Mai / 13

Récession, la grande peur du moment

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Les places boursières sont entrées dans une spirale négative et à première vue, on se demande vraiment comment elles vont pouvoir en sortir. L’inflation se stabilise sur des niveaux importants, et l’évolution des prix à la consommation commence à freiner les croissances économiques. Après une stagflation, voilà qu’une récession est maintenant envisagée par les marchés. Même si cette récession ne peut être totalement écartée, elle ne représente pas le scénario le plus probable. Nos investissements sont-ils en danger ?


Les inquiétudes semblent légitimes

Ce questionnement autour d’une éventuelle récession n’est pas apparu par hasard. Il est inutile de chercher bien longtemps pour trouver de nombreux arguments allant dans le sens de cette potentielle croissance négative.


Guerre en Ukraine et énergie russe

Dès le lancement des hostilités en Ukraine, le monde financier a estimé que nous étions partis dans une guerre « éclair ». Cette idée a fait long feu, et nous voilà désormais plongés dans un conflit qui va durer. Son potentiel de déstabilisation de la scène géopolitique et économique est immense. À lui seul, ce conflit pourrait provoquer la récession que tout le monde redoute. Le Kremlin détient en effet les armes de destruction massive de nos économies – c’est-à-dire son pétrole et son gaz, dont le monde entier redoute les conséquences d’une rupture d’approvisionnements en Europe. Si ce risque est effectivement important, il est en réalité peu probable. En effet, côté russe les besoins de rentrées de devises sont vitaux, et côté européen, il va être très compliqué d’appliquer les sanctions souhaitées par l’Europe concernant l’arrêt d’approvisionnements. Plusieurs pays, à l’image de la Hongrie, s’y opposent formellement. Les négociations vont être très longues avant d’aboutir à une éventuelle décision. Par conséquent, le risque récessif existe mais reste limité.


Hausse des matières premières

La crise ukrainienne a contribué à faire monter les prix des matières premières (l’énergie et les céréales). Cette hausse participe inévitablement à la fragilisation de nombreuses économies, notamment européennes.

Nos économies sont également victimes de difficultés de réapprovisionnements dans tous les domaines, ce qui amplifie la hausse des prix. L’offre ne peut répondre à la demande et alimente la progression des prix de nombreux biens. Des ruptures d’approvisionnement sur certains composants bloquent des sites de productions. Des commandes sont annulées ou ne sont pas actées. Là encore, le potentiel récessif est très clair.


Reprise américaine et pénurie d’emplois

Le cas américain est particulier. La reprise est très forte, tellement forte que les entreprises n’arrivent pas à recruter le personnel nécessaire à leur développement. La seule possibilité consiste à augmenter les salaires, parfois très fortement dans certains secteurs. Se pose alors à l’entreprise la problématique du prix de vente. A-t-elle le « pricing power » nécessaire pour faire passer auprès de ses clients ces hausses de prix ? Si l’entreprise peut le faire, tout va bien ; si ce n’est pas le cas, elle est face à des difficultés.


Inversion et aplatissement de la courbe des taux américaine

Les anticipations d’inflation ont provoqué une inversion de la courbe des taux. C’est-à-dire que les obligations d’États américains offrent plus de rendement sur les emprunts d’État à 2 ans qu’à 10 ans. Normalement c’est l’inverse, puisque l’on prend plus de risque sur une échéance à 10 ans qu’à 2 ans. Ce constat n’est pas rare. C’est un signal ou « un indicateur avancé » (prédictif) d’un éventuel ralentissement à venir, ou d’une récession. La réalité de ce signal est plus discutable aujourd’hui, notamment pour la zone euro. En effet, les perturbations monétaires amenées par les nombreuses injections perturbent la lecture de cet « indicateur », bien qu’il soit négatif.


Covid en Chine

Le développement du variant omicron en Chine est un vrai problème, non seulement pour les populations locales contraintes à un confinement très sévère, mais également pour l’approvisionnement de nos économies. C’est un paramètre très important qui, si les confinements drastiques devaient se prolonger, pourrait nous faire basculer dans une décroissance réelle.

La Chine ralentit dangereusement (sous le niveau objectif de 5,5 % pour 2022). Il est admis que sous un niveau de croissance de 4-4,5 % la Chine n’arrive plus à intégrer socialement sa population et risque de possibles émeutes. Ce manque de croissance chinoise se répercute sur l’économie mondiale, notamment par le blocage de la « supply chain ». Une masse importante de containers sont bloqués dans différents ports.


Comme nous pouvons l’observer, une vision récessive est possible. Il est par conséquent normal que les marchés la prennent en compte. Mais le monde dans lequel nous avons basculé nous impose des réalités qui, fort heureusement, nous éloignent de cette récession.


Un contexte boursier attractif

Le Covid et la guerre en Ukraine ont largement chamboulé nos économies et nos sociétés en les faisant basculer dans un désordre inédit. Le monde « post »-Covid ou « post »-guerre en Ukraine nous projette dans de nouvelles réalités, qui révèlent nos innombrables manquements, que nous devons maintenant (et par obligation) combler.

Tout ceci nous conduit vers une certitude ! Pour combler ces manques et réparer nos erreurs du passé, nous allons devoir investir ! Oui, investir tout simplement ! Nos États, nos entreprises et nous-mêmes allons tous devoir investir. Mais pensez-vous que nous pourrons aisément le faire avec des taux d’intérêts élevés ? Pensez-vous que nos États vont pouvoir émettre des obligations adossées à des taux d’intérêts élevés faisant exploser la charge de la dette des États ?

Ce contexte provoque le « phénomène » d’économie de guerre dans lequel nous avons basculé, et dans lequel nous devrions rester un bon moment.

Une situation monétaire accommodante

Face à l’envolée des prix, les banques centrales vont monter leurs taux d’intérêts, mais très en dessous de ce qu’elles devraient faire pour juguler l’inflation. Si l’inflation américaine se situe à un niveau de 8 %, il faudrait alors que les taux remontent au-dessus de cette inflation, c’est-à-dire à 10 %, ce qui est totalement inenvisageable. Nous pouvons considérer que la position monétaire des banques centrales va rester accommodante. Dans le cadre des investissements colossaux que les États s’apprêtent à entreprendre, c’est en quelque sorte leurs « efforts de guerres ». Donc les taux d’intérêt vont raisonnablement monter, et après avoir atteint un pic, l’inflation devrait baisser pour se positionner sur un niveau autour de 4 % (ce que souhaitent obtenir les banques centrales).


Des besoins d’investissements colossaux

Nos besoins d’investissements étaient déjà très significatifs avant la guerre en Ukraine (par exemple le Green Deal européen), mais sont, depuis, très largement revus à la hausse. Ils regroupent notamment nos nouveaux besoins militaires et d’armements, notre indépendance énergétique, les infrastructures, et la nécessité de ramener l’appareil de production « stratégique » sur notre sol. Sur ces quelques exemples, les compteurs ont déjà explosé pour de nombreuses années.


Des indices boursiers sous-valorisés

Sur la dernière « campagne » de parution de résultats qui est en train de s’achever, plus de 80 % des entreprises cotées ont communiqué des résultats financiers supérieurs aux attentes, pendant que les indices boursiers continuent de baisser. La situation actuelle est quasiment historique. Rarement nous avons eu un écart aussi important entre le niveau des indices boursiers et les perspectives de résultats des entreprises.

Le niveau actuel des indices boursiers prend en compte une chute de 25 % des résultats sur les prochains 12 à 18 mois ! C’est beaucoup trop, alors même que le consensus ne prend pas en compte un scénario de récession.


Nos investissements sont-ils en danger ?

Même si elle est peu probable, on ne peut totalement écarter une récession. La croissance mondiale a bien sûr été revue à la baisse sur un consensus autour de 3,5 %, avec 3,1 % pour les États-Unis et 2,8 % pour l’Europe. Ce qui nous plongera ou pas dans une récession sera amené par des arbitrages politiques. (guerre en Ukraine, importation européenne de l’énergie russe, décision chinoise sur sa politique zéro Covid, etc.). Nous pouvons à ce stade évoquer des probabilités, qui s’avèrent pour le moment plutôt faibles.

Par conséquent, des valeurs de grande qualité, présentant des perspectives fortement rassurantes nous tendent les bras. Il serait judicieux de commencer à s’y intéresser.


Photo : Annie Spratt

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