Juil / 21

Inflation en 2021, structurelle ou conjoncturelle ?

By / Pascal Faccendini /

L’inflation, c’est le sujet incontournable de cette année. L’inflation 2021 va-t-elle affecter l’économie mondiale et les ménages français, leur pouvoir d’achat, leurs dépenses, leur capacité d’investissement et de consommation…, ou s’éteindre d’elle-même avec un retour à des normes acceptables ? Sommes-nous simplement face à une réelle inflation qui peut avoir des répercussions sur les marchés en France et dans d’autres pays ? Il y a autant d’arguments pour justifier tous les scénarios possibles. Les marchés sont inquiets et l’on voit bien qu’ils ont une difficulté à trouver des réponses claires. Alors, l’inflation 2021 est-elle structurelle ou conjoncturelle ?

L’inflation, qu’est-ce que c’est ?

Oui je sais, la réponse est simple. L’inflation, c’est la hausse des prix ! Et bien non ! Cette réponse simpliste et toute faite est à l’origine des doutes et troubles des marchés en ce moment. Non, l’inflation 2021 n’est pas la hausse des prix. La hausse des prix est la conséquence de l’inflation ! Mais c’est pareil ? Pas tout à fait, je m’explique.

Si l’on reprend les bases d’une vraie inflation, tel qu’elle était instaurée dans les années 70, un puriste pourrait dire : « l’inflation est l’échauffement d’une masse monétaire ». L’argent circule tellement fort et tellement vite que la masse d’argent en circulation augmente. Elle crée au final une hausse des prix. Cet échauffement dans les années 70 était aidé par un paramètre important. Les salaires évoluaient au rythme de l’inflation. Plus la hausse des prix augmentait et plus les salaires des ménages évoluaient. Mais plus les salaires évoluaient et plus la consommation était soutenue, ce qui entraînait une croissance des prix…, etc.

Par conséquent, les masses monétaires gonflées et les prix étaient poussés à la hausse. On voit très bien ici la logique structurelle qui poussait naturellement et sur le long terme la hausse des prix. On peut dire, par conséquent, que l’inflation a une base monétaire. Si cette base monétaire n’est pas présente, nous ne sommes pas face à une véritable inflation structurelle, et surtout « explosive ». Les injections monétaires des banques centrales (BCE) ne rentrent pas dans ce schéma. En effet, elles viennent compenser des manques présents. Une image simple traduit ce phénomène. Les banques centrales déversent des quantités énormes de liquidité dans un sceau. Ce dernier fuit partout et n’arrive pas à se remplir.


Une inflation structurelle en 2021 ?

Différents paramètres fondamentaux pourraient nous amener à penser que la croissance des prix est bien structurelle. Cela revient à dire que l’inflation est partie sur du long terme. Des paramètres naturels (de structure) vont alimenter cette dernière et la pousser relativement loin et haut. L’un des paramètres que l’on peut mettre en avant est la transformation de l’économie chinoise. Elle vient de sortir d’une logique de quantité pour basculer vers une logique de qualité. Jusqu’à présent, et depuis des dizaines d’années, la Chine était l’usine du monde de production à bas prix. Cette fabrication chinoise, dont les prix à la production étaient tirés vers le bas (aidée par le développement d’internet et des « supply chain » mondiales : l’organisation de Dell Computer en est un très bon exemple) a permis de contenir l’inflation et de la maintenir dans les normes souhaitées par les autorités monétaires.

Mais l’économie chinoise s’est développée et les attentes de la Chine et de ses ménages ne sont plus les mêmes aujourd’hui. La classe moyenne a progressé et souhaite avoir accès à des standards économiques et sociaux tels que nous les connaissons en Europe et en France notamment. Par conséquent, la Chine doit faire évoluer son modèle économique et social. La production à « bas coût » n’est plus l’orientation principale de ce nouveau modèle. Cela doit entraîner naturellement une hausse des indices des prix, et donc, un effet direct sur le pouvoir d’achat des ménages dans le monde.


Une inflation conjoncturelle en 2021 ?

