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La chute annoncée du dollar devrait nous inciter à investir dans l’or.

  • Photo du rédacteur: Pascal Faccendini
    Pascal Faccendini
  • il y a 19 heures
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 53 minutes


Le monde économique que nous connaissions est en train de basculer. Il existe toute une génération d'analystes, habituée depuis des décennies à un dollar tout-puissant et à une économie américaine triomphante, qui peine aujourd'hui à imaginer le scénario qui se dessine : celui d'un dollar faible. Pourtant, les signaux sont là, clairs et nets. Nous n'assistons pas à une simple fluctuation passagère, mais bien à la deuxième phase d'une correction structurelle de la monnaie mondiale.

Pendant que les marchés s'agitent au gré des tensions géopolitiques ou des records du prix de l'or, une question fondamentale se pose pour chaque investisseur : dans ce grand réalignement, quelle est la place de l'or ? Faut-il encore y investir ? La réponse est probablement bien plus cruciale qu'on ne le pense.


Le dollar de plus en plus fragilisé.

Pour comprendre pourquoi l'or revient sur le devant de la scène, il faut d'abord analyser la fragilité de son rival historique : le dollar américain. Le billet vert n'est plus le roc inébranlable qu'il a été. Sa faiblesse n'est pas conjoncturelle, elle est structurelle.

Une surévaluation devenue insoutenable.

La raison est simple : le dollar était trop cher, beaucoup trop cher. Pendant plus d'une décennie, il est resté surévalué, une situation deux fois plus longue que les cycles précédents. Les États-Unis ont toléré cette force, car elle servait la performance de leurs marchés financiers, quitte à sacrifier leur industrie sur l'autel d'une mondialisation jugée "efficiente". Ce "consensus de Davos", comme l'appellent certains, est aujourd'hui mort et enterré. La nouvelle doctrine, que l'on pourrait résumer par "sécurité nationale et puissance industrielle d'abord", impose une monnaie plus faible pour regagner en compétitivité. Le mouvement est lancé, et il est de grande ampleur.

La bombe à retardement de la dette américaine.

Le deuxième facteur, et le plus inquiétant, est la situation budgétaire américaine. Les chiffres donnent le vertige : une dette publique approchant les 130 % du PIB et un déficit budgétaire qui caracole à plus de 7 %. Sans le statut exorbitant du dollar, les États-Unis seraient déjà en pleine crise de la dette.

Quel que soit le locataire de la Maison Blanche, le besoin est le même : de l'argent bon marché pour financer les dépenses et calmer un consommateur dont la confiance est au plus bas. Pour cela, il faut des taux d'intérêt faibles. Mais comment maintenir des taux bas quand la dette explose et que l'on doit attirer les capitaux du monde entier ? C'est le dilemme insoluble de la Réserve Fédérale (Fed). La tentation de "faire marcher la planche à billets", c'est-à-dire de monétiser la dette, est immense. Une telle politique est, par définition, la recette parfaite pour dévaluer une monnaie.


Réalignement monétaire, les Banques Centrales actualisent leur réserve.

Face à cette fragilisation du pilier central du système monétaire mondial, les autres acteurs ne restent pas les bras croisés. Nous assistons en direct à un mouvement de fond, une véritable "Rotation" des réserves mondiales.

L'Or, nouvelle star des coffres-forts mondiaux.

Depuis la mi-2022, un phénomène spectaculaire est à l'œuvre : les banques centrales du monde entier achètent de l'or à un rythme effréné. La Chine, la Pologne, la Turquie, l'Inde... la liste s'allonge. Pourquoi ? Pour diversifier leurs réserves et réduire leur dépendance à un dollar devenu un instrument politique et économiquement risqué.

Les chiffres sont éloquents. Les analystes les plus audacieux estiment que la part du dollar dans les réserves mondiales de change pourrait passer sous la barre symbolique des 40 % dès 2026. Dans le même temps, la part de l'or pourrait dépasser les 30 %. C'est un tournant historique. Pour la moitié de la population mondiale, née après 1995, un monde où le dollar ne représente pas au moins 40 % des réserves est tout simplement inconnu. C'est pourtant le monde qui se dessine. Les banques centrales, par leurs achats massifs et continus, valident le statut de l'or comme l'actif monétaire de dernier recours.

