Jan / 14

Brouillard sur la finance mondiale.

By / Pascal Faccendini /

Plongées dans un brouillard économique persistant, les places boursières poursuivent leur correction. Les propos encourageants tenus par le responsable de la Réserve Fédérale Américaine ont fait long feu. Les marchés financiers ont préféré se concentrer sur les résultats des entreprises à venir, et plus précisément sur les résultats des banques de Wall Street devant paraître cette semaine.

«Substantiel» est l’adjectif qui aura sans nul doute marqué la semaine économique écoulée. C’est en effet en ces termes que Ben Bernanke a positionné les mesures que la FED était prête à prendre pour relancer la machine économique américaine. La FED est en effet prête à prendre des «mesures substantielles» face au défit qui l’attend, mais surtout face au constat de détérioration qu’elle observe dans l’économie américaine et déclare s’apprêter à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2008. Par conséquent, les marchés ont entendu exactement ce qu’ils souhaitaient entendre, c’est-à-dire un message clair sur la situation mais surtout, une baisse des taux de 50 pb à venir pour la fin du mois.

Malheureusement, les marchés ont également entendu les termes «d’état d’alerte absolue» prononcés cette fois par la BCE vis-à-vis de l’inflation, dont son responsable cherche à signifier aux politiques européens son stress (absolu) vis-à-vis des renégociations salariales en cours dans différents pays. Les responsables politiques Français, Allemands, Espagnols et Italiens sont face aux syndicats qui réclament à l’unisson plus de pouvoir d’achat et donc plus de salaire. La BCE cherche par conséquent à mettre tout le monde face à ses responsabilités. Consciente d’une baisse du pouvoir d’achat, mais tout aussi consciente de la hausse des matières premières, elle considère surtout que si les hausses de salaires s’envolent, les entreprises seront tentées à leur tour de faire monter leurs prix de vente afin de faire face à ces nouvelles charges. Cet arbitrage (taux européen, inflation, hausse des salaires) est pour le moins complexe et n’a sûrement pas fini de faire couler beaucoup d’encre. Si les déclarations de la FED ont dans un premier temps redonner du baume au coeur aux opérateurs de Wall Street, ces derniers ont été contraints de relativiser leurs jugements, en raison de mauvaises nouvelles se profilant sur le secteur bancaire, et de l’incertitude pesant sur les résultats des sociétés en cours de parution pour le 4ème trimestre 2007. Alcoa a, comme d’habitude, lancé la saison des résultats en dévoilant des chiffres supérieurs aux attentes. Dans ce qui a suivi, tout n’est pas aussi positif et le stress de Wall Street est franchement monté en puissance à la suite d’une déconvenue sur les résultats d’Américan Express, mais surtout à la veille des parutions des résultats des banques d’affaires de Wall Street. En effet, seront communiqués cette semaine les résultats de Citigroup (15/01/08), JP Morgan (16/01/08) et Merril Lynch (17/01/08).

A la veille de ces résultats, un article dans le New York Times a glacé le sang de Wall Street, en annonçant que Merril Lynch s’apprêterait à passer des provisions supplémentaires pour atteindre un montant total de 15 milliards de dollars, et serait par conséquent dans l’obligation de trouver des fonds dans les plus brefs délais. L’article du New York Times a provoqué une débâcle dans le secteur bancaire et a fait replonger les indices boursiers en fin de semaine, effaçant tous les gains enregistrés suite aux déclarations du responsable de la FED. Dans ce contexte, des doutes s’installent sur les résultats des entreprises pour le 4 T 2007 et le 1 T 2008. Un sentiment négatif s’installe dans les marchés vis-à-vis des résultats, estimés en trop forte progression pour 2008. La réalité est que les analystes n’ont pour le moment que très peu de visibilité et fonctionnent à la boussole. Les places boursières sont donc soumises à des effets d’annonce ou de rumeur, provoquant les déconvenues que l’on observe.

En parallèle de cette mouvance, un consensus semble néanmoins se profiler. Nous devrions assister à un maintien des résultats des entreprises, en raison notamment d’une productivité qui poursuit sa progression à un rythme élevé. Nous devrions par conséquent assister à une décorrélation entre l’économie et les profits des entreprises. Le seul petit problème de cette vue positive est qu’il n’y a pour le moment aucune certitude, et en attendant d’avoir une mesure plus précise, les places boursières sont toujours arrimées au boulet du «Subprime», d’une éventuelle récession américaine et du devenir du dollar. En effet, la différence très marquée dans le discours de la FED et de la BCE milite pour une poursuite de l’affaiblissement du billet vert, une progression supplémentaire de l’or et des matières premières. Bref, rien de très stabilisant pour des économies déjà déstabilisées par la crise financière du mois d’août. Les effets positifs des baisses des taux de la FED, couplés à l’affaiblissement du dollar, commenceraient à produire leurs effets positifs au bout de plusieurs mois. D’ici là, toutes les interrogations sont permises, agrémentées de leurs lots de bonnes et de mauvaises surprises. Dans tous les cas, les américains (et le monde entier) continueront de boire du Coca-cola, Areva poursuivra le développement des centrales nucléaires dans le monde, Danone continuera à vendre des yaourts à la terre entière et Suez développera ses services à l’international et notamment en Chine.

Les futurs résultats de ces entreprises ont peu de chance d’être affectés, même si temporairement, elles sont plongées dans un brouillard boursier persistant… A suivre.

© photos : JC Gellidon

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini