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Matières Premières, le coup de force de Trump au Venezuela, acte 1 de la guerre économique totale avec la Chine.

  • Photo du rédacteur: Pascal Faccendini
    Pascal Faccendini
  • 12 janv.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 janv.

On a cru voir une simple opération de politique étrangère, un énième soubresaut dans l'arrière-cour des États-Unis. On s'est trompé. La destitution de Nicolas Maduro au Venezuela début 2026 n'était pas une fin en soi. C'était le premier coup de feu, visible et assourdissant, d'une guerre qui se préparait depuis plus de vingt ans dans le silence des usines et l'opacité des contrats miniers. Une guerre froide pour le contrôle des matières premières, où deux mondes s'affrontent : l'Amérique, qui contrôle l'énergie, et la Chine, qui maîtrise les minéraux de notre futur technologique.

Ce qui se joue aujourd'hui dépasse largement le sort d'un dictateur tropical. Il s'agit de déterminer qui, de Washington ou de Pékin, contrôlera l'infrastructure physique du monde pour les cinquante prochaines années. Oubliez les indicateurs trimestriels ; nous sommes entrés dans une ère où la géopolitique ne se contente plus d'influencer les marchés. Elle les commande.


La forteresse chinoise, vingt ans pour bâtir un monopole.

Pour comprendre la riposte américaine au Venezuela, il faut d'abord comprendre la stratégie chinoise. Une stratégie brillante, patiente, et redoutablement efficace. Pendant que l'Occident, dans les années 2000 et 2010, ne jurait que par l'optimisation des coûts et la délocalisation, la Chine bâtissait une forteresse.

Plus malin que la mine, le génie du raffinage.

L'erreur fondamentale serait de croire que cette guerre se gagne en possédant des mines. Les réserves de terres rares, par exemple, existent aux États-Unis, en Australie, au Vietnam. La vraie richesse, le vrai pouvoir, n'est pas dans le sol. Il est dans le traitement. Et c'est là que la Chine a joué un coup de maître.

Transformer le minerai brut en oxydes, en aimants pour nos voitures électriques, en métaux purs pour nos éoliennes, exige un savoir-faire technique immense, des investissements colossaux et une tolérance à des procédés industriels toxiques que l'Occident a refusée. La Chine, elle, a tout construit. L'histoire commence dès 1995, lorsque General Motors vend sa division d'aimants de pointe, Magnequench, à des investisseurs chinois. Une simple décision de rentabilité qui, avec le recul, ressemble à une abdication stratégique.

Aujourd'hui, le résultat est sans appel. La Chine contrôle plus de 90 % du traitement mondial des terres rares. Mais elle ne s'est pas arrêtée là. Elle raffine environ 60 % de l'argent mondial et plus de 50 % du cuivre, bien qu'elle n'exploite qu'une fraction des mines. Les grands producteurs chiliens ou péruviens lui envoient leurs minerais bruts et lui rachètent le métal raffiné. Ils paient littéralement la Chine pour transformer leurs propres ressources. C'est ce qu'on appelle une domination structurelle.

De l'avertissement à l'arme économique.

À partir de 2023, Pékin a commencé à tester son pouvoir. En juillet 2023, des licences d'exportation sont imposées sur le gallium et le germanium, essentiels aux semi-conducteurs. Un simple avertissement. Puis, la pression monte : en décembre 2024, c'est l'interdiction totale des exportations vers les États-Unis. En avril 2025, en réponse à des droits de douane de Trump, la Chine ne réplique pas sur le même terrain. Elle frappe là où ça fait mal : des licences d'exportation sur sept terres rares et les aimants permanents.

Pour le Pentagone, c'est un "moment de pure stupéfaction". Les chaînes d'approvisionnement de la défense américaine peuvent être paralysées en quelques semaines. Le coup de grâce arrive en octobre 2025 : toute exportation d'un produit contenant ne serait-ce que 0,1 % de terres rares chinoises ou fabriqué avec une technologie chinoise est soumise à l'autorisation de Pékin. Le 1er janvier 2026, l'argent est officiellement classé "matériau stratégique". Le message est clair : "Vous considérez ce métal essentiel à votre sécurité ? Nous en contrôlons la disponibilité."


