Guerre en Iran, Trump va-t-il embraser le Moyen-Orient et plonger l'économie mondiale dans le chaos ?
- Pascal Faccendini

- il y a 1 jour
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« Cela ne fait que commencer, ça va continuer » a commenté lundi dans le cadre d’une conférence de presse le chef d’état-major de l’armée américaine.
L'onde de choc partie de Téhéran samedi matin a frappé les marchés mondiaux avec la violence d'un missile. CAC 40, DAX, Dow Jones : tous dans le rouge vif. Mais le véritable sismographe de la crise, c'est le baril de pétrole WTI qui s'est envolé, flirtant avec les 80 dollars. Cette fébrilité n'est pas une simple réaction épidermique. Elle traduit une question fondamentale, celle que tout le monde se pose dans les chancelleries, comme dans les salles de marché : l'opération "Epic Fury" menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran est-elle une frappe chirurgicale destinée à rester contenue, ou bien le premier acte d'une guerre régionale aux conséquences économiques incalculables ? Car derrière l'offensive se cache un pari politique immense, celui d'un Donald Trump agissant seul, sans l'aval du Congrès, au risque d'ouvrir une véritable boîte de Pandore.
Trump seul contre tous, un pari présidentiel à quitte ou double.
Pour bien comprendre l’enjeu, il faut revenir au déclencheur. Samedi 28 février 2026, une opération militaire conjointe américano-israélienne pulvérise des cibles stratégiques en Iran. L'objectif affiché par Donald Trump dans une vidéo nocturne est clair : empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire et provoquer un "changement de régime". L'opération est un succès tactique foudroyant : le Guide Suprême, Ali Khamenei, en poste depuis 1989, est tué.
Un président sans mandat du Congrès.
Pourtant, cette démonstration de force est d'une fragilité politique extrême. Donald Trump a agi en invoquant son autorité de commandant en chef, mais sans autorisation formelle du Congrès américain. C'est un point capital. La Constitution américaine confère au seul Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. En contournant cette prérogative, le président s'expose à une double critique. Sur le plan légal, il est accusé de bafouer les institutions. Sur le plan politique, il prend le risque de se couper de sa propre base. Les sondages d'avant l'attaque étaient sans appel : 49% des Américains s'opposaient à une action militaire, seul 27% des Américains approuvent. Si le conflit s'éternise, si les pertes humaines américaines augmentent, le soutien populaire pourrait s'effondrer et transformer ce qui se voulait une victoire rapide en un fardeau, rappelant les heures sombres de l'Irak. Ses opposants démocrates, déjà, agitent le spectre d'une procédure d'"impeachment".
Un risque électoral pour les midterms de 2026.
Le calcul de Trump est simple : une victoire rapide et nette ferait de lui un héros, un leader décisif qui protège les intérêts américains. Cela pourrait consolider sa base et lui donner un avantage majeur pour les élections de mi-mandat de 2026. Mais l'inverse est tout aussi vrai. Un enlisement, un conflit coûteux en vies et en dollars, le ferait apparaître comme un dirigeant imprudent et isolé, lui qui fut élu en 2024 sur la promesse de moins d'interventions étrangères. Le pari est donc énorme, et son issue dépend entièrement de la durée du conflit.
Le spectre de l'enlisement, un scénario plausible ?
Et c'est là que le bât blesse. L'idée d'une guerre courte semble déjà s'éloigner. La riposte iranienne, quasi immédiate, avec des tirs de missiles sur des bases américaines et sur Israël, a douché les espoirs d'une capitulation rapide. L'Iran, bien que décapité de son chef suprême et de plusieurs personnalités importantes, n'est pas l'Irak de 2003. Le régime, même affaibli, dispose d'une profondeur stratégique et d'une capacité de nuisance considérables.
L'Iran, un régime aux abois mais résilient.
