Oct / 26

Comprendre les dessous de la crise d’Evergrande en Chine.

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La crise que connait le groupe Evergrande en Chine n’a cessé de faire la une des journaux ces dernières semaines. Evergrande Real Estate Group, deuxième promoteur immobilier de Chine avait pourtant jusque-là effectué un parcours sans faute, avec une croissance fulgurante au cours des 20 dernières années. En tout cas, c’est ce que tout laissé supposer.


Mais en réalité, le modèle de croissance de ce géant chinois n’était pas si parfait ?


Entre endettements, shadow banking et enjeux politiques, il convient de comprendre les dessous de cette crise dont le gouvernement chinois semble vouloir donner l’impression de rester spectateur. D’abord, en étudiant toute la portée d’Evergrande dans l’économie et l’histoire de la Chine. Puis, l’éventualité d’une crise économique chinoise, et enfin, les enjeux politiques derrière cette crise.


Evergrande et le marché de l’immobilier chinois

Aujourd’hui, l’inquiétude grandit, car Evergrande a du mal à rembourser ses créanciers. Le 22 octobre, Evergrande semble être passé tout près du défaut de paiement, mais a finalement réussi à verser 83,5 millions de dollars (71,8 millions d’euros) à ses créanciers, ce qui a fait repartir les cours boursiers à la hausse.


Néanmoins, le groupe n’est pas encore tiré d’affaire, avec une dette qui demeure très importante et un modèle économique largement ébranlé.


Historique et importance de l’entreprise

Mais comment en est-on arrivés là ? Parlons un peu des débuts d’Evergrande.


Créé en 1996, le groupe Evergrande connaît une croissance très importante dès les premières années, et entre à la Bourse de Hong Kong en 2009. Xu Jiayin, son président, est même devenu l’homme le plus riche d’Asie en 2017.


Plus qu’un simple groupe immobilier, Evergrande a diversifié ses investissements dans des secteurs comme le tourisme, les voitures électriques, la santé ou encore le football. Ainsi, en 2021, l’entreprise compte plus de 200 000 salariés.


Le groupe est donc un véritable géant de l’immobilier ; secteur qui occupe une place primordiale dans l’économie chinoise.


Poids de l’immobilier dans l’économie chinoise

L’économie chinoise s’est appuyée sur des secteurs bien particuliers pour “émerger”, parmi lesquels l’immobilier. Aujourd’hui, l’immobilier chinois ne représente pas moins de 30% du PIB et 10% des emplois.


De quoi raisonnablement craindre des conséquences désastreuses si Evergrande venait à s’effondrer. Alors, est-ce là le début d’une véritable crise économique en Chine ?


L’amorce d’une véritable crise économique en Chine ?

En réalité, il faut bien dire que le groupe Evergrande est endetté depuis des années. Et ce n’est pas le seul promoteur dans ce cas.


L’immobilier et son modèle économique risqué

Pour bâtir, les promoteurs immobiliers sont contraints à s’endetter. Une fois les constructions terminées, les biens sont mis en vente ou disponibles à la location. C’est à ce moment que l’entreprise peut recevoir des dividendes et rembourser les intérêts, pour pouvoir emprunter à nouveau et poursuivre son développement.


C’est un système qui demeure fragile et depuis 2015, le groupe a déjà évité de justesse deux défauts de paiement. Tant que les revenus générés sont suffisants pour payer les intérêts, il n’y a pas de problème majeur.


Or, personne n’avait prévu la crise de la Covid-19.


L’impact de la pandémie de la Covid-19 sur le marché

C’est bien la crise sanitaire qui a fait chavirer Evergrande en faisant chuter les ventes, pendant que la Chine durcissait les règles d’emprunt pour les promoteurs. En effet, Pékin a établi des “lignes rouges”, réduisant les capacités d’emprunt des promoteurs et les empêchant de vendre des biens immobiliers dont la construction n’est pas terminée.


En conséquence, la dette du groupe atteint désormais 300 milliards de dollars, soit plus de 2% du PIB chinois. 3,8 millions d’emplois sont menacés par les difficultés d’Evergrande.