Le réveil Américain, la doctrine de la souveraineté retrouvée.

Face à cette dépendance critique, les États-Unis ont compris qu'ils ne pouvaient rivaliser frontalement. Reconstruire une industrie de traitement des minéraux prendrait 10 à 15 ans et des milliards de dollars, sans garantie de succès face à des concurrents chinois subventionnés. La réponse devait donc être asymétrique.

L'énergie, l'avantage que Pékin ne peut pas copier.

Washington a décidé d'instrumentaliser le seul avantage stratégique que la Chine ne peut ni reproduire, ni contrer facilement : sa domination énergétique. C'est toute la logique du coup de force au Venezuela. En destituant Maduro, les États-Unis ne font pas que renverser un allié de Pékin, Moscou et Téhéran. Ils frappent au cœur de leur stratégie d'influence.

La Chine perdait un accès privilégié à du pétrole brut lourd. La Russie, un partenaire stratégique aux portes de l'Amérique. Pour Washington, il s'agissait de reconfigurer les flux énergétiques mondiaux, de réaffirmer sa zone d'influence et de lancer un message clair : le temps de la naïveté est terminé. L'énergie n'est plus un simple facteur de compétitivité, c'est un outil de projection de puissance.

Rallier les alliés, la fin de la mondialisation heureuse.

Cette nouvelle doctrine a été formalisée. La Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) de novembre 2025 l'assume explicitement : la sécurité économique est le socle de la sécurité nationale. L'interdépendance n'est plus une garantie de paix, mais une source de vulnérabilité.

Dans la foulée, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a réuni ses homologues du G7 et d'autres pays alliés comme l'Australie ou la Corée du Sud en janvier 2026. L'objectif : accélérer la réduction de la dépendance aux minéraux critiques chinois. L'heure n'est plus à la simple "diversification" des sources, comme le prônait l'Allemagne il y a encore peu. Berlin parle désormais d'« action conjointe », de « co-action structurée ». Il s'agit de créer des clubs d'acheteurs, des projets miniers communs, des stocks stratégiques et de partager les risques d'investissement. Les États-Unis ont déjà signé un accord de 8,5 milliards de dollars avec l'Australie pour contrer la domination chinoise.


Un nouveau paradigme, quand la géopolitique dicte l'économie.

Cette confrontation change tout. Nous sortons de trente années où l'économie semblait avoir pris le pas sur le politique. C'est l'inverse qui se produit : les impératifs de puissance et de sécurité nationale redéfinissent les règles du jeu économique.

La sécurité comme boussole, l'inflation comme horizon.

Cette nouvelle ère a des conséquences macro-financières profondes. La réindustrialisation, la sécurisation des chaînes d'approvisionnement, la duplication des infrastructures, tout cela a un coût. C'est structurellement inflationniste. Les décisions politiques prévalent désormais sur les signaux du marché, créant une volatilité accrue. La géographie économique redevient une géographie politique. Une ressource ou un pays jugé périphérique peut devenir central du jour au lendemain s'il se trouve au cœur d'un enjeu stratégique.

Pour l'investisseur, cela signifie que les stratégies passives, fondées sur un monde neutre et efficient, sont fragilisées. Les actifs réels – énergie, infrastructures, ressources stratégiques – retrouvent un rôle central, non seulement comme couverture contre l'inflation, mais comme récepteurs directs des arbitrages géopolitiques.


Conclusion : Au-delà du Venezuela, la carte du monde se redessine.

L'opération au Venezuela n'est donc pas un événement isolé. C'est la manifestation la plus spectaculaire d'une réalité qui s'impose : sécurité, souveraineté et marchés sont désormais indissociables. La logique de sécurisation des actifs stratégiques ne s'arrêtera pas à l'Amérique latine. Elle se projette déjà vers d'autres espaces clés. Le prochain ? Probablement le Groenland, avec ses terres rares, son uranium et sa position unique dans un Arctique qui s'ouvre.

La guerre froide des matières premières ne fait que commencer. Elle redessinera les alliances, les flux de capitaux et les hiérarchies de puissance pour les décennies à venir. Et tout a commencé par un coup de force à Caracas.

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