Jan / 28

Thriller financier hollywoodien.

By / Pascal Faccendini /

A l’issue d’une semaine «historique», les marchés financiers restent frappés de stupeur. Le thriller financier hollywoodien que l’on vient de nous jouer n’est malheureusement pas achevé. Pour les marchés, les institutions financières mais surtout les épargnants, l’intrigue reste à son comble. À n’en point douter, le dernier acte n’est pas encore joué…

L’affaire Société Générale s’est répandue sur la planète, et partout les mêmes questions sont posées : mais que s’est-il passé ? Comment une telle chose a pu arriver ? Car il faut bien le dire, personne dans les salles de marchés ne croit vraiment aux explications fournies par la Société Générale. Les opérateurs ont repris le fil de l’histoire et sont ébahis devant une succession de faits. Le tout premier, qui est inexplicable, est que pour occasionner une telle perte, il aurait fallu que le trader mis en cause accumule des positions sur les marchés pour un montant de l’ordre de 40 à 60 milliards d’Euros ! Soit des proportions équivalentes au déficit budgétaire de la France !

Il aurait fallu qu’il camoufle dans l’informatique de la banque, c’est-à-dire le back-office, le middle-office et toute la chaîne de reporting, pourtant très présente, ces montants durant plusieurs mois ? Tout ceci paraît invraisemblable. Une autre histoire, un autre scénario paraît plus plausible. Il se diffuse «sous le manteau», de par l’enquête ouverte, et nous allons, quant à nous, nous réfugier derrière des articles de presse, et notamment ceux du Canard Enchaîné, afin d’exposer le problème de fond se camouflant derrière cette bombe financière qui vient d’exploser. Un tout nouveau problème est apparu récemment sur les marchés financiers, et plus précisément dans l’industrie de la titrisation. Les structures de titrisation sont portées par des véhicules ad hoc (à l’image de fonds d’investissements), qui sont eux-mêmes assurés ou garantis par une forme d’assurance fournie par ce que l’on appelle les «rehausseurs» ou «monolines». Dès l’instant où ces entités sont présentes et sont surtout financièrement fiables, elles protégent les comptes des banques au travers desquelles les titrisations ont été émises. Le problème est que si ces rehausseurs ne sont plus en mesure d’assurer les structures de titrisations, les pertes occasionnées par ces structures vont devoir remonter dans la comptabilité des banques.

Or, depuis une dizaine de jours, des rehausseurs de tout premier plan sont apparus comme potentiellement défaillants (la société Ambac, le groupe SCA….etc), et ont vu leur rating obligataire dégradé par les agences de notations. Ces dégradations équivalent au fait qu’ils ne peuvent plus assurer les structures de titrisations et obligent par conséquent à faire porter les pertes dans les comptes des banques. Or, le titre Société Générale a subi une forte baisse sur la fin de séance du vendredi 18 janvier, peu après que les inquiétudes sur les rehausseurs apparaissent. Le journal Les Echos (du 21/01/08) expose que des suspicions sont présentes autour de la Société Générale, car aucune provision particulière n’a été enregistrée dans les comptes de la banque en dépit d’une exposition de cinq milliards d’euros sur un portefeuille de CDO adossé à des créances (residential US) !!!!! Le Canard Enchaîné faisait état à son tour, le 23/01/08, que la «Société Générale serait la plus atteinte car elle aurait commis l’erreur d’assurer la plupart de ses crédits à risques auprès d’un seul établissement américain, aujourd’hui en grandes difficultés» !

Par conséquent, et à la lumière de ces éléments, un trouble est plus que jamais présent. Mais alors, que vient faire ce jeune trader au milieu ? Et puis, la séance boursière du 21 janvier, le fameux lundi noir, durant lequel la banque aurait liquidé le portefeuille accumulé par le trader, ce qui aux yeux de certains aurait contribué à la débâcle boursière, -6.83% en clôture pour le CAC 40 ; ils ont bien liquidé des titres accumulés. C’est donc qu’ils existaient … ? Et puis, il y a cette baisse des taux stupéfiante, réalisée par la FED en catastrophe le mardi 22/01/08, à une semaine de son comité monétaire. L’édition de Challenges du 25/01/08 se demande si la FED n’aurait pas été piégée à son tour par la Société Générale ? Des sources, sous couvert d’anonymat, auraient déclaré au magazine que la FED ne disposait d’aucune information particulière ? Qu’elle serait «tombée dans le panneau» ? C’est vertigineux.

Tout ceci donne l’impression qu’un mur de dettes ayant servi à financer l’expansion de nos économies et en train de se fissurer de toutes parts. Il semble préférable de mettre en avant un trader fou, qui a fraudé, et qui donc sera puni (l’enquête est en cours), plutôt que de présenter les fondations de nos économies en perte de solvabilité. Il y a franchement de quoi être inquiet. Et bien, au risque de vous surprendre, ne le soyez pas trop. Ce qui se déroule sous nos yeux «ébahis» n’est pas la fin du capitalisme ou une débâcle financière, ou dieu sait quoi. Mais simplement un chamboulement profond des rapports de force. Car, pendant ce temps et l’air de rien, Tata Motors est en train de racheter les emblématiques marques Rover ou Jaguar. L’assureur Chinois Ping An, qui est déjà au capital de Fortis, à hauteur de 4.2% en tant que premier actionnaire (et dispose d’un siège au conseil), envisage d’investir près de 10 milliards d’euros supplémentaires chez Prudential, soit 40% de sa capitalisation boursière. Les bruits de couloirs boursiers évoquent une autre cible potentielle, en l’occurrence Aviva. La roue du capitalisme est en train de tourner et provoque une «destruction créatrice» gigantesque, en causant inévitablement des dommages «collatéraux», ici ou là. Les troubles boursiers ou économiques ne semblent donc pas encore terminés. Ah…, qu’il semble loin le temps où certains de nos Ministres voulaient encore leur apprendre la «Grammaire des affaires». Il ne s’est pourtant écoulé que deux ans depuis! Qu’en sera-t-il dans cinq ans ? C’est bien Messieurs les politiques, vous avez vraiment bien travaillé… A suivre.

© photos : Malte Schimdt

Categories : Marché financier
Pascal Faccendini