Oct / 15

Prises de bénéfices, début ou fin… ?

By / Pascal Faccendini /

L’ensemble des places boursières vient de subir des prises de bénéfices sérieuses. On entend ici ou là que la hausse des taux US ou les commentaires de Donald Trump à l’encontre de la FED sont à l’origine de cette correction, il n’en est rien. La véritable cause de cette baisse provient d’un doute concernant les perspectives de croissance chinoise, lié bien sûr à la guerre commerciale Chine/USA. La véritable question consiste maintenant à savoir si ces prises de bénéfices reposent sur des notions sérieuses, ou si elles sont totalement pilotées, notamment dans le cadre de ce bras de fer… ?

« La seule différence entre Bernard Madoff et les chefs d’État, c’est que Madoff est en prison……… » déclarait dernièrement Jacques Attali au cours d’une interview en répondant à une question portant sur la politique américaine et la croissance US. Ces propos abondent dans le sens de nombreux économistes. Ils indiquent en effet que la politique économique de Trump est « suicidaire » de par la taille du déficit qu’il crée et qui engendrera à terme une crise inévitable. Le tout est de savoir quand, mais ça, c’est une autre histoire. Tout démontre en revanche (et ces mêmes économistes le confirment) que nous ne sommes nullement au bout de nos croissances ou à la veille d’une nouvelle crise boursière. Mais alors pourquoi une telle baisse… ? Pour bien comprendre l’origine de cette baisse, reprenons l’enchaînement des faits. Depuis que Trump et les représentants chinois sont en désaccord sur leurs exportations réciproques, les marchés redoutent que cette querelle vienne affecter la croissance mondiale en commençant par celle de la Chine. Les marchés sont donc poussés par une économie américaine insolante de bonne santé et notre CAC 40 est aidé dans sa hausse par nos valeurs stars, les fameuses LVMH, Kering et autre Hermès…, les valeurs du luxe. Ce secteur s’est tellement bien développé en bourse qu’il représente aujourd’hui la première pondération du CAC 40 soit 25%. Mais voilà, lundi dernier, les places boursières se réveillent avec une information « troublante » : la banque centrale chinoise abaisse à nouveau (pour la 7e fois cette année) le niveau des réserves obligatoires des banques. En d’autres termes, le gouvernement chinois décide d’injecter de l’argent dans le circuit bancaire et l’économie. Cette information est suivie par une communication du FMI qui abaisse ses perspectives de croissance mondiale et les ramène de 3,9% à 3,7% pour 2018 et 2019. Les perspectives de croissance du FMI ne font en réalité que confirmer une croissance mondiale tout à fait satisfaisante, au-dessus de son potentiel…, mais rajoutent de prime abord un peu d’huile sur le feu concernant les perspectives chinoises et les secteurs fortement exposés à son économie…, comme le luxe. Il ne manque plus qu’une petite étincelle…, elle viendra en l’occurrence mardi d’une étude émanant de la banque Morgan Stanley qui indique que les valeurs du luxe ne vont plus être des « cash machines » de par un ralentissement chinois attendu. La banque précise qu’elle préfère sortir des valeurs de croissance (dont fait partie le luxe) au profit de secteurs beaucoup plus délaissés. Le mal est fait, voilà que nos valeurs fétiches font l’objet de prises de bénéfices et entraînent le CAC 40 dans leurs sillages. Jusque-là, tout allait encore bien, tout se déroulait dans le calme. Mais ce même mardi en début d’après-midi, une rumeur venant de « dieu sait où », fait courir le bruit que le gouvernement chinois s’apprête à relever les taxes douanières sur les produits de luxe achetés à l’étranger par ses ressortissants… !!! C’est l’étincelle de trop, et malgré les résultats de LVMH ressortis supérieurs aux attentes, le secteur se fait littéralement massacrer, entraînant lourdement le CAC 40 qui enfonce des supports, atteint des niveaux qui déclenchent des ventes automatiques de robots ou de gestion d’algorithmes… La correction est en marche et devient auto-réalisatrice en entraînant à la baisse l’ensemble des indices boursiers par vagues successives de ventes algorithmiques. La correction est installée… ! Nous nous trouvons par conséquent dans un nouveau contexte de marché au sein duquel on cherche visiblement à enfoncer les places boursières et dont l’un des catalyseurs est le secteur du luxe. Cette correction est-elle terminée… ? C’est bien sûr très difficile de répondre à cette question, car il y a autant d’arguments allant dans le sens d’un rebond ou de la poursuite de la baisse. Néanmoins, si comme nous le pensons, cette correction est en partie « pilotée », il nous semble que nous avons atteint un palier, mais pas la fin de cette baisse. Les marchés sont en train de jouer avec des supports techniques qui pourraient, en cas de cassure, déclencher de nouvelles ventes et amener les indices boursiers un peu plus bas…. Nous devons rester vigilants, et considérer cette correction dans la perspective des Midterms à venir. En effet, tout indique que si Donald Trump perdait son pari sur cette élection, ce serait en définitive une très bonne nouvelle pour la croissance mondiale…, c’est tout du moins ce qu’il semble que l’on cherche à nous communiquer……. À suivre….

© photos : Adi constantin

Categories : Economie, H, Marché financier
Pascal Faccendini