Fév / 08

L’inflation en 2022

By / Pascal Faccendini /

Pour les prochains mois, elle va rester un sujet central : de plus en plus, l’inflation s’installe dans le paysage économique et affecte les marchés financiers. Les derniers chiffres de l’emploi américain ne vont rien arranger, et pas davantage les derniers propos de la BCE. Et si l’on élargit le spectre de l’analyse économique, on se rend compte que quelque chose ne va pas. C’est un peu comme s’il y avait une erreur de casting sur l’inflation et les hausses de taux anticipées.


Inflation conjoncturelle ou structurelle ?

Nous sommes ici au cœur du débat. L’inflation est-elle conjoncturelle ou structurelle ? Ou si vous préférez, est-elle temporaire ou durable ? Notre position sur le sujet est très claire : l’inflation va rester légèrement supérieure à ce qu’elle était jusqu’à présent. Après un pic, elle va redescendre pour s’établir durablement entre 2 et 4 %. Nous évoquons ici l’inflation américaine car pour l’Europe, les perspectives sont pour le moment beaucoup plus encadrées.

Les économistes ont bien déterminé les différentes composantes qui engendrent cette inflation. Dès que les perturbations mondiales d’approvisionnement seront dissipées (ce qui commence à apparaître), nous devrions observer une décélération des prix. Mais en même temps, des difficultés de recrutement vont maintenir une poussée des salaires vers le haut. Nous nous trouvons donc en présence d’éléments à la fois conjoncturels et structurels.


Mais s’il date seulement de quelques mois, ce scénario commence à être remis en cause. En effet, bon nombre de paramètres évoluent comme si l’économie américaine était déjà à bout de souffle, comme si un air de récession commençait déjà à planer au-dessus de Wall Street ! L’enjeu de cette vision est bien sûr considérable pour les anticipations économiques et l’allocation des portefeuilles.


Choc d’offre ou de demande ?

Pour bien comprendre dans quel schéma nous nous trouvons, il faut se demander d’où vient cette hausse des prix. D’un choc d’offre ou de demande ? L’un est diamétralement opposé à l’autre et ils n’engendrent pas du tout les mêmes réponses. Pour situer l’ampleur du débat autour de ces questions, on doit rappeler que les plans de relance Biden sont pour le moment dans une impasse. En effet, pourquoi ajouter 1 200 milliards de dollars dans une économie déjà en surchauffe ? En revanche, si un air de récession commence à apparaître, alors ces 1 200 milliards seraient les bienvenus. La tournure que prendraient les débats économiques et politiques entre républicains et démocrates serait également très différente.


Dans l’immédiat, le constat est « quasiment » sans appel. Tout « ou presque tout » démontre que la hausse des prix provient d’un choc d’offre et non d’un choc positif de demande. Cela revient à dire que plus la FED va remonter les taux et plus elle va affaiblir le malade !

Les innombrables faiblesses de l’économie américaine pèsent déjà très lourd sur les statistiques US (nous retrouvons les niveaux d’avant Covid-2019, mais légèrement plus faibles). Même les chiffres de créations d’emplois, pourtant très positifs, sont bien récessifs. Ils s’accompagnent d’une hausse des salaires (les entreprises ont du mal à recruter, notamment à cause d’une baisse des ratios de participation au travail) que beaucoup d’entreprises ne pourront répercuter sur leurs prix de vente.

Pour absorber cette hausse des salaires, il faudrait que la productivité progresse encore pour atteindre des niveaux difficiles à tenir sur du moyen terme. Par conséquent, il y a une très grosse présomption d’erreur de casting sur l’inflation !


Quel impact sur les marchés ?

Les notions que nous évoquons ici sont essentielles. En fonction des anticipations des économistes et des analystes de marchés, des capitaux vont être dirigés dans des directions totalement opposées. Mais avant de préciser ce point, on est en droit de se demander pourquoi la Réserve fédérale américaine agit ainsi, c’est-à-dire en voulant absolument monter les taux. Elle a pourtant les mêmes statistiques et fait la même lecture que les analystes. Serait-elle en train de commettre une erreur d’interprétation des données économiques ?

C’est peu probable. Son rôle est de fixer des limites, de donner le ton, et si possible d’influencer les marchés dans leur anticipation de politique monétaire. Elle essaie tout simplement de contenir les anticipations sur la hausse des prix et la hausse des taux attendues.

Nous sommes donc face à des intervenants qui, eux, sont peut-être allés un peu trop vite un peu trop loin ! C’est ce dernier point que la FED cherche à contenir et à corriger. Les intervenants anticipent trop d’inflation par rapport à « la réalité du terrain ». L’impact sur les marchés est capital !

En effet, les marchés ont totalement délaissé les valeurs de croissances (trop consommatrices de cash) pour se réfugier sur des valeurs dites de qualité : « la value ». Devront-ils réviser leurs allocations ? Mais cela signifie également que les plans de relance vont retrouver tout leur intérêt. Les valeurs qui devraient en bénéficier et qui ont été pour certaines « massacrées » pourraient retrouver tout leur attrait.


Comme nous le voyons, la volatilité présente sur les marchés en ce début d’année pourrait fort bien persister encore un moment. Il est probable que les anticipations d’inflation soient prochainement totalement remises en cause et influencent considérablement la vision des marchés. Les points bas sur les valeurs de croissances sont proches et vont peut-être provoquer un arbitrage de la « value » vers la « croissance ». Nous reviendrons bientôt sur ce point. À suivre…

© photos : Yeshi Kangrang

Pascal Faccendini