’on se rassure, les banques centrales veillent au grain.

Bon, l’affaire est entendue. Ce que les marchés redoutaient est en train de se préciser. La crise des «Subprimes» dérive sur l’économie réelle. Le monde a basculé vendredi après-midi dans cette réalité, à la suite de la parution des statistiques sur l’emploi américain. Le consensus attendait 100 000 emplois créés sur le mois d’août, avec un taux de chômage de 4.6%. Le verdict est tombé à 14h30, avec une destruction de 4000 emplois en août, accompagnée d’une révision en baisse sévère du nombre d’emplois créés sur juillet et juin. Pour un analyste de marché, ces statistiques sont catastrophiques et indiquent à coup sûr un ralentissement de l’économie américaine. Ces analystes voient dans ces chiffres, non pas un incident de parcours, mais plutôt le début d’une détérioration, puisqu’ils vont les mettre en parallèle avec les données qu’ils possèdent sur l’immobilier américain, qui enregistre également une forte contraction. De là à envisager une récession, il n’y a qu’un pas, et ce pas a déjà été franchi vendredi par certains économistes.

Bon, tâchons tout d’abord de relever un peu la tête et de voir tout ça d’un peu plus haut. Le risque planant derrière ces statistiques est de voir la consommation des ménages américains fondre comme neige au soleil, puisqu’il est communément admis qu’elle représente 70% de la création du PIB US, qui lui même influence le PIB mondial à hauteur de 30%. Or, la très récente mesure du PIB US révèle le constat suivant : La consommation des ménages américains est en train de diminuer, en proportion dans la création du PIB, au profit des exportations. Les exportations américaines progressent de 11% contre des importations de 3.8%. Cela revient à dire que c’est la demande extérieure qui prend le relais sur la demande intérieure. Un autre constat est encore plus édifiant : les consommateurs des régions B.R.I.C (Brésil, Russie, Inde et Chine) contribuent plus à la croissance mondiale que les américains (30% de plus). La crise du «Subprime» a clairement démontré que l’économie mondiale n’était pas découplée de l’économie américaine, mais cette tendance semble s’inverser. La consommation Chinoise représente 40% du PIB de l’empire du milieu, soit 7 points de croissance locale. Tout ceci démontre simplement qu’une baisse de la consommation US peut être compensée par la demande externe. Par conséquent, parler aujourd’hui de ralentissement Américain, c’est un fait, mais aborder le terme de récession revient à mettre la charrue avant les bœufs. Le monde change, et les capitaux se déplaçant naturellement, sont le moteur de ce changement. C’est d’ailleurs ces capitaux qu’il va falloir surveiller dès cette semaine, car la vraie menace n’est pas économique.

La crise est arrivée par la titrisation, et c’est par cette même titrisation qu’elle disparaîtra ou s’amplifiera. Les marchés ont en ce moment les yeux rivés sur trois paramètres : Les «Commercials Papers», le marché de la dette «Léveragée», et les taux interbancaires. Les marchés financiers vont être dans le courant du mois de septembre confrontés à des échéances décisives sur ce segment de marché. Un encours de 800 milliards de dollars de «Commercials Papers» va arriver à échéance en septembre. Toute défaillance sur le roulement de ces positions serait susceptible d’entraîner un cercle vicieux et de nous replonger en pleine crise. Sur la dette «Léveragée», de gros dossiers sont en cours, comme l’offre du fonds K.K.R sur FIRST DATA Corp pour un montant total de 22 milliards de dollars. Des échecs dans la négociation de ces dossiers jetteraient également de l’huile sur le feu, car seraient synonymes d’une confiance non rétablie. Sur le marché monétaire, les T-Bill 3 mois du LIBOR (Marché Inter Bancaire à Londres) sont à leur plus haut depuis 1987. Cela traduit que les banques ne veulent toujours pas se prêter de l’argent entre elles, car estiment, qu’en cas de défaillance du roulement de position des «Commercials Papers», elles seront dans l’obligation de mettre en place des packages de financement de secours, ce qui affecterait leurs bilans et pourrait provoquer une nouvelle secousse sur le marché interbancaire. En résumé, la crise n’est toujours pas terminée. Nous en sommes à un stade où tout peut très vite rentrer dans l’ordre, avec quand même une facture salée à payer pour l’économie, mais pouvant être gérée dans le temps. En revanche, si de nouveaux écueils venaient à apparaître dans ce monde de la titrisation, c’est l’un des piliers tenant tout le système qui serait en train de vaciller, et là…..

Dans tous les cas, les banques centrales sont présentes et le seront encore. Même si une baisse des taux est désormais acquise lors de la prochaine réunion de la FED, cela ne suffira pas à rétablir la confiance. La confiance ne pourra revenir qu’au travers des banques qui accepteront de chiffrer leurs encours de titrisation, ce qu’elles se refusent toujours à faire. Les banques centrales vont peut être encore devoir injecter des liquidités dans le rouage financier grippé. Elles seront présentes pour sauver le système financier s’il devait être en péril, mais le seul vrai résultat qu’elles obtiendraient serait de créer les bases de nouvelles crises à venir, et la création de nouvelles bulles qui ne manqueraient pas d’éclater à un moment ou à un autre… A suivre.

© photos : Markus Spiske

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini