Mai / 28

Wu Yi – Bush & Paulson.

By / Pascal Faccendini /

Les nouvelles mises en garde d’Allan Greenspan sur les risques planants au-dessus des places boursières Chinoises ont une nouvelle fois fait mouche. Mais bien au delà de ces faits, ce sont surtout les négociations Américano-chinoises qui ont retenu toute l’attention des marchés. Il est vrai que le dossier est lourd, très lourd.

Fort opportunément, Allan Greenspan est une nouvelle fois sortie de sa retraire. Pourquoi opportunément ? Et bien, parce que le grand gourou des marchés vient de rejoindre «à temps partiel» une filiale américaine de gestion d’actifs du Groupe Allianz, la société PIMCO. Pour un honoraire tenu secret, il assistera à la réunion stratégique trimestrielle et sera en contact deux fois par semaine avec la direction de PIMCO. Les causes et les effets devraient être en toute logique mis à profit dans la gestion des fonds de cette société Californienne.

Mais l’essentiel n’est pas là. Le deuxième round du «dialogue stratégique économique» entre la Chine et les Etats-Unis s’est terminé mercredi dernier, à la suite de deux jours de négociations qui renvoient dos à dos deux adversaires. Henry Paulon, le Secrétaire d’Etat au Trésor, martèle de son côté : nous voulons une appréciation immédiate du Yuan, et la Vice-Premier Ministre Chinoise Wu Yi, de son côté, ne cesse de venter les vertus d’une hausse progressive du Yuan. Bref, une sorte de dialogue de sourds qui a peu de chance d’aboutir à une entente cordiale. Pour bien comprendre la situation, remontons quelques années en arrière, à une époque où existait cette entente cordiale. Les grands chefs du capitalisme de Wall Street, après avoir instauré le concept de la mondialisation auprès des pays d’Asie du sud-est, se sont tout naturellement tournés vers l’empire du milieu en négociant un partenariat planétaire très judicieux. Les capitaux de Wall Street, en quête de rendements à 2 chiffres, vont s’investir dans des outils de production pour un prix dérisoire. La production qui en découle, dont le coût est toujours dérisoire, vient s’importer sur le sol américain. Le consommateur américain est gagnant car le prix des produits baisse, les chinois sont gagnants car on vient financer leur appareil de production et Wall Street y trouve son compte dans le développement des sociétés dans lesquelles il a investi, et dans le développement de l’économie Chinoise.

Bref, c’est un jackpot assuré mais vis-à-vis duquel il y a quelques «à côté» à réguler, comme l’inévitable déficit de la balance commerciale et budgétaire américaine. Qu’à cela ne tienne, ce sont nos amis Chinois qui, au travers de leurs excédents commerciaux, se feront un plaisir de financer en achetant des emprunts d’états américains. Il y a bien quelques accros dans le scénario prévu, comme l’éclatement de la bulle technologique qui oblige les Etats-Unis à plus de dépendance vis-à-vis des capitaux Chinois, mais bon, cette organisation mondiale du commerce et des échanges perdure. Elle perdure tellement bien que face au succès qu’elle rencontre, les Chinois y voient l’opportunité de prendre une revanche sur un agresseur anglais et américain qui les avait anéantis à l’époque des colonies. La poussée impérialiste Chinoise gonfle, tout comme leurs capitaux et les investissements qu’ils réalisent partout sur la planète, à tel point qu’ils inquiètent l’empire américain. La réponse américaine consiste à maîtriser les ressources énergétiques et à forcer les Chinois à être dépendants du pétrole sous domination américaine. Cette stratégie, qui ne présente pas que des succès, n’empêche pas les Chinois de se servir de leur arme monétaire pour décider d’entrer au capital de compagnies pétrolières américaines cotées en bourse à New York.

Cette fois, la ligne jaune est franchie et tous les états-majors de Wall Street ne peuvent accepter cet affront. L’entrée au capital d’une société américaine par des fonds Chinois est donc évitée, mais le banquier Chinois qui prête de l’argent à l’état américain a de la suite dans les idées. Nous voilà donc il y a quelques jours avec l’annonce mondiale de la nouvelle stratégie Chinoise : Le cheval de Troie……L’ Etat Chinois décide d’investir dans le Fonds BLACKSTONE. Ce ne sont pas les 3 milliards de dollars annoncés qui posent problème, car ils ne représentent qu’une goûte d’eau dans la mer Chinoise, mais bel et bien un loup qui rentre dans la bergerie américaine, pire, une main Chinoise qui veut rafler les joyaux de la couronne de Wall Street. Car en fait, pensez vous que les Chinois désirent s’arrêter à ce premier investissement ? Nous pouvons par conséquent considérer que cette fois c’est la ligne rouge qui vient d’être franchie, et que la réponse américaine ne tardera sûrement pas à venir. Il est d’ailleurs très curieux d’apprendre que le Koweit vient tout juste de désarrimer sa devise du dollar au profit de l’euro !!!! Le risque immédiat est l’instauration d’une guerre commerciale avec les Chinois, vis-à-vis de laquelle les démocrates américains se sont très nettement positionnés et dont le dollar serait la première victime. La Vice-Premier Ministre Wu Yi a donc quitté Washington avec une lettre remise par les élus américains, au ton particulièrement véhément. Le statut d’Henry Paulson serait sur la sellette, et G.W Bush ne peut qu’aller dans le sens du vent démocrate, qui a tendance à s’amplifier vis-à-vis des syndicats qui revendiquent leurs craintes pour leurs emplois face aux délocalisations. Bref, tout ceci représente un possible virage que pourrait prendre la mondialisation telle que nous la connaissons. Le tout est de savoir si le véhicule économique ne sera pas enclin à déraper.


© photos : Charles Deluvio. 

Categories : C, Marché financier
Pascal Faccendini