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La France est menacée ! Quand le risque politique réveille le spectre d’une crise de la dette.

Photo du rédacteur: Pascal Faccendini
Pascal Faccendini
il y a 20 heures
7 min de lecture

C’est une petite musique qui monte dans les salles de marché, de Londres à Wall Street. Une mélodie sombre, inquiétante, que nous n’avions plus entendue avec une telle acuité depuis la crise des dettes souveraines il y a plus d'une décennie. La cible de cette symphonie spéculative ? La France.

Depuis 2024, le risque politique français n'est plus une simple hypothèse de travail pour les analystes chagrins : c'est une réalité tangible, brûlante, qui s'est installée au cœur même de la machinerie économique européenne. À tel point que certains n'hésitent plus à prononcer l'imprononçable : et si la France était la prochaine Grèce ? Et si notre pays, jadis pilier inébranlable de la zone euro, s'apprêtait à basculer dans une crise financière sans précédent ?

Ne nous y trompons pas. La menace est réelle. Au moins deux grandes banques américaines proposent d'ores et déjà à leurs clients des instruments de spéculation sur la dette française, anticipant un effondrement d'ici 2027. Pourtant, en économie comme en géopolitique, il faut se méfier des lectures trop simples. Car spéculer contre la France, c'est par essence spéculer contre l'Europe toute entière. Et sur ce terrain : « la messe n'est pas dite » !

Décryptage d'une mécanique implacable, de ses dangers, mais aussi – et surtout – de ses illusions.


Un climat délétère, la mécanique du déclin français s'accélère.

Pour comprendre l'appétit soudain des spéculateurs contre notre pays, il faut regarder les chiffres en face. Et ils sont têtus !

La fragmentation politique, un poison pour les finances publiques.

À l'heure où je vous parle, la France affiche des fondamentaux macroéconomiques qui ont de quoi donner des sueurs froides aux investisseurs les plus placides. Notre dette publique a allègrement franchi la barre des 110 % du PIB. Quant au déficit budgétaire annuel, il s'obstine à rester au-dessus des 5 %, se classant parmi les plus élevés de toute la zone euro.

Le vieillissement de la population, le fardeau de notre modèle social (retraites, santé) et la hausse inexorable des charges d'intérêt exercent une pression asphyxiante sur les deniers de l'État. Face à ce mur de dettes, que faut-il ? Des réformes, pardi ! De la discipline ! Mais c'est précisément là que le bât blesse. La fragmentation inédite de notre Parlement rend le pays quasi-ingouvernable. Comment adopter des budgets de crise ou des réformes structurelles quand chaque texte de loi se transforme en champ de bataille ?

Le Premier ministre cherche bien à faire passer un budget 2027 prévoyant 54 milliards d'euros de coupes dans les dépenses, mais la tâche s'apparente aux travaux d'Hercule. Les politiques doivent constamment arbitrer entre rigueur, impératifs de croissance et nécessité de maintenir la stabilité sociale.

L'alerte rouge des marchés financiers.

Les marchés, eux, n'ont que faire de nos états d'âme politiques. Ils sanctionnent. Une récente enquête de Bank of America est à cet égard glaciale : 56 % des gérants de fonds internationaux considèrent désormais la France comme le marché d'actions le moins attractif d'Europe. Un niveau de pessimisme absolument inédit.

La Bourse de Paris en est le miroir grossissant. Le CAC 40, qui pavanait à des niveaux records en août dernier, affiche une performance annuelle morose de -0,5 %. Pendant ce temps, le reste de l'Europe sourit, avec un indice Stoxx Europe 50 qui s'adjuge fièrement une hausse de 8 %.

Sur le marché des taux, celui de la dette, l'hémorragie est encore plus visible. Depuis l'annonce des élections législatives anticipées par Emmanuel Macron en juin 2024, les investisseurs exigent une prime de risque massive pour détenir de la dette française. Le rendement de nos OAT (Obligations Assimilables du Trésor) à dix ans, qui avoisinait les 3 %, frôle désormais les 4,7 %. Pire encore, l'écart de taux (le fameux "spread") entre la France et la vertueuse Allemagne est supérieure à 1 %, un sommet que nous n'avions plus visité depuis 2012 !

 

Le spectre d'une crise à la grecque, la grande offensive spéculative.

C'est dans ce terreau d'incertitudes que la spéculation prend racine. Le scénario d'une crise à la grecque pour la France n'est plus un tabou.

Quand les fonds vautours sentent l'odeur du sang.

L'inquiétude ne porte pas seulement sur le présent, mais sur l'horizon 2027. La succession d'Emmanuel Macron tétanise les milieux d'affaires. Son approche, perçue jusqu'ici comme "pro-business", pourrait laisser place à des orientations radicalement différentes.

Que l'on regarde vers Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, les programmes évoqués font frissonner les marchés de capitaux : relance massive par la dépense publique, abaissement de l'âge de la retraite, remise en cause de nos contributions européennes, voire effacement d'une partie de la dette. Ces perspectives alimentent directement la hausse des "Credit Default Swaps" (les assurances contre le défaut de paiement) sur la signature française. Les instruments de spéculation mis en place par les banques américaines ne font qu'institutionnaliser ce pari contre notre pays.

L'économie domestique prise en otage.

Cette hausse du coût de l'argent n'est pas qu'une abstraction financière. Elle se répercute directement dans les veines de notre économie. Elle renchérit le financement de nos entreprises et pèse lourdement sur celles qui dépendent du marché français. D'ailleurs, l'indice créé par Goldman Sachs, qui regroupe les sociétés cotées réalisant l'essentiel de leur activité en France (comme BNP Paribas, Orange, Engie ou Vinci), a dévissé de plus de 8 % depuis le mois d'août. L'incertitude politique est une taxe invisible, mais extrêmement douloureuse.

 

Mais "la messe n'est pas dite", le pari risqué contre l'Europe.

S'arrêter à ce constat, c'est pourtant faire preuve de myopie. Oui, la France est attaquée. Oui, notre situation budgétaire est calamiteuse. Mais parier sur l'effondrement de la France, c'est méconnaître la réalité de notre tissu économique, et surtout, c'est sous-estimer la force d'inertie de l'Union européenne.

Les digues solides de l'économie française.

Regardons sous le capot. Les Cassandre oublient un détail fondamental : le CAC 40 n'est pas l'économie française stricto sensu. Les géants qui composent notre indice vedette réalisent moins de 20 % de leur chiffre d'affaires sur le sol national ! Cette hyper-internationalisation agit comme un formidable gilet de sauvetage contre les tempêtes domestiques.

Plus intéressant encore : la contagion au marché du crédit privé reste, pour l'heure, remarquablement limitée. C'est un paradoxe fascinant qui mérite d'être souligné. Aujourd'hui, de grandes entreprises françaises se financent à un coût inférieur à celui de l'État lui-même ! Les marchés font donc la part des choses : ils sanctionnent l'État gestionnaire, mais gardent confiance dans nos fleurons industriels.

Spéculer contre la France, c'est défier la zone euro.

Ensuite, comparer la France de 2024 à la Grèce de 2010 est une hérésie économique. Le poids de la France dans la zone euro et dans l'Union européenne est tel qu'une crise de notre dette entraînerait un risque systémique majeur pour l'ensemble du continent. La Banque Centrale Européenne (BCE) possède des outils qu'elle n'avait pas il y a quinze ans. Laisser tomber la France, c'est acter la fin de l'euro. Les spéculateurs américains jouent à se faire peur, mais ils savent pertinemment que l'Europe possède un bouclier institutionnel conçu pour éteindre ce genre d'incendie avant qu'il ne ravage la maison commune.

 

Le grand paradoxe, une Europe affaiblie, mais à l'aube d'un renouveau.

Élargissons la focale. Ce qui se joue derrière les attaques contre la France, c'est aussi le récit, très à la mode outre-Atlantique, d'une Amérique triomphante face à un Vieux Continent moribond. Le fameux narratif dominant : les États-Unis dominent grâce à l'Intelligence Artificielle (IA) et à leur dynamisme, tandis que l'Europe, pénalisée par le choc énergétique, s'endort doucement.

Cette lecture est non seulement trop simple, elle est fausse.

Le mirage américain face à la résilience européenne.

Certes, le cycle américain semble fort. L'investissement dans l'IA y explose (+20 % en rythme annualisé sur deux ans). Mais cette croissance est, en réalité, extrêmement étroite. Elle est tirée par un boom technologique dont les fruits (emplois, salaires, gains de productivité) tardent étonnamment à se diffuser dans l'économie réelle. De plus, ce boom profite surtout à des producteurs étrangers : près de 80 % des équipements technologiques des data centers américains sont importés, notamment d'Asie !

Et n'oublions pas le dopage budgétaire. L'exceptionnalisme américain repose sur une politique d'endettement vertigineuse. Depuis 2009, la dette publique des États-Unis s'est alourdie d'environ 37 points de PIB. Dans la zone euro, sur la même période ? Seulement 7 points. Les États-Unis achètent leur croissance à crédit. Cette ivresse budgétaire réduit aujourd'hui drastiquement leur marge de manœuvre et provoque une concurrence féroce pour le capital entre l'État et le secteur privé, poussant les taux réels à la hausse.

L'Europe, une dynamique d'investissement qui ne fait que commencer.

L'Europe, et la France avec elle, est certes affaiblie à court terme, mais sa dynamique est radicalement différente. Nous ne subissons pas un choc d'investissement concentré et privé, mais une transformation structurelle large, souvent publique ou parapublique.

Nos défis sont titanesques : modernisation industrielle, transition énergétique, reconstruction de notre industrie de défense, infrastructures. Mais contrairement aux États-Unis où tout se concentre sur l'IA, l'impulsion européenne se diffuse sur un spectre beaucoup plus large de la demande. La consommation, l'investissement résidentiel et l'équipement en Europe évoluent légèrement au-dessus de leur croissance tendancielle.

L'Europe est également beaucoup moins vulnérable aux chocs énergétiques qu'elle ne l'était en 2022. Le mécanisme fatal de l'inflation importée via la hausse conjointe du pétrole et du dollar s'est largement grippé.

 

Conclusion : La véritable ligne de fracture.

Alors, la France est-elle menacée ? Oui, indéniablement. Le risque politique de 2024 nous a fait entrer dans la zone de turbulences, et les mois à venir, jusqu'à la prochaine élection présidentielle, seront cruciaux. Les spéculateurs ont trouvé une faille, et ils vont l'exploiter.

Mais le vrai contraste aujourd'hui n'est pas entre la croissance étincelante des États-Unis et la faiblesse supposée de l'Europe. Il se situe entre une économie américaine concentrée, de plus en plus gourmande en capital pour des rendements futurs encore incertains, et une économie européenne où l'investissement est diffus, et où la refonte de notre modèle stratégique ne fait que commencer.

Ceux qui parient sur l'effondrement de la France oublient que notre pays, malgré ses fractures politiques et ses comptes dans le rouge, reste le moteur politique d'une Europe qui, au pied du mur, a toujours su se réinventer. La spéculation est lancée, le combat sera rude, mais « la messe n'est pas dite ». À suivre...

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