Accord États-Unis – Iran, une capitulation américaine sur le détroit d'Ormuz !
- Pascal Faccendini

- il y a 4 jours
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« Et maintenant, que vais-je faire ? » C’est la question que se pose, ou devrait se poser, chaque investisseur et chaque dirigeant politique aujourd’hui. Regardez les places Boursières : c’est l’euphorie ! Les marchés retrouvent un appétit féroce pour le risque. Les actions asiatiques bondissent, le Nikkei bat des records, le pétrole chute de 5 %, et le dollar, monnaie refuge par excellence, faiblit. Pourquoi cette fête soudaine ? Parce qu'un accord intérimaire entre les États-Unis de Donald Trump et l'Iran vient d'être annoncé pour rouvrir le détroit d'Ormuz.
Mais ne nous y trompons pas. Derrière les tweets triomphants et les soupirs de soulagement, se cache une réalité infiniment plus sombre. Ce que l'on nous vend aujourd'hui comme une victoire diplomatique n'est ni plus ni moins qu'un mirage. Pire, c'est une catastrophe géopolitique majeure et, disons les mots, une véritable capitulation américaine. Décryptons ensemble cette mécanique implacable qui va redessiner la carte de l'économie mondiale.
L'illusion d'un accord, l'Amérique achète du temps au prix fort.
Il faut lire entre les lignes de ce communiqué qui a tant rassuré la Bourse. Que dit-il réellement ? Qu'il n'y a pas d'accord de paix, mais simplement un "accord pour négocier" (ou un mémorandum). C'est ce que l'on appelle en diplomatie repousser le problème à plus tard, en espérant que la situation s'améliore d'elle-même.
Une signature officielle est certes attendue en Suisse le 19 juin, mais elle n'ouvre la voie qu'à une période de 60 jours de tractations autour du programme nucléaire iranien, avec des "détails importants" restant à régler. En économie comme en diplomatie, le diable se cache toujours dans ces fameux détails. Les États-Unis, pressés par un Donald Trump désireux de tourner la page du Moyen-Orient pour des raisons électorales et personnelles — l'homme préfère visiblement assister à un tournoi de MMA à la Maison Blanche pour ses 80 ans plutôt que de s'enliser dans les sables du Golfe —, ont cédé sur l'essentiel.
Pendant que les algorithmes de trading achètent frénétiquement des actions liées à l'Intelligence Artificielle et aux semi-conducteurs, croyant le risque géopolitique évaporé, la réalité physique du marché du pétrole raconte une autre histoire. Le rétablissement d'une offre normale de l'or noir va prendre un temps considérable. La production mondiale a chuté. Les infrastructures ont souffert. C'est une naïveté coupable de croire que l'on rouvre un robinet géopolitique mondial comme on allume la lumière.
Le nouveau maître du Golfe, la victoire écrasante de Téhéran.
Regardons les choses en face : la guerre initiée ou du moins provoquée par l'administration Trump dans la région est un échec cuisant. En voulant isoler l'Iran par la force maximale, Washington a obtenu le résultat inverse. Aujourd'hui, Téhéran s'impose comme le nouveau et véritable maître de la région du Golfe persique.
L'Iran a tout gagné dans ce bras de fer. Le ministère iranien des Affaires étrangères ne s'y trompe pas, affichant ouvertement sa "profonde méfiance" et soulignant que ce texte n'est qu'une "étape". En clair : l'Iran tient le couteau par le manche. Les négociations véritables, les plus dures, ne font que commencer. Et dans ce rapport de force, Téhéran possède l'arme fatale : le contrôle absolu et avéré du détroit d'Ormuz, véritable artère jugulaire de l'économie mondiale par laquelle transite une part immense de l'or noir.
Le chantage au péage, quand l'Iran veut taxer le commerce mondial.
C'est ici que le bât blesse et que l'économie mondiale risque de dérailler. Car il n'est absolument pas évident que l'Iran accepte de laisser passer les tankers gratuitement. C'est la fameuse question du "péage" iranien. Emmanuel Macron a eu raison de marteler qu'il ne fallait "pas de péage" au nom du droit international, car l'instauration d'une telle taxe de passage serait un précédent désastreux.
Imaginez les conséquences économiques si l'Iran maintient ce chantage. Chaque baril de pétrole traversant le détroit serait surtaxé. Cela signifie une augmentation immédiate et structurelle des coûts de transport de l'énergie. Pour les entreprises européennes et américaines, ce serait une taxe invisible mais douloureuse qui viendrait amputer leurs marges. Et pour vous et moi ? C'est l'assurance d'une flambée des prix à la pompe et, par effet de domino, sur l'ensemble des biens de consommation. C'est bien là que les vraies tensions risquent fort de réapparaître. Si l'Iran maintient ce péage, l'accord ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit.
