Sep / 03

Poudre aux yeux…

By / Pascal Faccendini /

Sous l’emprise d’effets d’annonce, les places boursières se reprennent. Néanmoins, si un retour au calme est perceptible, la confiance n’est pas du tout rétablie. L’industrie de la titrisation est en crise, et l’on ne nous a vraisemblablement pas encore tout révélé…

Tout le monde est au chevet du malade et on est en train de lui infliger un remède de cheval. Les banques centrales, les politiques, les institutions financières, tout le monde rassure tout le monde. Les statistiques macro économiques sont positives, les résultats d’entreprises sont cohérents et les institutions financières rassurantes. Bref, s’en est même à se demander s’il y a bien eu au cours du mois d’août une crise sur les marchés financiers.

Oui, elle a bien eu lieu, et elle n’est surtout pas terminée. Car, pendant que tout le monde se veut rassurant, tout le monde évite d’évoquer les termes de ABCP (Asset Backed Commercial Paper) et autres «SIV» ou encore «Conduits». Derrière ces termes un peu bizarres se cachent d’autres segments du monde de la titrisation. Les «Subprimes» ne représentent qu’une partie, et l’on peut résumer en indiquant que ces ABCP, SIV et autres Conduits forment le gros du gâteau. Le plus difficile à appréhender dans tout ça, c’est que l’économie ne présente pas en soi de difficultés majeures, nous sommes simplement face à une industrie qui est plongée dans une crise profonde et virtuellement au bord du gouffre : celle de la titrisation. Ce qu’elle produit n’intéresse plus personne, malgré le fait que cette production finance la croissance de nos économies. L’onde de choc est partie du retournement du marché immobilier, en provoquant l’éclatement des «Subprimes», et menace de se diffuser aux autres compartiments comme les ABCP. Le segment des ABCP a d’ailleurs déjà été affecté, et il est dans l’immédiat tenu à bout de bras par des consortiums de banques ou des banques centrales directement.

L’affaire «Coventree» au Canada en est un parfait exemple. Cette institution basée à Toronto, spécialisée dans le financement à court terme, a dû être refinancée par un pool bancaire composé des plus grands noms de la finance mondiale y compris par la banque centrale locale, afin d’éviter sa faillite, mais surtout, celle de tout un rouage de financement d’industries derrière elle. Le cas «Coventree» n’est sûrement pas isolé et tout n’a pas encore été dévoilé. Toutes ces obligations émises par cette industrie, que toutes les institutions s’échangeaient naturellement, voire s’arrachaient à prix d’or il y a encore quelques mois, ont pour certaines perdu toute valeur. Les institutions, dans leur ensemble, essaient de réinstaurer la confiance dans la valeur de ces papiers, afin que la mécanique reparte. Car un élément doit être très clair. Si la confiance n’est pas réinstaurée et que la valeur de ce papier ne décolle pas, il faudra bien qu’au final quelqu’un paie. Et l’addition a toutes les chances d’être salée, car elle s’accumule au jour le jour en fonction des taux d’intérêt.

Bref, les institutions et les gouvernements jouent une partie très serrée, dont l’issue n’a rien de figé dans l’immédiat. Le rêve américain et son économie sont pour l’instant sous perfusion, à grands coups d’injection de liquidité quasi quotidienne émanant de la FED. Dans les salles de marchés, les intervenants observent, prêts à acheter les bonnes cibles, mais toujours en redoutant de nouvelles secousses. La situation très opaque incite à la prudence, et un retour du CAC 40 sur des niveaux de 5700-5750 points pourrait inciter les intervenants à désengager des positions acquises dans le cadre de ce rebond boursier. Cette mésaventure financière peut se résorber très rapidement, mais malgré les très bons fondamentaux économiques, il serait étonnant que de nouvelles secousses n’apparaissent pas à un moment ou un autre, A suivre…

© photos : Henry Matthew

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini