Juil / 04

Inflation et récession, le pétrole est plus important que les taux de la FED !

By / Pascal Faccendini /

Depuis que la guerre en Ukraine a commencé à déstabiliser nos économies, tous les regards se sont naturellement portés sur le pétrole et les matières premières. Derrière les termes économiques tels, inflation, récession, stagflation, se cache en réalité le paramètre central qui va influencer nos économies dans les prochaines années : le pétrole.

En fait, gagner la guerre contre la Russie ou la hausse des prix revient à peu près au même : il s’agit de contrôler le pétrole, ses prix et ses approvisionnements. Cette guerre se traite avant tout sur un plan politique et géopolitique, et non au sein des banques centrales.


Les banques centrales ne peuvent pas tout.

Quand on parle d’inflation, une référence apparaît très vite : les années 70 ! Nous étions à l’époque dans ce que l’on peut considérer comme un fondamental de l’inflation : une spirale prix-salaires (l’un entraîne l’autre et vice versa), qui aboutissait à l’échauffement d’une masse monétaire. Dit autrement, l’argent circulait tellement vite, il y avait tellement de consommation de crédit que les prix progressaient mécaniquement. Les banques centrales ont fait le « job » en montant leur taux d’intérêt, les politiques ont fait le leur en brisant cette spirale et nous avons pu gagner cette bataille contre l’inflation.

Aujourd’hui, les fondements sont très différents. Si le risque de voir à nouveau apparaître une spirale prix-salaires est bien réel, nous sommes surtout dépendants de pénuries (un problème d’offres) qui entraînent les prix à la hausse. La guerre en Ukraine a exacerbé des pénuries de matières premières et surtout pour la reine d’entre elles, le pétrole. Les prix montent, notamment parce que des tonnes de céréales sont bloquées dans des silos en Ukraine ou sur des bateaux, et bien sûr en raison des perturbations d’approvisionnements organisés sur le pétrole et le gaz russes (sans oublier le marché des métaux, également très perturbé).


Les sanctions contre le pétrole russe, une totale désillusion.

L’une des plus grosses menaces que nous avons à traiter (et à très court terme) concerne nos problèmes d’approvisionnements en gaz et en pétrole. Et dire que nous nous les sommes imposées à nous-mêmes ! On doit sûrement bien en rire au Kremlin !

Non seulement ses sanctions n’ont pas empêché la Russie d’exporter son pétrole, mais surtout elles lui ont permis de l’augmenter pour atteindre 10,6 mb/j (+130 kb/j en mai). La plaque tournante du pétrole russe est désormais l’Inde, qui permet à la Russie de totalement contourner les sanctions occidentales et d’exporter son pétrole dans toute l’Asie. Les importations de pétrole en Inde ont fait un bond de 658 % par rapport à 2021 (205 % pour la Chine, et 347 % pour l’Asie). Pour l’Inde, la part du pétrole russe est passée de 2 % à 25 % des importations. Avec une décote de 40 $/brent, l’Inde devient le hub asiatique qui exporte à bas coût des produits raffinés dans le monde entier et potentiellement même en Europe !

On comprend aisément que les banques centrales sont sur la touche et qu’elles ne peuvent rien dans ce micmac géopolitique. Face à ce marché parallèle très bien organisé, les politiques sont à la manœuvre pour trouver une issue satisfaisante.

La seule solution qu’a trouvée l’Occident pour avancer dans ce brouillard pétrolier consiste à « effondrer la demande » !

L’inflation se gagnera sur un plan politique

Si les banques centrales n’ont pas la main sur la hausse des prix, pourquoi s’obstinent-elles à vouloir relever fortement leurs taux d’intérêt ? La hausse très violente souhaitée par la FED risque d’être mal dosée et d’engendrer une récession, peut-être sévère ! Les taux directeurs de la FED avant le conflit en Ukraine étaient sur des niveaux de 0,25 %, ils s’élèvent aujourd’hui à 1,75 % et devraient monter jusqu’à 3 % ! Nous ne sommes donc qu’à la moitié du chemin, c’est à croire que la FED souhaite délibérément plonger l’économie américaine en récession !

Oui, c’est un risque pris en compte par l’institution monétaire et les politiques (à l’international), car il n’y a pas vraiment d’autre solution. Dans le contexte présent, lutter contre l’inflation revient à faire chuter le prix des matières premières. Et pour le faire, on explique aux marchés financiers, aux importateurs et aux exportateurs que l’on va créer une récession pour « tuer la demande » (le terme a été employé dans les hautes sphères).

On comprend aisément que cette « stratégie assumée » dépasse très largement la responsabilité de la FED, et que les politiques sont à la manœuvre. D’ailleurs, les Américains font circuler l’idée qu’ils souhaitent faire baisser le prix du brut par le biais d’un accord politique (qui pour le moment, a du mal à aboutir). En revanche, lorsque Jérôme Powell explique, dans un discours, que la récession va être très difficile à éviter, il entraîne mécaniquement le brut à la baisse. C’est du poker ? C’est sérieux ? C’est au travers de ces deux questions que l’on retrouve la volatilité des marchés.  


Récession ou pas récession ?

Depuis la sortie des confinements, on s’est tous demandés si l’inflation allait être structurelle ou conjoncturelle. Puis si une stagflation allait apparaître. Nous en sommes maintenant à la récession ! Historiquement, une stagflation a quasi systématiquement représenté une passerelle vers une récession.

Par conséquent, la question serait plutôt : récession forte ou légère ? Bien malin celui qui peut avoir un jugement affirmé à ce stade !

Plusieurs scénarios sont devant nous, et beaucoup de paramètres coïncident avec l’évolution du pétrole et des matières premières. En résumé, si nous arrivons à influencer rapidement le prix du baril à la baisse, alors nous devrions obtenir une récession « technique ». Cette hypothèse est envisageable. Néanmoins, le point faible de ce scénario, est que la correction du baril doit se maintenir dans le temps, et là nous sommes un peu moins sereins. Les projections montrent une demande de pétrole en constante évolution. Par conséquent, nous pourrions être épargnés pour quelque temps, mais quelque temps seulement… À suivre…


Photo : Arvind Vallabh

Pascal Faccendini