Avec près de 1,4 million de logements inachevés, beaucoup de particuliers se plaignent d’avoir payé pour un logement que l’entreprise n’a pas les moyens de terminer. Du fait de cette mauvaise réputation croissante, les ventes d’Evergrande pourraient continuer à baisser et entraîner définitivement l’entreprise dans l’engrenage infernal de la dette.


La menace d’une crise globale de l’immobilier en Chine est d’autant plus grande que d’autres promoteurs se retrouvent peu à peu dans une situation similaire. On peut citer notamment Fantasia et Sinic, dont la capacité de remboursement ne cesse de s’amenuir.


Parallèlement, une crise énergétique en gestation ?

Malgré tout cela, la crise immobilière pourrait ne pas être la plus grave du moment.

La Chine connaît actuellement un grand nombre de coupures électriques, et ce, pour plusieurs raisons :

– une pénurie de charbon,

– des objectifs de réduction des émissions(CO2) plus stricts,

– une demande d’électricité plus importante de la part des industriels pour relancer la production.


Ces pénuries d’énergie frappent de plein fouet le secteur manufacturier et pourraient considérablement aggraver les problèmes d’approvisionnement déjà visibles. Ces pénuries pourraient déclencher une hausse de l’inflation à travers le monde et aboutir in fine, à une décélération de la croissance.


Evergrande : le révélateur d’une politique chinoise bien particulière ?

Pour le moment, la crise économique en Chine semble relativement contenue. Il convient toutefois de s’interroger sur les objectifs de l’État chinois. Il est de nature interventionniste, mais tient à paraitre en retrait sur ce dossier, alors que tout le monde comprend parfaitement qu’il est totalement aux commandes.


La Chine a les moyens de pallier cette crise

La Chine, superpuissance mondiale, a tout à fait les moyens de contenir cette crise. Comme l’explique Philippe Aguinier dans son article, les banques chinoises pourraient absorber le choc.


Néanmoins, le veulent-elles ? Pour l’expert, “Le gouvernement fera tout ce qu’il peut pour éviter d’avoir à soutenir directement et inconditionnellement Evergrande. Le scénario le plus probable semble celui d’une restructuration de la dette du groupe, sous l’égide du gouvernement, et accompagnée de multiples actions locales afin d’en limiter les impacts sociaux et politiques. »


Pourquoi le gouvernement chinois ne soutient pas Evergrande

Malgré ses 3 000 milliards de dollars de réserve de change, le gouvernement chinois reste passif.

Il y aurait en fait deux explications possibles (voire une combinaison des deux) :


1. Il s’agit de faire d’Evergrande un objet politique. Un symbole du revirement politique et économique de la Chine : c’est-à-dire, d’une priorité désormais donnée à l’augmentation de la classe moyenne et à la “prospérité pour tous”. Un éclatement de la bulle immobilière pourrait alors faire baisser les prix exorbitants des logements (équivalents à douze années de salaire en moyenne).


2. Il s’agit d’une opportunité pour le gouvernement de faire sortir la Chine du shadow banking. Cette finance de l’ombre est partout en Chine et résulte en partie de la perception d’une “garantie implicite” (la main salutaire du gouvernement sera toujours là en cas de problème).

De fait, si Evergrande a pu emprunter de telles sommes, c’est que des banques et des investisseurs étaient prêts à les lui fournir. Par conséquent, le capital est alloué de façon inefficace et des groupes parviennent à s’endetter plus que de raison, pour peu qu’ils soient assez importants.

Les autorités tenteraient peu à peu de faire évoluer le système de financement chinois vers des bases plus saines. Evergrande pourrait en être un exemple.


Dans tous les cas, la crise d’Evergrande est à suivre de près : symptomatique d’une économie chinoise qui s’est construite très (trop ?) vite, et parfois sur des bases très fragiles. Evergrande est plus que jamais un géant aux pieds d’argile.

Toutefois, l’entreprise ne devrait pas entraîner l’écosystème mondial dans sa chute. Malgré les apparences, le gouvernement chinois veille au grain et semble bien avoir une stratégie politique en tête.


© photos : Kin Li

Categories : Economie, H, Marché financier
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