La faillite de la South Sea Company.

En 1720, l’Angleterre connaît sa première crise boursière provoquée par la faillite de la South Sea Company.

L’Angleterre du début du XVIIIème siècle est confrontée à des difficultés financières. En effet, la guerre des neuf ans (1688-1697) et la guerre de la Succession d’Espagne (1702-1713) l’ont ruinée et les dépenses ne cessent de grimper encore. La dette publique de l’État atteint un montant si exorbitant que les pouvoirs publics ne peuvent la rembourser.

Pour remédier à ce problème, le ministre Robert Harley décide de créer en 1711 la South Sea Company, qui obtient de la couronne le monopole du commerce avec les mers du sud, c’est-à-dire avec l’Amérique du Sud. Selon l’idée d’Harley, le but de la compagnie serait de réunir tous les créanciers publics de la dette nationale, et d’échanger leurs titres de dette publique contre des actions de la nouvelle Compagnie.

 

Cette stratégie semble cohérente : la dette publique serait rachetée, les créanciers auraient des actions à forte promesse de plus-values et des revenus réguliers. En somme, chacun y trouverait son compte et de manière sûre ; tout le monde est en effet persuadé que la Compagnie des Mers du Sud sera une réussite comme la Compagnie des Indes orientales qui rapporte beaucoup d’argent tous les ans.

 

En revanche, ce qui n’est pas communiqué, ce sont les bases du règlement de la guerre avec l’Espagne. En effet, l’Espagne accorde à l’Angleterre la totalité du commerce d’esclaves, mais l’Angleterre n’a le droit de faire naviguer vers les ports espagnols d’Amérique, qu’un seul bateau de marchandises par an. Cela représente un potentiel commercial très inférieur à celui que réalise la Compagnie des Indes orientales. Les investisseurs ne sont pas informés de ce « deal ». Ils considèrent que la compagnie est solvable, mais surtout, trop importante pour faire faillite (too big to fail). Les investissements grandissent, le cours des actions augmente, passant de 135 livres en janvier 1720 à 1 050 livres en juin 1720. Une bulle spéculative se forme

 

L’envolée des titres de la Compagnie des Mers du Sud provoque la création de sociétés par actions qui souhaitent également s’introduire en bourse dans le but de lever des capitaux. Ces sociétés nouvellement cotées créent une concurrence directe à la Compagnie des Mers du Sud, car accaparent une partie du financement qu’elle aurait pu obtenir. Le gouvernement décide alors de mettre en place le bubble act, le 18 août 1720, suite à une demande appuyée des dirigeants de la Compagnie : les sociétés par actions doivent désormais obtenir un « agrément » délivré par la couronne, et doivent se limiter aux activités pour lesquelles elles ont été créées. Bien entendu, la Compagnie des Mers du Sud est l’une des rares à bénéficier de cet agrément.

 

Mais l’effet escompté n’est pas atteint : cette loi fait souffler un vent de panique sur le marché, et les investisseurs se mettent à vendre leurs titres, y compris ceux de la Compagnie des Mers du Sud. Malgré quelques tentatives de soutien des cours, les dirigeants de la Compagnie assistent impuissants à l’effondrement du prix de leurs actions, qui passe de 1050 livres en juin 1720, à 180 livres en décembre de cette même année.

 

Cette crise boursière est l’une des premières dans le monde. Elle se produit à la même époque que la crise financière française liée à l’effondrement du système Law. Ce qui est intéressant de relever est que la stratégie de conversion de la dette publique en actions de la Compagnie des Mers du Sud est directement inspirée des travaux de Law qui, en quelque sorte, avait utilisé le même processus en France. Les conséquences pour l’Angleterre ne sont pas aussi dramatiques qu’en France, même si de nombreuses faillites sont constatées et nécessitent l’intervention de la Banque d’Angleterre.

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