Mar / 29

Ukraine, comment investir dans une économie de guerre ?

By / Pascal Faccendini /

Après avoir fortement baissé, les indices boursiers ont enregistré un très fort rebond. Les marchés sont en pleine complaisance ! Le simple fait que des Russes et des Ukrainiens se mettent autour d’une table dans un simulacre de négociations engendre un espoir et fait monter les places boursières. Les marchés commencent à comprendre cette complaisance et se préparent à un conflit qui va durer. Nous sommes entrés dans une « économie de guerre ». Comment devons-nous organiser nos investissements ?


Inflation et remontée des taux : la FED va rester très accommodante

La guerre en Ukraine provoque une instabilité des prix et alimente une forte évolution de l’inflation. La hausse des prix se diffuse et impose des hausses de taux. Par conséquent, la Réserve fédérale américaine prépare plusieurs hausses de taux dans le but de contrer les anticipations d’inflation. Son action est pour le moment stérile et pousse les marchés à en vouloir plus. La banque centrale est donc obligée de renforcer son discours, ce qui représente un risque pour la croissance et les marchés.


Face à ce constat, il y a des éléments positifs et négatifs. Le négatif se situe notamment sur les pressions que vont imposer ces hausses des taux sur l’immobilier américain, dont les prix ont fortement évolué. Ce durcissement monétaire va impacter très directement les taux hypothécaires dont on peut observer la progression, et qui représente un risque important pour la croissance US. En effet, l’immobilier est, d’une façon ou d’une autre, toujours derrière les grands retournements cycliques américains. Ce constat impose à la FED un pilotage très fin de sa communication et de son action sur la courbe des taux.


Pour le positif, on peut affirmer sans se tromper que la FED va rester accommodante, mais vraiment très accommodante !

En effet, pour contrer efficacement l’inflation estimée autour de 8,5 % sur 2022, il faudrait que les taux d’intérêt remontent au-dessus du niveau d’inflation, c’est-à-dire entre 10 et 12 % ! Or le discours de Jerome Powell insiste sur le côté très agressif de son action pour ramener les taux sur une base de 2,7 à 2,8 %… soit très en deçà des 8,5 % d’inflation ! L’institution monétaire américaine est dans la totale incapacité de contrer efficacement la hausse des prix car pour le faire efficacement, il faudrait qu’elle plonge l’économie américaine dans une récession d’au moins deux ans !

Par conséquent, la machine économique américaine va légèrement décélérer, l’immobilier va sûrement se retrouver sous contrainte, mais la hausse des prix aux États-Unis va se poursuivre sans trop affecter la croissance.


Nous sommes entrés dans une économie de guerre

Face au contexte ambiant, nos économies entrent dans ce que l’on pourrait qualifier une « économie de guerre ». Nous pouvons définir son paramétrage de la façon suivante :

Une très forte dépense publique

Ces dépenses publiques répondent à nos besoins militaires mais également au soutien des entreprises et des ménages, qui seront vraisemblablement soumis à de nombreuses contraintes.

Une rareté sur les matières premières

Les contraintes d’approvisionnements des matières premières (énergie, métaux, produits agricoles) engendrent une forte évolution de l’inflation.

Les taux d’intérêt restent bas

Les banques centrales devraient choisir de soutenir « l’effort de guerre » en maintenant des taux d’intérêt bas et vont donc choisir de laisser filer l’inflation.

Cette position accommodante va soulager l’État sur le financement de sa dette. En Europe, la question de l’inflation ne devrait pas être cruciale en 2022. En effet, il n’y a pas de progression des salaires, dont les négociations ont été réalisées sur des objectifs d’inflation basse. En revanche, la question va se poser sur 2023, où l’on risque d’assister à des hausses salariales plus importantes en raison de la poussée inflationniste. Face à cette pression salariale, la Banque centrale européenne sera donc plus en difficulté en 2023. Elle sera sûrement contrainte de monter les taux.

Cette « économie de guerre » ne concerne pas uniquement la période du conflit ukrainien. Ces choix économiques vont durer, car ils sont inhérents aux réformes dans lesquelles vient de basculer l’Europe et que l’on pourrait résumer ainsi : si l’on veut la paix, il faut préparer la guerre. Par conséquent, nous en avons pour des années.


La Chine : « Venez investir chez moi ! »

La Chine représente peut-être le seul espoir crédible dans un cessez-le-feu, le seul interlocuteur respecté par Vladimir Poutine.

La Chine cherche avant tout une certaine neutralité, afin de protéger le plus possible son objectif de croissance fixé à 5,7 % pour 2022. Elle fera tout ce qui doit être fait pour atteindre ce 5,7 % voulu par Xi Jinping. Ce taux de croissance est essentiel pour la stabilité sociale du pays.

Par ailleurs, c’est la seule région du monde qui est accommodante sur sa politique monétaire. Elle vient d’annuler les contraintes entourant ses entreprises technologiques et semble vouloir dire au monde entier «  Venez investir chez moi, tout est open ». Cette place boursière est très nettement sous-valorisée et ne devrait pas le rester très longtemps, notamment vu la taille colossale de l’épargne des ménages. Les Chinois ont jusqu’à présent fortement investi dans l’immobilier et devraient réorienter leur épargne vers les places boursières, devenues très attractives.

La Chine va accepter de suivre Poutine jusqu’à un certain stade, mais pas au point de casser sa croissance et de l’écarter de son objectif. Elle exporte 50 % de sa production et il est indispensable qu’elle poursuive ses exportations, c’est vital !


Pour le moment, confrontée à une progression de l’épidémie de Covid, la Chine perturbe la croissance internationale en bloquant la supply chain mondiale et en exportant de l’inflation. Mais en définitive, elle pourrait apparaître comme le stabilisateur de ce conflit, du moins souhaitons-le !


Comment investir dans une économie de guerre ?

On l’a vu plus haut : le déficit budgétaire va progresser, les taux d’intérêt vont rester bas, et l’inflation va se poursuivre.


Il est évident que les obligations ne représentent pas grand intérêt. Notre choix irait plutôt sur des actifs tangibles, comme des infrastructures ou certains types d’immobiliers qui ne sont pas dépendants de la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Nous pensons notamment aux entrepôts et à l’immobilier logistiques. Les actions vont également représenter un intérêt évident. Dès qu’un cessez-le-feu sera prononcé, nous devrions assister à un très vif rebond des places boursières. En effet, les marges des entreprises sont protégées par ce contexte d’« économie de guerre ». Les intervenants l’ont bien compris et ne souhaitent pas trop sortir des actions. Les technologiques américaines devraient représenter un excellent choix, en complément de quelques secteurs européens en phase avec les transformations que ce conflit impose.

Nous ne sommes pas certains qu’un point bas ait été atteint, en revanche il est probable qu’à court terme les marchés soient proches d’un objectif et commencent au minimum à plafonner. À suivre…


Photo : Ehmitrich.

Categories : Economie, H, Marché financier
Pascal Faccendini