Vers un nouvel "Accord du Plaza" ?

L'autre front est celui du Japon. La situation de la dette nippone est également critique, mais un yen trop faible face au dollar pose d'immenses problèmes d'importation. Les rumeurs d'une intervention coordonnée entre Washington et Tokyo pour faire remonter le yen (et donc baisser le dollar) se font de plus en plus insistantes. Une telle action rappellerait le fameux "Accord du Plaza" de 1985, où les grandes puissances s'étaient entendues pour dévaluer le dollar.

Cet "Accord de Mar-a-Lago", comme certains l'ont baptisé, introduirait une volatilité extrême et confirmerait que les autorités politiques sont prêtes à orchestrer activement la baisse du billet vert pour rééquilibrer le commerce mondial. Dans un tel scénario, la défiance envers les monnaies fiduciaires, pilotées par des objectifs politiques, ne pourrait que s'accentuer, au profit du seul actif monétaire qui n'est la dette de personne : l'or.


Faut-il investir dans l'Or ?

Le diagnostic est posé. Mais pour les investisseurs, la question demeure : que faire concrètement ?

L'Or devient un actif de performance.

Pendant des années, l'or a été présenté comme une simple "assurance" contre le chaos. Un actif stérile, qui ne rapporte rien, mais qui protège en cas de crise. Cette vision est aujourd'hui dépassée. Dans un monde où la dévaluation compétitive devient la norme et où les taux d'intérêt réels (une fois l'inflation déduite) peinent à rester positifs, l'or devient un actif de performance.

La corrélation est historiquement établie : les périodes de faiblesse structurelle du dollar coïncident avec des performances exceptionnelles pour les marchés hors États-Unis et pour les matières premières, or en tête. La "Rotation" en cours n'est pas seulement l'affaire des banques centrales ; elle concerne aussi les investisseurs qui vont devoir réallouer leurs capitaux hors des actifs américains surévalués.

Comment intégrer l'Or dans son patrimoine ?

L'idée n'est évidemment pas de vendre tous ses actifs pour acheter des lingots. Comme toujours, la clé est la diversification. Cependant, l'allocation traditionnelle de 2% à 5% dans un portefeuille semble aujourd'hui bien timide face aux bouleversements en cours. Une pondération plus significative, adaptée au profil de risque de chacun, mérite d'être considérée.

Les options sont multiples : l'or physique (pièces, lingotins) pour ceux qui privilégient la détention directe et la sécurité ultime, ou les ETF (trackers) adossés à l'or physique pour la liquidité et la simplicité de gestion via un compte-titres. L'important est de comprendre que cet investissement ne doit plus être vu comme une ligne exotique, mais comme une composante stratégique et structurelle de son patrimoine.

Les risques à ne pas Ignorer.

Bien sûr, l'or n'est pas une solution miracle. C'est un actif volatil, dont le cours peut fluctuer fortement à court terme. Il ne verse ni coupon ni dividende, et sa valeur dépend en partie de la confiance que les investisseurs lui accordent. Une résolution inattendue des tensions géopolitiques ou un retournement spectaculaire de la politique de la Fed pourraient freiner sa progression. Cependant, les tendances de fond liés à la dette, la dédollarisation, la fragmentation géopolitique, sont très puissantes et rendent ce scénario de moins en moins probable.


En conclusion, nous sommes probablement sur un point d'inflexion. La domination sans partage du dollar, qui a façonné l'économie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est en train de s'éroder. Ce n'est pas la fin du dollar, mais c'est la fin de son hégémonie incontestée. Dans ce monde multipolaire et instable qui émerge, l'or retrouve son rôle ancestral : celui d'un étalon monétaire neutre, tangible et universellement reconnu. À suivre...

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