Krach de l'Or et des Cryptos : comprendre l'effet Kevin Warsh, l'homme qui murmure à l'oreille de la Fed.
- Pascal Faccendini

- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

La fin de l'Eldorado, chronique d'un séisme sur les marchés.
C'est un spectacle auquel les marchés n'étaient plus habitués. Un véritable séisme. En seulement trois jours, l'or, cette valeur refuge par excellence, ce baromètre de la peur, a dévissé de près de 20%. Son cousin, l'argent métal, a connu une chute encore plus vertigineuse, s'effondrant de 40% depuis ses sommets historiques atteints il y a quelques jours à peine. Même l'univers turbulent des crypto-monnaies, souvent présenté comme "l'or numérique", a été emporté par la tourmente.
Que s'est-il passé ? Assiste-t-on à l'éclatement d'une bulle spéculative ? Pas tout à fait.
Pour comprendre ce plongeon spectaculaire, il ne faut pas regarder un graphique, mais plutôt un nom. Un seul nom, prononcé par Donald Trump, qui a agi comme un véritable détonateur : Kevin Warsh.
Un "débouclage" violent, quand la spéculation cède à la confiance.
Revenons quelques semaines en arrière. Les cours de l'or et de l'argent flambaient. Pourquoi ? Parce que l'incertitude était reine. Le président américain Donald Trump multipliait les pressions sur le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, pour qu'il baisse les taux d'intérêt. Les marchés craignaient une chose par-dessus tout : la perte d'indépendance de la plus puissante banque centrale du monde. Une Fed aux ordres de la Maison-Blanche, c'est la porte ouverte à une politique monétaire imprévisible, potentiellement inflationniste.
Face à cette angoisse, les investisseurs et, surtout, les spéculateurs, se sont rués sur ce qui les rassure depuis des millénaires : les métaux précieux. L'or est monté à plus de 5 500 dollars l'once, l'argent a touché des records. Puis, vendredi, l'annonce tombe : Trump propose Kevin Warsh pour succéder à Powell. Et là, c'est la douche froide pour les spéculateurs. Nous assistons au "débouclage très rapide des positions spéculatives". En clair, tous ceux qui avaient parié sur la hausse des métaux précieux, alimentée par la peur, vendent massivement leurs positions pour prendre leurs bénéfices.
Mais pourquoi ce nom, Kevin Warsh, a-t-il eu un tel effet ? Pourquoi a-t-il subitement rassuré les marchés au point de provoquer un krach sur les valeurs refuges ?

Qui est vraiment Kevin Warsh, le "Faucon" que personne n'attendait ?
Pour comprendre l'impact de Kevin Warsh, il faut analyser le personnage. À 55 ans, il n'est pas un inconnu. Ancien gouverneur de la Fed de 2006 à 2011, en pleine crise financière, il est perçu par les marchés comme un candidat "sérieux", "conventionnel" et, c'est le point crucial, un "fervent défenseur de l'indépendance de la Fed".
Son arrivée potentielle à la tête de l'institution a immédiatement apaisé les craintes d'une Fed soumise à Trump. Les marchés estiment qu'un candidat plus conventionnel, qui ne soit pas un simple instrument de Trump, est un frein à la spéculation sur l'or. Soudain, le besoin de se réfugier dans le métal jaune s'estompe. La confiance dans l'institution monétaire revient.

Faucon ou Colombe, le jeu tactique d'un homme d'influence.
Pourtant, le profil de Warsh est plus complexe qu'il n'y paraît. Dans le jargon des banquiers centraux, on distingue les "faucons", obsédés par la lutte contre l'inflation et donc partisans de taux d'intérêt élevés, et les "colombes", plus soucieuses de la croissance et favorables à des taux bas.
Historiquement, Warsh est un "faucon". Durant son mandat, il s'est montré très orthodoxe et a même démissionné en 2011 pour marquer son désaccord avec la politique ultra-accommodante de la Fed post-crise. Or, paradoxalement, il a récemment plaidé pour... des baisses de taux, s'alignant sur le souhait de Donald Trump.
Alors, contradiction ? Revirement ? En réalité ce serait plutôt une inflexion "tactique plutôt que doctrinale". Une manière habile de se rendre acceptable aux yeux du Président pour obtenir le poste, tout en conservant son ADN de gardien du temple monétaire. C'est cette réputation d'indépendance qui rassure fondamentalement les marchés.
L'anti-Q.E, une vision pour "Main Street" contre "Wall Street".
L'autre facette de Kevin Warsh, c'est sa critique virulente de l'assouplissement quantitatif (le fameux "Quantitative Easing" ou QE), cette politique qui consiste pour une banque centrale à injecter massivement des liquidités en achetant des actifs sur les marchés. Pour lui, le QE a surtout profité à Wall Street en faisant grimper le prix des actions, mais a eu un impact limité sur "Main Street", l'économie réelle des ménages et des petites entreprises.
Sa vision est claire : l'assouplissement monétaire doit se concentrer sur la baisse des taux directeurs à court terme, qui influencent directement les crédits à la consommation et aux entreprises, et non sur le gonflement du bilan de la Fed. C'est une approche qui pourrait marquer un changement de régime majeur dans la politique monétaire américaine, avec des conséquences profondes sur les marchés financiers.
Et les Crypto-monnaies dans cette tourmente ?
Le plongeon des cryptos, dans le sillage de l'or, n'est pas une coïncidence. Depuis plusieurs années, le Bitcoin et ses pairs sont de plus en plus perçus par une partie des investisseurs comme une forme « d'or numérique". Une réserve de valeur décentralisée, non contrôlée par les États ou les banques centrales, et donc une protection potentielle contre la dévaluation des monnaies et l'instabilité politique.
Le raisonnement qui s'applique à l'or s'applique donc aussi à elles. La perspective d'une Fed dirigée par une figure forte et indépendante comme Kevin Warsh réduit l'attrait de ces actifs alternatifs. Si l'institution au cœur du système financier mondial redevient prévisible et crédible, pourquoi chercher refuge ailleurs ? La chute des cryptos est donc la conséquence logique du retour de la confiance dans le dollar et son gardien, la Réserve Fédérale.
Conclusion, ce que ce "Krach éclair" nous dit de l'économie.
Finalement, ce krach de l'or, de l'argent et des cryptos est une leçon d'économie fascinante. Il nous montre que, contrairement à une idée reçue, la chute des valeurs refuges n'est pas forcément un signe de panique. Ici, c'est tout l'inverse. C'est le symptôme d'un retour brutal de la confiance.
Les marchés ne craignent pas Kevin Warsh. Au contraire, ils saluent la perspective d'un pilote expérimenté et orthodoxe aux commandes de la Fed. Ce sont les spéculateurs, qui avaient parié des fortunes sur un chaos institutionnel, qui aujourd'hui sont en difficulté.
Ce "krach éclair" nous rappelle une vérité fondamentale : la crédibilité et l'indépendance des banques centrales sont le socle de la stabilité financière. Le simple nom d'un candidat jugé "sérieux" a suffi à calmer la fièvre spéculative. Reste maintenant à savoir si Kevin Warsh sera confirmé par le Sénat américain. Le feuilleton ne fait que commencer, mais une chose est sûre : son nom est déjà entré dans l'histoire des marchés. À suivre...