L’un des points fondamentaux qui pourrait faire penser que l’inflation est transitoire repose sur l’orchestration de la forte reprise post Covid. Une idée très simple est au cœur de la structuration de la reprise. Elle a fait le tour du monde.

Quand les laboratoires Pfizer et Moderna ont trouvé les vaccins pour lutter contre la crise sanitaire, des gouvernements ont précisé que nous allions vacciner les populations, mais également les croissances économiques ! Par conséquent, l’annonce par Pfizer et Moderna de l’arrivée des vaccins peut s’identifier à un « Bang » de départ. Cela donne le coup d’envoi d’une course mondiale au réapprovisionnement. Dit autrement, tout le monde a voulu les mêmes choses au même moment. Cela a entraîné un Ruch d’approvisionnement.

Par conséquent, un énorme goulot d’étranglement s’est formé. Cela a fait monter les prix des matières premières et des prix à la production. Pendant ce temps, le monde économique et financier s’est mis à rêver au retour « d’un monde comme avant » et a fantasmé sur des niveaux de croissance stratosphérique, poussant les investissements, les prix à la hausse et alimentant d’autant plus la raréfaction des produits.

Mais les goulots d’étranglement, provoquant des problèmes d’approvisionnements, ont engendré des ruptures de livraisons sur de multiples produits (dont les puces informatiques), qui au final, ont bloqué la reprise engagée. Le Pic de croissance et maintenant passé et nos économies ont déjà commencé à ralentir.

Par conséquent, et à ce stade, nous sommes quasiment dans le cas du pire ! Les prix à la production et à la consommation ont atteint des niveaux très hauts, ce qui commence à freiner le pouvoir d’achat des ménages et fait ralentir nos économies. Ce contexte fait dire à certains économistes « qu’à ce rythme-là, dans trois mois nous sommes en récession !».

Alors, structurelle ou conjoncturelle ?

Cette question fortement légitime liée à l’inflation 2021 intéresse tout le monde. Mais, il nous semble qu’en réalité, il faut la reformuler. En effet, il est important de préciser un point important dans cette « histoire d’évolution des prix », et d’attente de reprise économique. Les analystes de marchés, les économistes et les financiers ne sont pas des épidémiologistes. Ils se basent sur les éléments « fiables » qui leur sont communiqués. Si on leur dit que l’on va « vacciner les croissances » (surtout lorsque cela provient d’institutions reconnues et de gouvernements), ils entrent ce paramètre dans leur tableur. Or aujourd’hui, de nombres doutes apparaissent sur les affirmations qui avaient été faites.

En réalité, personne ne s’est véritablement aujourd’hui si l’évolution des prix est passagère ou durable. En effet, personne n’est capable de modéliser réellement l’évolution de la crise sanitaire en France et dans les autres pays. Les marchés ont considéré un peu rapidement que la page était tournée et se rendent compte aujourd’hui qu’elle est toujours d’actualité. Par conséquent, si vous pensez que l’on va pouvoir vacciner 90% de la population mondiale, contre tous les variants, vous êtes dans le schéma structurel.

Si, en revanche, vous pensez que c’est une douce utopie, vous êtes plutôt dans la vision temporaire et conjoncturelle ! Nous allons sûrement surfer ente c’est deux limites avec une volatilité des prix un peu forte. Il nous semble que nous sommes plutôt face à une évolution transitoire des prix, avec un pic un peu haut, donc schéma conjoncturel.


J’ai bien conscience que cette question sur l’inflation 2021 intéresse le plus grand nombre. Ces quelques lignes ne peuvent aller en profondeur dans les différentes explications. Les données évoluent au fil du temps et affirment ou réorientent les pronostics.


Par conséquent, n’hésitez pas à nous contacter. Nous vous préciserons le plus simplement du monde où en sont les anticipations concernant l’évolution des prix. Mais surtout, ce qu’en pensent les marchés et qu’elles sont leurs anticipations économiques. À suivre…


© photos : Andrey Grinkevich

Categories : Economie, H, Marché financier
Pascal Faccendini