Avr / 07

Inflation, stagflation ou déflation ?

By / Pascal Faccendini /

Pour la deuxième semaine consécutive, les places boursières nous offrent une reprise tonitruante. Cet emballement des cours à la hausse aurait tendance à confirmer pour les uns, que la crise est désormais derrière nous, et pour les autres (dont nous faisons partie), que cette remontée des indices est pour le moins suspecte, puisque intervenue au lendemain de nouvelles dépréciations d’actifs au sein du secteur bancaire (UBS – Deutsche Bank). Alors, qu’en est-il ?


Les grands gourous des marchés vont vraisemblablement avoir quelques difficultés à trouver un côté rationnel dans la hausse des places boursières. En réalité, cette hausse est plus à mettre sur un plan technique ou psychologique. L’origine de ce rebond boursier est relativement claire, suffisamment claire pour imager qu’il ne tienne pas vraiment. Le premier point donnant naissance à la hausse du marché réside dans le fait que la réserve fédérale américaine a décidé de prendre en garantie, afin d’apporter de nouvelles liquidités aux banques, des papiers de moindre qualité issus de titrisation. La pseudo liquidité retrouvée sur ces titres apporte une bouffée d’oxygène aux banques et permet d’imaginer que le marché de la titrisation va retrouver une petite liquidité. Le deuxième point concerne les nouvelles provisions passées par les banques qui commencent sérieusement à s’accumuler, et font penser aux intervenants que l’expansion de cette addition salée devrait temporairement se calmer.


Et puis…, il y a cette levée de capitaux réalisée par la banque Lehman Brother, que le marché avait identifiée comme la prochaine cible dans la lignée de l’affaire Bear Stearns, et qui l’écarte à court terme des griffes de ses prédateurs. En effet, Lehman vient de réaliser une levée de capitaux de 4 milliards de dollars pour un besoin avéré de 3 milliards. Ces fonds propres sont donc consolidés sur le court terme. Les aléas bancaires paraissant dans l’immédiat encadrés, les marchés peuvent donc revenir à leur business. Ils reviennent donc sur les tableurs afin de les actualiser et là, que constatent-ils ? Les marchés offrent (d’après les bénéfices escomptés) une marge d’appréciation. En effet, les analystes estiment que sur l’exercice 2008, nous devrions assister à une décroissance des bénéfices de l’ordre de 12% et comparé à une prime de risque de 3.5% (ce qui est leur hypothèse de long terme), cela leur donne un potentiel de hausse de l’ordre de 10%. À la vue de ces éléments, les Hedges Funds se trouvent pris au dépourvu. Ils avaient soldé en masse les positions hasardeuses qu’ils détenaient sur le compartiment de la titrisation et s’étaient retrouvés face à une petite fortune liquide. Devant la déferlante de mauvaises nouvelles sur le secteur bancaire, ces Hedges Funds avaient décidé de prendre des paris baissiers en bourse et plus spécifiquement sur les banques. Mais, devant ce revirement de situation en leur défaveur, ils ont tout simplement décidé de racheter leur position, servant de catalyseurs à la hausse impressionnante entourant les titres bancaires. Et c’est ainsi, très curieusement, que nous nous retrouvons face à un marché actions haussier, mais avec des volumes boursiers qui n’accompagnent pas la hausse, bien au contraire, ils se contractent. Cela revient à dire que la hausse des marchés se réalise depuis quinze jours, non pas au travers d’apports de capitaux, mais au travers d’un retrait de cash. La hausse des marchés actions ne semble pas s’accompagner dans l’immédiat, et à la vue de ces éléments, d’une grande conviction de la part des intervenants.


Après tout, comment cela pourrait-il en être autrement. L’économie américaine vient de détruite 80 000 emplois, son pire score depuis 2 ans. Le grand thème du moment autour duquel les économistes dissertent est de savoir dans laquelle des trois «flations» nous nous trouvons : inflation, stagflation, déflation. Il se pourrait bien que nous les traversions toutes. En effet, elles sont toutes présentes en fonction des zones géographiques ou des secteurs concernés. La grande menace déflationniste vers laquelle bon nombre d’économistes portent leurs craintes, n’est pas dans l’immédiat présente ni avérée. Elle se camoufle pour l’instant derrière une hausse des prix engendrée par la hausse des matières premières, qui s’apparente à une inflation, mais qui en réalité, en est très loin. Au sens économique du terme, une inflation représente l’expansion d’une masse monétaire notamment engendrée par la consommation de crédit. Nous sommes face à l’inverse, le crédit crunch est une réalité, et nous sommes dans une période de déstructurations d’actifs. Cette hausse des prix enlève du pouvoir d’achat et entraîne une véritable récession de la consommation. Des voix s’élèvent partout pour indiquer que face à l’ampleur de la crise que nous traversons, les banques centrales n’y arriveront pas seules. Il faut que les actionnaires et les gouvernements mettent la main à la poche. Il paraît évident que les faillites personnelles aux États-Unis vont enregistrer un bon spectaculaire. Cela revient à dire que des créances personnelles vont être redirigées vers des institutions financières déjà en difficulté, qui elles-mêmes vont demander le secours de l’état. Cela signifie que l’état va être au bout du compte le prêteur en dernier recours, mais également l’emprunteur. Il agira en renflouement des ménages et des institutions financières, en recourant à de plus grands déficits budgétaires permettant à ceux du secteur privé de diminuer. C’est ainsi que le Japon a vu ses déficits publics passer de 70% du PIB en 1990 à 180% à la fin de l’année dernière. Quelle solution peut s’offrir à un état endetté à ce point ?


Il est probable qu’il organise le défaut de paiement en masse connu sous le nom d’inflation. En détruisant le pouvoir d’achat de l’argent, le gouvernement peut mettre en œuvre une réduction rapide de l’endettement dans l’économie. La grande question du moment semble donc être une affaire de timing, en commençant par valider laquelle de ces trois «flations» va réellement s’installer. Comment dites-vous…? La bourse dans tout ça…? Vous avez une autre question ? À suivre…


© photos : Marc Wieland

Pascal Faccendini