L'Europe au front, la mission de la dernière chance pour rouvrir Ormuz.
Face au retrait de fait de la garantie de sécurité américaine, l'Europe se retrouve en première ligne, presque par défaut. Emmanuel Macron propose d'activer immédiatement une mission franco-britannique pour sécuriser le détroit, afin que sa réouverture "puisse se faire de manière pacifique et qu'elle dure".
C'est une initiative louable mais extrêmement périlleuse. La France se dit prête à déployer le porte-avions Charles-de-Gaulle dans la zone sous deux ou trois jours, avec des chasseurs et une frégate pour des missions de surveillance. C'est un retour aux fondamentaux de la diplomatie de la canonnière, mais avec quels moyens face à la détermination iranienne ? Et surtout, l'Europe se retrouve à pallier les carences de l'allié américain, dans une région où les pays du G7 (hors États-Unis) avaient initialement refusé de s'engager militairement, ce qui leur avait d'ailleurs valu les foudres de Donald Trump. Le paradoxe est total.
Le retour de "Dame Inflation" et le piège des banques centrales.
Quittons un instant les eaux chaudes du Golfe pour revenir sur les parquets de trading et dans les bureaux feutrés des banques centrales. Car le coût de cette crise, c'est l'inflation.
Ce temps passé avec le détroit fermé a permis à ce que j'appelle "dame inflation" d'opérer un retour inespéré. Sous Jerome Powell, l'inflation post-pandémie avait été presque maîtrisée. Mais aujourd'hui, avec l'arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, dans le contexte inflammable de ce second mandat Trump, la machine s'enraye et tout est à refaire !
L'économie américaine refuse de ralentir, les prix de l'énergie restent intrinsèquement instables à cause de l'inconnue du détroit d'Ormuz, et la Fed hérite d'une situation explosive. Nous ne sommes plus dans une normalisation tranquille. Nous risquons au contraire de rester coincés durablement sur un plateau de taux élevés, asphyxiant à petit feu l'investissement et le secteur immobilier, ou pire, de voir les taux remonter brutalement si les prix du pétrole s'envolent à nouveau à cause d'un blocage iranien.
Le G7 d’Évian un sommet sur un volcan.
C’est dans ce contexte électrique que s’ouvre le sommet du G7 à Évian. Un "sommet des crises" pour reprendre l'expression consacrée. L’agenda sur les rives du lac Léman a été totalement bousculé par cet accord surprise.
Donald Trump y arrive "gonflé à bloc", persuadé d'avoir réglé le problème du Moyen-Orient, alors qu'il n'a fait que passer les clés du camion à Téhéran. Mais le président américain n'est pas à un paradoxe près. Quelques heures avant son arrivée en France, au lieu de resserrer les rangs avec ses alliés face aux défis géopolitiques mondiaux (l'Ukraine, la Russie, la Chine), il a préféré menacer la France d'imposer 100 % de droits de douane sur nos champagnes et nos vins. La raison ? La volonté française de taxer légitimement les géants du numérique américains (les fameuses GAFAM, Apple, Google, Meta).
Emmanuel Macron va devoir se livrer à un numéro d'équilibriste exceptionnel : ménager un président américain imprévisible qu'il faut convaincre de faire pression sur la Russie de Poutine dans le dossier ukrainien, tout en opposant une résistance farouche sur la guerre commerciale et technologique, et en orchestrant la sécurisation du Moyen-Orient face à un Iran triomphant. Des dirigeants de la tech comme Sam Altman (OpenAI) et Dario Amodei (Anthropic) sont d'ailleurs conviés, rappelant que la véritable guerre du 21e siècle se joue aussi sur le terrain des algorithmes, et pas seulement des barils de brut.
En conclusion, se préparer à la volatilité.
Ne vous laissez donc pas griser par le vert des indices boursiers d'aujourd'hui. Ce soi-disant accord est un trompe-l'œil. En concédant à l'Iran le droit de dicter son calendrier et potentiellement d'imposer sa loi (et ses taxes) sur l'une des routes maritimes les plus cruciales du globe, les États-Unis ont commis une erreur stratégique majeure.
Les investisseurs, tout comme les citoyens, doivent s'attendre à des mois agités. L'inflation n'a pas dit son dernier mot, les banques centrales marchent sur des œufs, et la géopolitique n'a jamais été aussi incertaine. Ce qui a été acté ce week-end n'est pas un traité de paix, c'est l'acte de naissance du nouveau désordre mondial. Et la facture, soyez-en sûrs, finira par atterrir sur notre table. À suivre...


