Sep / 02

Talibans en Afghanistan : quelle place pour la Chine à l’heure du retrait étasunien

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La prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan a été un véritable choc, avec d’immenses conséquences humaines, sociales, politiques et économiques. Il est indéniable que cette crise a eu un impact sur l’équilibre des puissances à l’international, notamment du fait du retrait étatsunien. La Chine – grande rivale des États-Unis – peut-elle tirer avantage de cette situation, qui affaiblit l’image de Washington ? A-t-elle les moyens de développer ses positions dans ce conflit ? Quid de la Russie ? Et enfin, quelles conséquences pour les autres puissances occidentales si elles ne parviennent pas à négocier avec le régime de Kaboul ?


Le retrait historique des États-Unis, une aubaine pour Pékin

La décision des États-Unis de se retirer d’Afghanistan, datée du mois de février 2020 et marque un tournant historique.

À la fois, au niveau du soft power américain, le “retrait” est vécu et perçu comme une défaite. Mais également, pour les Afghans, qui se retrouvent sous le joug des Talibans, sans aide extérieure.


Plus largement, il semblerait que ce soit toute la tradition de l’interventionnisme occidental qui est remise en cause. Allons-nous rentrer dans la logique d’un multilatéralisme notamment évoqué par Emmanuel Macron ?

Le personnage de Joe Biden face à la guerre en Afghanistan

Pour comprendre la décision américaine, qui est d’ailleurs approuvée par la majorité des Américains, il faut se plonger dans l’histoire.


Joe Biden, à plus de 70 ans, est un homme pétri de l’histoire militaire américaine. De ses victoires, comme de ses défaites. Il n’a pas l’intention d’enliser les États-Unis dans un bourbier semblable à celui du Vietnam ou de l’Iran. La puissance américaine n’en a pas les moyens, en particulier en 2021, où la reprise économique post-Covid tarde à se concrétiser.

La fin de l’interventionnisme occidental ?

Si la décision étasunienne peut se comprendre d’un point de vue rationnel, signe-t-elle la fin de l’interventionnisme occidental – notamment via l’OTAN ou l’ONU ?

C’est ce que peuvent laisser penser les discours entendus ces derniers jours, notamment celui d’Emmanuel Macron. En effet, le président français prône un multilatéralisme, signifiant que la façon dont l’occident a imposé ses valeurs est révolue.

Les dirigeants politiques occidentaux affirment que la crise en Afghanistan ne marque pas la fin de “l’universalisme des valeurs” devant se diffuser à travers le monde (démocratie, égalité, liberté…). Il s’agirait seulement de ne plus imposer ces valeurs par la force, soit avec une présence militaire armée sur place.


Toujours est-il que l’Afghanistan s’offre aux yeux de tous comme un parfait exemple de l’inefficacité de la coalition internationale et de ses tentatives interventionnistes (Capital).

Les États-Unis n’ont pas réussi à mettre en place un gouvernement respecté dans le pays et l’ONU, si elle maintient sa présence humanitaire, ne fait que réparer les dégâts causés par les talibans qu’elle a laissés s’installer malgré elle.


En prime, un climat économique mondial extrêmement instable

Si l’on sort des préoccupations géopolitiques et humanitaires, le constat est sans appel. L’économie mondiale est sens dessus dessous. D’abord mise à mal par la Covid-19 et ses différents variants, le conflit afghan vient ajouter encore plus d’incertitude sur les marchés.


L’impact sur l’économie américaine est réel, avec notamment un recul de l’indice d’activité de la FED de New York (l’Empire State Manufacturing) ces derniers jours.

Les indices boursiers mondiaux sont très hauts et restent dans l’expectative concernant les futures décisions de politique monétaire de la FED. En effet, la réserve fédérale américaine souhaite réduire le rythme de ses achats d’actifs mensuels très prochainement.


Ainsi, au moment où l’économie mondiale a le plus besoin d’investissements pour enclencher des dynamiques de relance durables, l’incertitude sur les marchés est à son paroxysme.

Et tout porte à croire que la situation risque de durer en Afghanistan, à moins que la Chine – ou la Russie – ne parviennent à changer la donne.


Par conséquent le « bourbier » afghan tombe au plus mauvais moment, apporte de l’incertitude sur les marchés et fait le jeu de la chine et la Russie au détriment des États-Unis.


Pourquoi l’Afghanistan intéresse la Chine : ressources et projets d’envergure

Le retrait des États-Unis fait les affaires de la Chine, comme en témoigne ce titre du journal du Parti, le Global Times :  « La rapide victoire talibane porte un coup à l’arrogance des États-Unis ».


Depuis de nombreuses années, la Chine ne cesse de progresser et de s’affirmer comme une puissance majeure, qui attire les investisseurs du monde entier. Dans cette dynamique, le retrait étasunien peut permettre à Pékin de renforcer son vaste projet de nouvelles routes de la soie, auquel l’Afghanistan s’est rallié il y a 5 ans.


De plus, l’Afghanistan possède l’une des plus grosses réserves de lithium de la planète. Dire que les Chinois la convoitent est un euphémisme : en effet, ils sont les premiers producteurs mondiaux de voitures électriques.


L’Afghanistan est l’une des nations les plus pauvres du monde, largement dépendante de l’aide au développement internationale. Les investissements et éventuels prêts chinois seraient donc extrêmement bienvenus pour un pays qui ne peut actuellement financer que la moitié de ses dépenses.


Mais, tout n’est pas si simple.


Des obstacles conséquents à un partenariat entre la Chine et les talibans en Afghanistan

La Chine reste pour l’instant prudente. Ce, pour deux raisons : la menace de l’instabilité sur son territoire et son manque d’expérience en matière d’ingérence.

La menace du terrorisme et de l’instabilité

La frontière sino-afghane sépare désormais le régime islamiste des talibans de la région de Xinjiang. Région où les Chinois mènent une politique de répression envers les Ouïghours, majoritairement musulmans.


Avec un million de Ouïghours aux portes de l’Afghanistan et un régime islamiste en construction, Pékin craint des infiltrations de djihadistes et militants sur son territoire. Et s’il y a bien quelque chose que la Chine ne tolère pas, c’est l’instabilité et le trouble à l’ordre public.


Les mêmes craintes animent la Russie, d’où des troupes russes gardant la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan nuit et jour. La Russie, elle, a su anticiper la victoire des Talibans, et établir des relations durables avec eux. Elle reste cependant méfiante et souhaite par-dessus tout éviter la diffusion d’un jihadisme transnational, en cantonnant les talibans au territoire afghan.

Un manque d’expérience sur le terrain

En outre, la Chine manque d’expérience et ne peut s’engager dans une région instable. Elle a d’ailleurs déjà essuyé de petits échecs en Afghanistan. Ce fut le cas en 2007, en obtenant la concession d’une mine de cuivre qu’elle n’a jamais pu exploiter par manque de sécurité.

Pour l’instant, la Chine attend patiemment que les talibans stabilisent Kaboul et  la Russie observe sans véritablement agir. Quant aux États-Unis, ils sont disqualifiés. Dans ce contexte, qui peut et pourra empêcher l’Afghanistan de devenir un haut lieu du terrorisme islamiste international ?


Les yeux du monde entier – y compris les nôtres – sont plus que jamais tournés vers l’Afghanistan… À suivre…


© photos : Mohammad Rahmani

Categories : Economie, H, Marché financier
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