Les frappes aériennes seules, comme le soulignent de nombreux experts, ne suffiront pas à faire tomber le régime des Mollahs. Sans une invasion terrestre, que Donald Trump a pour l'instant exclue pour éviter un nouveau bourbier, le conflit risque de se transformer en une guerre d'usure. Un cycle de frappes et de ripostes qui pourrait durer des mois, voire des années, épuisant les forces et les ressources des deux camps. La probabilité d'un enlisement est estimée entre 60 et 70%. Économiquement, cela signifie une prime de risque durablement installée sur le prix du pétrole, bien au-delà des 100 dollars le baril, ravivant le feu d'une inflation que les banques centrales peinaient déjà à maîtriser.
La menace latente d'une guerre civile.
Pire encore, l'opération pourrait avoir un effet pervers : celui de déstabiliser l'Iran au point de le faire sombrer dans le chaos. La mort de Khamenei a créé un vide du pouvoir immense. Si le Corps des Gardiens de la Révolution (l'IRGC) parvient à maintenir la cohésion du pays, on pourrait assister à l'émergence d'une dictature militaire. Mais si les fractures internes, ethniques et politiques, s'exacerbent, le pays pourrait basculer dans une guerre civile. Un scénario à la syrienne, avec des conséquences humanitaires dramatiques et des flux de réfugiés massifs vers l'Europe, mais aussi des conséquences énergétiques majeures si la production et l'exportation de pétrole iranien sont durablement interrompues.
L'escalade régionale, l'inconnue Houthi, la poudrière libanaise.
Le principal risque d'intensification ne vient cependant pas de l'Iran seul, mais de son réseau d'alliés, "l'Axe de la Résistance". Et sur ce front, les nouvelles sont mauvaises.
Le Hezbollah ouvre un deuxième front.
Ce lundi matin, le conflit a déjà changé de dimension. Le Hezbollah, la puissante milice chiite libanaise alliée de l'Iran, est entré dans la danse. En lançant des missiles sur le nord d'Israël, il a officiellement ouvert un deuxième front. Cette escalade était redoutée. Elle force Israël à diviser ses ressources et transforme une confrontation bilatérale en un conflit régional. Le Liban, déjà exsangue économiquement, risque d'être entraîné dans une guerre dévastatrice.
Les Houthis, l'épée de Damoclès sur le commerce mondial.
Mais le regard des stratèges et des économistes est tourné plus au sud, vers le Yémen. Pour l'instant, les Houthis (Ansar Allah) n'ont pas encore lancé d'attaques confirmées. C'est un silence assourdissant et trompeur. Ce groupe, aguerri par une décennie de guerre civile, a promis une "solidarité totale" avec l'Iran et menace de reprendre ses attaques. Leur entrée active dans le conflit serait un tournant majeur. En effet, ils contrôlent la rive du détroit de Bab el-Mandeb, porte d'entrée de la mer Rouge.
S'ils décident de viser à nouveau le trafic maritime commercial, comme ils l'ont fait en 2025, ils pourraient paralyser l'une des artères les plus vitales de l'économie mondiale. Le trafic via le canal de Suez serait à l'arrêt, forçant les porte-conteneurs à faire le tour de l'Afrique. Les coûts de transport exploseraient, les chaînes d'approvisionnement seraient à nouveau disloquées, et une nouvelle poussée inflationniste frapperait de plein fouet une économie mondiale déjà fragilisée. Les Houthis ne sont pas passifs ; ils sont en pause stratégique, probablement en attente d'instructions d'un Téhéran désorganisé. Leur entrée en scène n'est sans doute qu'une question de jours, et elle représente le risque d'escalade le plus tangible pour l'économie globale.
En conclusion : Alors, que faut-il anticiper ? Une guerre courte semble de moins en moins probable. Le pari de Donald Trump, conçu pour être une démonstration de force rapide, est en train de se transformer en un engrenage complexe et dangereux. Entre une riposte iranienne qui s'organise, un deuxième front ouvert par le Hezbollah et la menace imminente des Houthis sur le commerce mondial, tous les ingrédients d'un conflit long et coûteux sont réunis. Pour les investisseurs et les entreprises, le message est clair : la prime de risque géopolitique est de retour, et elle est là pour durer. La volatilité observée sur les marchés depuis samedi n'est probablement qu'un avant-goût des turbulences à venir si la diplomatie ne reprend pas très vite ses droits. Mais pour l'heure, ce sont les bombardements qui sèment le chaos et font monter les tensions. À suivre...


