Jan / 21

Récession américaine.

By / Pascal Faccendini /

Plombées par le poids négatif des statistiques économiques américaines, les places boursières ont dévissé. Au-delà d’une réalité statistique, une question se pose : L’Amérique va-t’elle rentrer en récession ?

Le grand débat économique du moment, auquel vous n’avez pu échapper tellement il est omniprésent dans les médias, est de savoir si l’économie américaine va rentrer en récession ou non ? Techniquement, une récession est constatée au travers de deux trimestres consécutifs d’une contraction du PIB. Autre point technique, un organisme américain sera chargé de déterminer si l’économie américaine est bel et bien rentrée en récession, mais ne le communiquera officiellement que dans deux ans…!!

L’autre point plus essentiel se camouflant derrière ces notions de récession est de pouvoir déterminer si l’économie américaine va se contracter temporairement et repartir sous quelques mois, ou si elle va devenir récessive plus longtemps et plus profondément, au risque d’entraîner dans son sillage les autres économies. Pour répondre à cette question, il faut plonger dans une espèce de marmite bouillonnante, au sein de laquelle sont plongés des experts de tout poil, cherchant à communiquer le plus fort possible pour bien se faire entendre, et où règne une sorte de cacophonie étonnante. Nous sommes actuellement en période de communication des résultats des entreprises pour le T 4 2007. Des entreprises communiquant des résultats sur l’année 2007 supérieurs aux attentes, et disposant de perspectives sur 2008 favorables se font malgré tout «massacrer». Elles sont obligées de déployer des trésors de communication pour expliquer aux marchés que les perspectives sont excellentes. Mais le stress épidermique des analystes vis-à-vis d’un éventuel ralentissement américain provoque malgré tout des dégagements massifs. Le dialogue entre les entreprises, les analystes, les économistes et les marchés ne se fait plus, c’est inaudible, c’est un véritable dialogue de sourds.

Qui a tord ? Qui a raison ? L’entreprise face à son marché ou l’analyste face à sa frayeur épidermique du ralentissement économique ? La réponse à cette question en milliards de dollars a toutes les chances d’être asiatique et plus précisément Chinoise. Encore eux ! Allez vous me dire ? Oh oui, et vraisemblablement encore plus demain. Tout d’abord, car tant que leur économie et leurs places boursières tiennent, toutes les chances de reprise rapide des marchés et du redémarrage américain seront présentes. Ensuite, car la roue du capitalisme est en train de tourner très rapidement. Comment imaginer que les capitaux souverains volant au secours des banques totalement asphyxiées par le poids des provisions, qui ne sont d’ailleurs peut être pas toutes encore annoncées, et qui acceptent pour le moment d’investir sans droit de vote, ne demanderont pas demain à se faire entendre ?

Car la réalité du nouveau rapport de force économique est édifiant : les pays émergeants (en globalité) représentent 30% de l’économie mondiale mais surtout 50% de sa croissance. Ils représentent également 4/5 de l’accroissement de la demande en pétrole, 50% de la consommation d’énergie, 45% des exportations mondiales, et cerise sur le gâteau économique, 75% des réserves de changes ! Leurs places boursières pèsent 20% de la capitalisation boursière mondiale. Ils ne peuvent plus être ignorés. Durant toutes ces années d’expansion de la mondialisation, nous avons tout bonnement vidé une poche au profit d’une autre. Cela revient à dire que le problème que nous vivons actuellement n’est pas lié à la croissance de l’économie américaine, mais plus fondamentalement ou tragiquement, à son système de financement !

Durant des années (sous l’ère d’Allan Greenspan), le crédit, sous toutes ses formes et notamment celle de la titrisation, a financé la croissance. Cette industrie vient de s’effondrer avec le «Subprime». Plus personne ne veut en entendre parler. Par conséquent, qui maintenant peut financer la première économie du monde ? Ceux qui l’ont déjà fait depuis de nombreuses années, ceux qui possèdent les réserves de changes. Par conséquent, qu’est ce que les Etats-Unis sont prêts à mettre en face de ces apports de capitaux et de ces nouveaux financements ? La réponse à cette question représente vraisemblablement la sortie de crise dans laquelle se trouvent les marchés financiers et l’économie américaine. Il est à souhaiter que le dialogue de sourds présent également sur ce dossier épineux se dissipe rapidement. Il paraît probable que les américains soient dans l’obligation de mettre «un peu d’eau dans leur vin» afin de trouver une solution rapide, de par l’importance du dossier qui émerge en pleine campagne électorale. Par conséquent, les marchés repartiront lorsqu’ils auront une réponse claire. Ce n’est malheureusement pas l’annonce faite en grande pompe par la Maison Blanche concernant une aide budgétaire que les marchés attendent. Cette «piqûre dans le bras», comme la qualifie lui-même G. W Bush, a toutes les chances d’être considérée comme homéopathique. Il semblerait que la médecine Chinoise soit peut être un peu plus à l’ordre du jour… A suivre.

© photos : Sasha Stories

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini