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Coup de froid sur le Nasdaq et l’I.A, pourquoi la prudence est de mise ?

  • Photo du rédacteur: Pascal Faccendini
    Pascal Faccendini
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 12 heures


Les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel, même lorsqu'ils sont arrosés par les promesses mirifiques de l'Intelligence Artificielle.

En fin de semaine dernière, le Nasdaq, a vacillé, Il a donné des signes de faiblesse. Pendant des mois, le marché a vécu dans une douce euphorie, persuadé que le thème de l’IA justifiait à lui seul d'ignorer la gravité terrestre. Mais aujourd'hui, la mécanique s'enraye, et la volatilité fait son grand retour sur ce segment.

Pourquoi ce réveil brutal ? Parce que la Bourse, finit toujours par se heurter au mur des réalités : des chaînes d'approvisionnement sous tension, des géants de la Tech qui trébuchent, une politique monétaire américaine qui se durcit, et un Moyen-Orient qui menace à tout instant de s'embraser. Mais regardons la situation dans son ensemble.


Quand les mastodontes de la Tech envoient des signaux d'alerte.

Commençons par les signaux microéconomiques, ceux qui émanent directement des entreprises. Prenez Apple. La firme de Cupertino a littéralement craqué dans la foulée de ses annonces, révélant des hausses de prix de ses produits de 20% en moyenne. En langage financier correct, on n'appelle plus cela de l'inflation transitoire, mais des tensions persistantes et structurelles sur les chaînes d’approvisionnement. Quand l'entreprise la plus valorisée au monde est contrainte de faire des "sauts de puces" sur ses étiquettes pour préserver ses marges, c'est que l'ensemble du tissu industriel mondial est sous pression.

Et que dire d'OpenAI, le créateur de ChatGPT, l'étincelle qui a mis le feu à la poudre de l'IA ? Des informations concordantes, relayées par divers analystes, indiquent que son introduction en Bourse, très attendue, pourrait être reportée à 2027. Ce report n'est pas anodin : il traduit une certaine fébrilité quant à la capacité de monétiser rapidement ces technologies révolutionnaires.

Le plus frappant reste peut-être le paradoxe de Micron Technology. L'entreprise a publié la semaine dernière des résultats stellaires, des chiffres records qui, en d'autres temps, auraient propulsé le titre en orbite. En hausse de plus de 15% la veille de sa clôture, le groupe a pourtant lourdement chuté de plus de 6,6% le vendredi. Même chose pour les géants des puces : Sandisk a dévissé de plus de 10%, Intel, AMD, et même l'intouchable Nvidia ont effacé des dizaines de milliards de dollars de capitalisation boursière en quelques heures. Les excellents résultats ne parviennent plus à remettre « une pièce dans le juke-box du momentum acheteur ». Pourquoi ? Parce que le marché s'interroge enfin sur la rentabilité future de ces centaines de milliards investis par les hyperscalers (Amazon, Meta, Alphabet, Microsoft). Les valorisations sont devenues si gigantesques qu'elles exigent la perfection. Or, la perfection n'existe pas en économie.


Le retour du gendarme monétaire, l'ère Kevin Warsh à la FED.

Si la Tech tousse, c'est aussi parce que le climat monétaire est en train de changer drastiquement. L'argent magique et gratuit n'est plus qu'un lointain souvenir. Au lendemain du premier comité de politique monétaire (FOMC) présidé par le nouveau patron de la Réserve Fédérale, Kevin Warsh, le marché a dû digérer un message d'une clarté redoutable, sans la moindre ambiguïté : l'inflation reste l'absolue priorité.

C'est un véritable changement de paradigme. Les marchés monétaires, qui espéraient encore il y a peu des baisses de taux salvatrices, se mettent soudainement à pricer (anticiper) des hausses. Les commentaires officiels de la FED ont entretenu cette ligne dure : l'inflation sous-jacente (l'inflation cœur) est jugée "bien trop élevée", et l'horizon d'un retour à l'objectif de 2% est désormais repoussé à 2028 ! Pire encore, certains membres votants n'envisagent qu'une seule hausse en 2026 suivie d'un long statu quo.

Les données macroéconomiques confortent cette posture rigide. Avec un PMI manufacturier américain au plus haut depuis 49 mois (à 55,7) et des indices de prix PCE affichant des rythmes annuels chauds (4,1% en global), l'économie américaine tourne à plein régime, ce qui alimente mécaniquement les prix.

Le coût du capital, l'ennemi juré de l'Intelligence Artificielle.

Que signifie cette politique pour le Nasdaq et l'IA ? C'est très simple : cela maintient le coût du capital à un niveau très élevé. L'industrie de l'Intelligence Artificielle est ce que l'on appelle une industrie capitalistique. Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle prévoient à eux seuls entre 660 et 725 milliards de dollars de dépenses d'investissement (capex) d'ici 2026. C'est colossal. Cela représente un peu moins de 1% du Produit Intérieur Brut américain !

Ces groupes technologiques financent ces dépenses par un endettement croissant qui vient puiser dans l'épargne mondiale, concurrençant tous les autres usages. Si les taux d'intérêt grimpent ou restent élevés durablement sous l'impulsion de Kevin Warsh, le rendement de ces investissements titanesques dans les data centers sera-t-il suffisant pour couvrir ce coût du capital ? C'est la grande angoisse de Wall Street. La méfiance est d'ailleurs partagée par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) – la banque centrale des banques centrales – qui a récemment identifié le boom des investissements dans l'IA comme un risque majeur pouvant mener à une sévère correction sur les marchés.


Le chaudron du Moyen-Orient, géopolitique et mirage énergétique.

À cette équation monétaire complexe s'ajoute le risque géopolitique, toujours prêt à faire dérailler les certitudes des marchés. Les tensions persistantes au Moyen-Orient sont la courroie de transmission idéale pour relancer l'inflation, cette bête noire de la FED.

Le marché a cru, avec une certaine naïveté, que la signature d'un « protocole d'accord le 17 juin dernier » (en réalité un simple mémorandum) allait calmer les ardeurs des Iraniens. Il n'en est rien. Les différends entre Téhéran et Washington autour du contrôle du très stratégique détroit restent entiers. Les deux camps s'accusent de violations répétées du cessez-le-feu. L'Iran menace de s'en prendre à tout navire contrevenant, et les attaques de projectiles ont repris, forçant l'armée américaine à riposter par des bombardements.

La chute du baril à 70 dollars, un soulagement en trompe-l'œil pour le Nasdaq.

Face à ce chaos, le marché pétrolier a eu une réaction pour le moins étonnante ces derniers jours. Vers la fin de la semaine, le prix du baril de WTI est retombé autour de 69-70 dollars, et le Brent a flirté avec les 72 dollars. Le Nasdaq et le secteur de l'I.A ont semblé soulagés par cette chute du pétrole. En effet, une baisse des coûts de l'énergie éloigne le spectre d'une inflation importée, ce qui pourrait en théorie adoucir la main de la FED.

Cependant, cette baisse soudaine des cours du brut devrait au contraire nous inciter à la prudence, elle est suspecte !


L'Intelligence Artificielle, une "vie sous perfusion" énergétique.

Il y a un autre élément crucial qui relie le sort de l'IA aux marchés de l'énergie. L'Intelligence Artificielle n'est pas qu'une abstraction immatérielle faite de lignes de code hébergées dans un "Cloud" nébuleux. C'est une réalité très physique, lourde, et surtout, incroyablement énergivore. L'IA est, pour reprendre une excellente expression, une "forme de vie sous perfusion".

L’ordre de grandeur de cette dépendance énergétique est tout simplement saisissant. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les centres de données consommaient environ 415 térawattheures (TWh) en 2024, soit 1,5% de l’électricité mondiale. Cette consommation devrait doubler pour atteindre près de 945 TWh en 2030, soit environ 3% du total mondial. Pour vous donner une idée précise, c'est l'équivalent de toute l'électricité consommée aujourd'hui par un pays tout entier comme le Japon !

La demande électrique effarante de ces data centers s'ajoute à l'électrification générale de la société (véhicules électriques, pompes à chaleur) et soutient durablement le prix de l'énergie à moyen terme. Le véritable goulet d'étranglement de l'intelligence artificielle demain, ce ne seront pas les microprocesseurs, ce seront les mégawatts.

L'Uranium, la bouée de sauvetage et l'alternative d'investissement.

C'est ici que s'opère une rotation pour l'investisseur. Face à la volatilité du Nasdaq et aux risques de survalorisation de la Tech, l'énergie nucléaire, et plus spécifiquement l'Uranium, s'impose comme une alternative d'investissement extrêmement pertinente.

Les géants de la Tech l'ont d'ailleurs parfaitement compris. Les hyperscalers ont discrètement mais sûrement signé près de 10 gigawatts de contrats nucléaires pour alimenter leurs centres de données. Microsoft a mis 16 milliards de dollars sur la table sur vingt ans pour rouvrir la centrale de Three Mile Island. Amazon investit 20 milliards en Pennsylvanie pour sécuriser son approvisionnement, et Meta cherche à verrouiller jusqu'à 6,6 GW de puissance.


Conclusion, le temps du pragmatisme.

L'histoire économique nous l'enseigne : aucune croissance n'est linéaire. La technologie est et restera une formidable source de progrès.

Cependant, les récents accès de faiblesse du Nasdaq ne sont pas de simples anomalies statistiques. Ce sont des rappels à l'ordre. L'inflation persistante, la politique stricte de Kevin Warsh à la Fed, la géopolitique inflammable du Moyen-Orient, et les besoins colossaux de l'I.A. en énergie et en capitaux forment un cocktail explosif.

Le marché est en train d'opérer une rotation bienvenue, s'éloignant des promesses lointaines pour se recentrer sur l'économie réelle : la santé, les biens de consommation courante, et surtout l'énergie.

Il est temps, de faire preuve de pragmatisme. Face à une intelligence artificielle qui se cherche encore une rentabilité, miser sur l'énergie nucléaire qui va l'alimenter ressemble, aujourd'hui plus que jamais, à l’un des paris les plus sensés. À suivre...




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